Accueil A la une 2020 : L’année du tourisme spatial

2020 : L’année du tourisme spatial

par Etienne Henri

Alors que Jeff Bezos, Elon Musk et Richard Branson rêvent depuis des années de faire des excursions dans l’espace une activité accessible à tous les civils fortunés, force est de constater que la démocratisation des vols de loisirs se fait encore attendre.

Les choses semblent toutefois se préciser en cet automne. Plusieurs annonces viennent d’avoir lieu à quelques jours d’intervalle, comme si l’industrie toute entière préparait ses pions pour être capable d’atteindre l’étape de la commercialisation dès l’année prochaine.

Stratolaunch : la résurrection du lanceur géant

Stratolaunch a publié un communiqué de presse inattendu la semaine dernière. L’entreprise a annoncé avoir trouvé un “propriétaire de transition”, dont le nom n’a pas été communiqué, et continuer ses opérations de R&D.

Stratolaunch avait marqué les esprits en avril avec le vol inaugural de son avion-lanceur démesuré. Ce jalon avait un petit goût de baroud d’honneur : les experts savaient tous que la sœur de Paul Allen, héritière de la holding Vulcan Inc. qui possédait Stratolaunch, n’avait pas la même ambition que feu son frère décédé en octobre 2018. Le vol test ressemblait par conséquent plus à un hommage au défunt entrepreneur qu’à une réelle démonstration technologique.

Ce rachat surprise de l’entreprise qui semblait condamnée en l’absence de leadership adéquat est une excellente nouvelle pour les technophiles et autres amoureux de l’exploration spatiale. L’avion géant, long de 72 mètres et d’une envergure de 117 mètres devrait donc pouvoir continuer son chemin vers l’espace – contrairement à ce que Reuters prédisait au mois de mai.

Le Stratolaunch pourrait bien reprendre le chemin des airs. Ici, lors de son vol inaugural. Crédit : Stratolaunch

Boeing se met au tourisme spatial

 L’autre événement qui a pris les analystes par surprise est l’implication nouvelle de Boeing dans la course au tourisme spatial. L’avionneur était connu pour ses activités de longue date dans les engins militaires, le soutien opérationnel à la NASA et les avions civils. Il a annoncé ajouter une corde à son arc avec une prise de participation dans Virgin Galactic.

Selon un communiqué de presse, Boeing injectera 20 M$ dans l’entreprise en souscrivant à de nouvelles actions. Cet argent frais viendra directement augmenter les fonds propres de la startup. Bien sûr, la somme peut faire sourire au vu des montants que manipule au quotidien le géant : le plus petit des 737 MAX coûte au bas mot 100 M$ pièce, et le carnet de commandes de Boeing en contient près de 5 000. Malgré tout, cette prise de participation a un intérêt industriel indépendant de l’aspect financier : elle permettra à Virgin Galactic d’accéder au savoir-faire de Boeing en termes de transport aéronautique de civils.

Cet adossement prend tout son sens lorsque l’on sait que Virgin Galactic a déjà réalisé deux vols suborbitaux au cours des douze derniers mois. Se placer sous le giron d’un industriel mature est une étape normale dans la vie d’une startup qui vient de prouver la faisabilité technique de son service.

Nouvelles actions, vous avez dit nouvelles actions ?

Voici sans doute le plus grand bouleversement que va connaître dans les prochains mois l’industrie balbutiante du tourisme spatial : la prise de participation de Boeing ne se fera pas lors d’un tour de table classique. Pour accueillir ce nouvel investisseur, et bien d’autres, Virgin Galactic va ouvrir son capital au grand public.

Vous avez bien lu : Sir Richard Branson a confirmé que l’IPO de Virgin Galatic aura lieu “d’ici la fin de l’année”. Pour s’éviter les turpitudes administratives propres à toute introduction en Bourse, Virgin Galactic cédera en pratique 49 % de ses actions à une entreprise existante (Social Capital Hedosophia Holdings).

Ce montage, dont l’objectif clairement annoncé est de court-circuiter les procédures habituelles de la SEC, n’est certainement pas très rassurant pour les investisseurs particuliers qui souhaiteraient avoir une vision claire de l’état des comptes de Virgin Galactic avant d’y investir.

Il a cependant l’avantage d’accélérer sensiblement le calendrier de l’IPO. Aller plus vite quitte à s’arranger avec les contraintes législatives, voilà le summum du progrès façon startup !

Selon les projections, l’entreprise pourrait valoir dès son introduction 2 Mds$. Peu importe que l’activité soit profitable ou non à moyen terme, que l’environnement juridique qui entoure aujourd’hui le transport de civils dans l’espace se clarifie ou se durcisse, que les clients répondent présents ou absents, Richard Branson sait qu’il pourra compter sur l’engouement des investisseurs qui, lassés de ne pas pouvoir investir dans un SpaceX dont le capital reste désespérément verrouillé, se jetteront sur Virgin Galactic pour dire : “J’en étais !”

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