Accueil Energies et transports Les 30 milliards de Macron boostent la transition énergétique

Les 30 milliards de Macron boostent la transition énergétique

par Etienne Henri
transition énergétique Macron

[Emmanuel Macron a présenté il y a quelques jours un plan d’investissement ambitieux à 30 Mds€. C’est le plan France 2030. L’idée ? Lutter contre le « déclassement » du pays en lui offrant les moyens de rester dans la course industrielle. Les secteurs privilégiés sont donc ceux où la France peut réellement peser. Qu’il s’agisse de rattraper notre retard (nucléaire) ou de conforter notre avance (hydrogène, mobilité propre), les entreprises françaises ne peuvent que se féliciter de ce nouvel afflux de capitaux…]

Dans le cadre du plan France 2030, annoncé la semaine dernière, l’exécutif a mis 30 Mds€ sur la table pour financer la relance. Si certains reprochent déjà au programme de « saupoudrer » les subventions à tout-va – énergie, mobilité, santé, agriculture et formation y figurent pêle-mêle –, il est bien un domaine qui en profite plus que les autres…

La transition énergétique devrait recevoir la moitié de l’enveloppe

La transition énergétique devrait, tous secteurs confondus, représenter la moitié de l’enveloppe. Qu’il s’agisse d’améliorer notre indépendance énergétique, favoriser la mobilité zéro carbone ou moderniser notre outil industriel, la question des émissions de gaz à effet de serre est au cœur de ce grand plan de relance.

Il s’agit donc, en pratique, d’une nouvelle enveloppe de 15 Mds€ en faveur de la transition énergétique. Et contrairement aux précédentes, celle-ci ne devrait pas se perdre dans les méandres des ministères pour s’y diluer au fil des ans. Calendrier serré oblige, tous les financements ont vocation à produire des débouchés concrets à court terme.

Parmi les annonces, trois secteurs sont particulièrement prometteurs. Nous les suivons avec attention de longue date, et les nouvelles subventions dont ils vont bénéficier devraient fortement accélérer leur développement.

Les microréacteurs nucléaires sortent du bois 

Qu’Emmanuel Macron fasse du nucléaire son nouveau fer de lance de la transition énergétique n’est pas une surprise. Après tout, cette énergie est la seule capable d’offrir dans les dix prochaines années une augmentation significative de la production d’électricité sans augmenter nos émissions de gaz à effet de serre. En outre, la France reste – qu’on s’en félicite ou le déplore – une grande nation nucléaire.

Que les pouvoirs publics remettent en avant l’atome, suivant ainsi l’exemple de nombreux pays en voie de développement, est donc tout à fait logique. Par contre, ce qui a pris de court les analystes est que le Président a mis l’accent sur les microréacteurs plutôt que sur l’EPR, pourtant fleuron de l’industrie nucléaire française. Ce fut même le premier thème à être abordé lors de l’annonce du plan France 2030.

La France reste une grande nation nucléaire

Si vous nous suivez régulièrement, vous le savez, les réacteurs de petite taille sont en fait une évolution logique de l’industrie nucléaire. Ils nécessitent moins d’infrastructures. Ils soulagent les réseaux électriques en rapprochant les sites de production des lieux de consommation. Et, ils pourraient même être produits à la chaîne et voir leurs coûts baisser drastiquement du fait d’économies d’échelle.

L’année dernière, le Pentagone a annoncé le projet Pele dont l’objectif est de développer un réacteur si petit qu’il peut être livré par camion. Cet été, plusieurs entreprises ont annoncé des progrès significatifs sur les réacteurs à sels fondus, certainement ceux qui seront privilégiés dans le cadre de France 2030 pour leur sécurité et leur capacité à « brûler » les déchets nucléaires encombrants. Même la Chine, qui prévoit de doubler son parc nucléaire au moyen d’EPR, a annoncé cet été son ambition de produire ses premiers réacteurs au thorium d’ici 2030.

 

réacteur modulable et transportable

Les Etats-Unis travaillent déjà sur des réacteurs modulables et transportables
Crédit : LANL

Financer de petits réacteurs modulables n’est donc pas une nouvelle lubie. C’est au contraire un moyen de rattraper notre retard par rapport aux autres grandes puissances qui ne sont pas restées focalisées sur les EPR depuis dix ans.

L’hydrogène toujours prioritaire

La France persiste et signe. Elle veut devenir le leader de l’hydrogène vert. Là encore, le pari n’est pas aussi fou qu’il n’y paraît. L’hydrogène est, malgré les difficultés techniques causées par son utilisation à grande échelle, la seule énergie capable de remplacer les hydrocarbures pour bien des usages.

Il y a donc fort à parier qu’il sera utilisé massivement pour le stockage et le transport d’énergie sur toute la planète. Et ce, au fur et à mesure que notre consommation de pétrole basculera vers l’électricité.

En matière d’électrolyse, la France reste une référence

Pour éviter que la France de 2050 soit dépendante de l’étranger pour ses flux (ou ses technologies de production) d’hydrogène, il est logique de faire émerger dès maintenant une filière de niveau international. A l’image de ce qui a été fait avec le nucléaire civil dans la deuxième moitié du XXe siècle.

Or, il se trouve que nous avons en France plusieurs entreprises qui travaillent, parfois depuis des décennies, sur la production et le stockage d’hydrogène. Leurs technologies sont aujourd’hui matures et utilisées commercialement, même si l’échelle reste anecdotique par rapport au poids des hydrocarbures.

Il ne manque plus qu’un cercle vertueux commercial pour que nos fleurons du gaz propre puissent augmenter leurs cadences de production et baisser leurs coûts pour rendre l’exploitation de cette énergie encore moins chère. Les milliards du plan France 2030 ont, justement, cette vocation d’amorçage.

 

électrolyse CEA

La stack d’électrolyse de vapeur d’eau à haute température du CEA
ne demande qu’à être produite à grande échelle
Photo : CEA / D.Guillaudin

Avec la volonté d’installer d’ici la fin de la décennie deux « gigafactories » d’électrolyseurs, la France, dont les technologies issues des laboratoires publics restent des références mondiales, va se mettre à peser à l’échelle internationale au niveau des capacités de production.

Vers une mobilité toujours plus bas carbone

Le transport reste l’activité qui contribue le plus aux émissions de gaz à effet de serre de la France. En 2019, il représentait 31 % des émissions françaises. Pire encore, tandis que l’industrie manufacturière et les services ont tendance à améliorer leur intensité énergétique, les gaz à effet de serre émis par les transports ont augmenté de 9 % depuis les années 1990. La faute revient principalement à l’augmentation de la mobilité qui annule totalement les faibles gains d’efficacité des voitures et autres camions… (Seul le transport aérien parvient à avoir une contribution stable depuis vingt ans malgré la hausse des déplacements.)

Le plan 2030 prévoit, pour améliorer la situation, deux axes principaux : la production de près de deux millions de véhicules électriques (ou hybrides), et la sortie du premier avion « bas carbone ».

Pour le transport routier, la feuille de route est claire. Les constructeurs français ont tous des modèles électriques et hybrides au catalogue. Mettre deux millions d’exemplaires sur nos routes ne nécessite que de sécuriser l’approvisionnement en composants électroniques pour que les chaînes de production puissent tourner à pleine cadence. Et peut-être, en plus, éventuellement subventionner l’achat des véhicules si le pouvoir d’achat des consommateurs est insuffisant.

Pour le transport aérien, les choses sont un peu moins claires. L’avion « bas carbone » du plan fait certainement référence à l’avion à hydrogène d’Airbus, prévu pour sortir en 2035 et dont l’arrivée pourrait être accélérée à coups d’argent public. Pour autant, le calendrier de l’avionneur est déjà serré et il n’est pas certain que plus d’argent permette réellement de raccourcir les délais…

Si ce tour de force industriel n’a pas lieu, le Président pourra toujours se féliciter d’avoir quoi qu’il en soit gagné son pari à la formulation ambigüe. Deux jours après l’annonce du plan, Universal Hydrogen annonçait avoir signé une lettre d’intention pour la conversion d’ATR 72 vers une motorisation hydrogène. L’avion « bas carbone » de la firme de Blagnac est donc déjà une réalité !

avion bas carbone

L’avion « bas carbone », malgré ses limitations, est déjà là
Photo : ATR

Le plan France 2030, malgré ses défauts, est ancré dans la réalité industrielle et commerciale du moment. Les secteurs privilégiés sont ceux où la France peut réellement peser. Qu’il s’agisse de rattraper notre retard (nucléaire) ou de conforter notre avance (hydrogène, mobilité propre), les entreprises françaises ne peuvent que se féliciter de cet afflux de capitaux !

Soyez le premier informé des dernières Opportunités Technos directement dans votre boîte mail

Articles similaires

Laissez un commentaire