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4 news spatiales éclipsées par Branson et Bezos

par Etienne Henri
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[Cet été, l’actualité spatiale ne s’est pas cantonnée aux escapades suborbitales de Richard Branson (Virgin Galactic) et de Jeff Bezos (Blue Origin)… Boeing s’est planté et ses rêves d’ISS sont restés cloués au sol… La renaissance de OneWeb, dont le projet est concurrent de Starlink, s’est confirmée… L’Europe s’est distinguée (enfin !)… Et une IPO très attendue a eu lieu (non, il ne s’agit pas de SpaceX)… Petit tour d’horizon.]

Les milliardaires en mal de sensations fortes nous l’auraient presque fait oublier : l’espace n’est pas qu’un terrain de jeu, c’est avant tout le théâtre d’innovations technologiques permanentes et d’une course sans fin que mènent Etats, grandes entreprises et startups.

Cet été, notre ciel a été successivement pris d’assaut par Richard Branson et Jeff Bezos. La couverture médiatique de ces voyages minutés fut telle que nous aurions pu croire que le tourisme était devenu l’avenir de l’aérospatiale. Il faut dire que ces virées au-dessus de la stratosphère ont été relayées à grand bruit dans la presse technologique, économique et généraliste.

Ces opérations de communication ont, pour un temps, éclipsé l’actualité d’acteurs tout aussi importants de l’industrie spatiale. Ils ont pourtant connu eux aussi un été riche en émotions qui s’achève sur une IPO fort attendue…

Boeing peine à rejoindre l’ISS

Le constructeur américain est décidément dans une passe délicate. Après ses déboires dans l’aviation civile avec le 737 MAX qui fut cloué au sol durant près de deux ans, voici que sa branche spatiale accumule à son tour les revers.

Le 5 août, la capsule Starliner devait décoller pour un vol de test en direction de la Station spatiale internationale (ISS). Elle devait, à l’instar du Dragon Crew de SpaceX, redonner aux Etats-Unis la possibilité d’envoyer des humains dans l’espace sans avoir à recourir à des pays tiers.

Las, dix ans après l’abandon de la navette spatiale par la NASA en juillet 2011, Boeing est loin d’avoir tenu ses promesses. Si SpaceX a réussi à de nombreuses reprises à envoyer des vaisseaux de ravitaillement – et même des équipages – en direction de l’ISS, le Starliner de Boeing est toujours incapable de faire ses preuves.

Starliner Boeing

Le 5 août, le Starliner de Boeing est resté cloué au sol
Photo : Boeing
 

Le Starliner de Boeing est toujours incapable de faire ses preuves

Un premier vol de qualification sans équipage a eu lieu le 20 décembre 2019. Il ne fut pas concluant car le vaisseau n’est pas parvenu, du fait d’une défaillance de l’ordinateur de bord, à se mettre sur la bonne orbite. Le vol du mois d’août, lui aussi sans équipage, devait permettre de valider les modifications apportées au vaisseau. Cette fois-ci, ce sont des données incorrectes au sujet de la position de soupapes qui ont conduit les ingénieurs à reporter le tir. Ne parvenant même pas à déterminer si les soupapes étaient physiquement défectueuses ou s’il s’agissait d’un simple problème électronique ou logiciel, Boeing a décidé de renvoyer la capsule en atelier et de reporter sine die le lancement du Starliner.

N’ayant toujours pas, alors que l’été se termine, réussi à envoyer le moindre Starliner (même inhabité) vers l’ISS, le vol avec équipage qui devait avoir lieu avant la fin d’année est de plus en plus compromis. Le retard se creuse entre un vaisseau Boeing cloué au sol et le Dragon de SpaceX qui doit, d’ici la fin d’année, être envoyé à trois reprises vers l’ISS emportant au total une douzaine de passagers.

La renaissance de OneWeb se confirme

Les succès dans le domaine des lancements habités ne sont pas de trop pour SpaceX, qui doit voir d’un mauvais œil un de ses anciens concurrents renaître de ses cendres. OneWeb, que l’on donnait pour morte au printemps 2020 lorsqu’elle s’est mise en faillite, a repris son activité et compte bien fournir rapidement un Internet satellitaire mondial bon marché [le Halo-Fi].

Le 21 août, l’entreprise a envoyé 34 satellites supplémentaires en orbite au moyen d’une fusée Soyouz, portant ainsi sa flotte opérationnelle à 288 satellites. Elle a profité de ce lancement pour dévoiler son nouveau terminal de réception à destination des entreprises, gouvernements et des villages situés dans les zones blanches.

terminaux satellitaires OneWeb

Oubliez les paraboles disgracieuses : les nouveaux terminaux satellitaires sont plats et élégants
Photo : OneWeb
 

Le OW1, développé en partenariat avec Collins Aerospace et le Coréen Intellian Technologies, intègre une antenne plate et de l’électronique de pointe. L’installation de cette box de la taille d’une petite valise (50*43*10cm) permettra, lorsque la flotte sera suffisante, d’accéder à Internet depuis n’importe quel point de la planète.

Rappelons que, contrairement à SpaceX, OneWeb ne compte pas commercialiser directement son offre aux particuliers mais plutôt aux PME, hôtels et autres mairies des villages isolés.

L’Allemagne dans la course aux mini-lanceurs

Qu’il est agréable d’évoquer le cas de l’Europe pour parler d’autre chose que des retards du programme Ariane 6 !

A la fin du mois de juillet, l’entreprise allemande Rocket Factory a effectué son premier test statique en mettant à feu le moteur de sa future fusée « RFA One ». Le futur lanceur devrait être capable d’emporter 1 600 kilogrammes au niveau de l’ISS, et 650 kilogrammes sur une orbite polaire de 2 000 kilomètres. D’une hauteur de 30 mètres pour 2 mètres de diamètre, il sera adapté à l’envoi de satellites légers lors de lancements dédiés ou à des tirs groupés de microsatellites.

Il faut dire que le marché des mini et microsatellites, dont certains ne pèsent qu’un kilogramme, est en plein essor. Selon les analystes de Fortune Business Insight, il devrait atteindre les 9,75 Mds$ (8,3 M€) d’ici 2027. Du fait de la relative simplicité de la mise en orbite de charges légères, il attire les convoitises des startups désireuses de reproduire le miracle SpaceX à plus petite échelle.

Rocket Lab s’envole vers le Nasdaq

L’expérience de la startup néo-zélandaise Rocket Lab prouve que ce marché existe bel et bien.

Fondée en 2006, l’entreprise a effectué ses premiers vols en 2016. Dès 2018, nous faisions le parallèle entre le business model précurseur de l’entreprise et celui, en son temps, de SpaceX. Aujourd’hui, Rocket Lab a mis en orbite plus d’une centaine de satellites.

Quel que soit son avenir boursier et industriel, Rocket Lab a déjà pris de l’avance sur SpaceX

Depuis le 25 août, elle connaît même son heure de gloire et est désormais cotée au Nasdaq sous le symbole RKLB. Valorisée 4,1 Mds$ lors de son IPO, elle a utilisé le mécanisme de rachat par SPAC pour accélérer son arrivée sur le marché, obtenant à cette occasion 777 M$ de liquidités. Elle prévoit d’atteindre un EBITDA positif dès 2023, et de disposer d’un nouveau modèle de lanceur l’année suivante.

Quel que soit son avenir boursier et industriel, l’entreprise a déjà pris de l’avance sur SpaceX sur un point clé : permettre aux investisseurs particuliers de financer les pure players de la nouvelle course à l’espace.

L’arrivée de la startup dans la cour des grands n’est en tout cas pas passée inaperçue. Quelques heures avant l’introduction en Bourse de Rocket Lab, Richard Branson annonçait avec fracas son intention de coter « rapidement » Virgin Orbit, la branche spécialisée dans les lancements de satellites de Virgin Galactic. Dans le spatial, le paysage industriel change à toute vitesse, mais les égos restent fidèles à eux-même…

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