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A quand un Nasdaq européen ?

par Arthur Toce
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Nous avons vu lundi pourquoi le Next40 était bancal. Hier, nous avons recensé les freins propres à la création de champions technologiques dignes de ce nom en France. Aujourd’hui, je vais essayer de vous proposer ce qui me semblerait être une troisième voie, plus européenne, laquelle permettrait aux techs françaises et européennes de se hisser au niveau de leurs consœurs américaines ou chinoises, voire plus modestement israéliennes ou suédoises.

La méthode israélienne, dont l’excellence technologique n’est plus à démontrer, est la suivante : les startups en fin de parcours (qu’on désigne sous le terme de scaleups car elles ont déjà bien grandi) sont poussées vers les Etats-Unis et les investisseurs profitent de la liquidité des marchés américains !

C’est ce qu’il s’est passé pour Mobileye, rachetée depuis par Intel pour 15 Mds$, ou pour Wix.com dont le titre coté au Nasdaq a été multiplié par sept depuis son IPO fin 2013, de même pour CyberArk, l’un des leaders de la cybersécurité dont la capitalisation boursière a dépassé les 4 Mds$.

Au total, 20 % des sociétés étrangères cotées au Nasdaq sont israéliennes. Mais, en France, nous ne voulons pas vendre nos belles boîtes aux Américains. Mince.

La deuxième solution est la chinoise : le destin des startups est souvent d’être rachetées par de plus grosses entreprises locales. Ainsi, les autorités facilitent les fusions-acquisitions dans le pays avec des entreprises disposant de beaucoup de cash. L’avantage, évidemment, c’est que le pays dispose de géants numériques comme Tencent et Alibaba qui, eux, comprennent parfaitement bien la valeur des technologies.

Malheureusement, difficile de copier ce modèle puisque nos grandes entreprises, principalement issues de la révolution industrielle du XIXe siècle, sont pour la plupart centenaires et ont du mal à appréhender la transition numérique en cours.

Pour une troisième voie européenne

Une autre voie, qui n’existe pas encore, est envisageable. Je dirais même qu’elle mériterait d’être étudiée comme une solution pour l’avenir technologique de l’Europe.

Il faudrait que l’harmonisation financière soit une priorité en Europe. La création d’une Bourse paneuropéenne avec un service permettant par exemple aux entreprises de publier leurs communiqués dans les quatre principales langues (anglais, français, espagnol, allemand) serait un bon début ! Une vraie Bourse européenne centralisée la rendrait incontournable. Elle irriguerait ainsi un bassin de plus de 500 millions d’habitants.

Il ne serait pas idiot non plus de disposer d’un organisme central qui accompagne les startups en forte croissance pour qu’elles attaquent les autres marchés européens et s’adaptent aux spécificités locales de chaque sous-marché.

Le politique devrait faciliter la cotation et encourager les fusions-acquisitions entre acteurs de différents pays. Aujourd’hui, c’est exactement l’inverse qui est fait.

L’important et de bien comprendre les étapes de développement d’une entreprise technologique qui réussit :

  1. early stage : création de l’entreprise et besoin d’investisseurs early stage et seed investing ;
  2. scaling : besoin de fonds pour des séries B et C aux montants situés entre 25 M€ et 100 M€ ;
  3. late stage : création d’un leader avec des séries D et E aux montants de l’ordre de 250 M€ à 350 M€ ;
  4. sortie du cycle de croissance par fusion-acquisition ou par IPO.

La France peut s’enorgueillir d’avoir un secteur favorable au début du cycle, aussi bien côté privé que public. Certaines mauvaises langues jugent même qu’il est un peu trop bon et trop capitalisé, ce qui mène à une foultitude de projets qui finiront dans les limbes.

Nous commençons également à construire un accompagnement pour la deuxième étape de croissance, le scaling. Cherchez l’erreur, nous progressons ! Avec les 5 Mds€ apportés par les assureurs (suite à on ne sait quelle tractation d’ailleurs) et le capital-risque, nous allons financer le late stage !

Mais l’erreur fondamentale, c’est qu’il faudrait commencer par la fin du cycle pour créer un cercle vertueux.

C’est d’en haut qu’il faut lancer l’impulsion

Si l’Etat favorise les sorties et encourage les IPO, il donne un coup de pouce aux acteurs du private equity. Malheureusement, aujourd’hui en Europe, la vaste majorité des jeunes sociétés qui se cotent partent en sucette parce que les acteurs financiers, publics comme privés, ne sont pas encouragés à investir dans les entreprises cotées, surtout pas celles qui présentent un risque.

Ainsi, avant de vouloir régler le souci de liquidité du secteur du non coté, il faudrait régler celui du marché final en poussant le secteur de la finance à s’investir dans les stratégies d’entreprises, à ne plus être passif !

Ce n’est pas avec nos cinq pauvres milliards que nous allons inonder le marché et faire sauter le barrage ! Autant essayer de le contourner en créant du savoir, des compétences, en facilitant les démarches et en allégeant la fiscalité, en poussant les acteurs publics comme la BPI à favoriser la réussite ! Faut-il rappeler que les ménages français ont un réservoir d’épargne de 5 000 Mds$ ? Une partie pourrait facilement s’orienter vers le secteur technologique par quelques lois incitatives.

Prenez l’exemple de notre secteur biotech, l’un des meilleurs du monde. Il est complètement sinistré en Bourse. Cet état déplorable rend les séries B et C, voire tout simplement le early stage, beaucoup plus compliqués. Le boulot de la BPI (Banque Publique d’Investissement) devrait donc être plus proactif. Elle devrait pousser ce segment en fusionnant par exemple certaines biotechs pour favoriser les effets d’échelle !

Le grand plan quinquennal de Macron, c’est bien pour la communication et le rayonnement, mais on peut douter de son efficacité. Une multitude de petites actions différentes favoriserait autrement notre écosystème.

Changer le logiciel français

Quand cette indice se sera planté, on nous racontera qu’en Europe, on ne peut pas rêver, on ne peut que vendre du vin, des montres et parfois des moteurs d’avion ! Que le politique s’occupe de la formation et qu’il pousse à une simplification des règles prudentielles pour pousser l’épargne vers la Bourse. Qu’il cesse de prélever des dividendes sur les sociétés publiques cotées et les poussent à investir et à faire des acquisitions en Europe… Toute ces choses seront plus efficaces et plus pérennes que cet artifice de communication qu’est le Next40 !

L’Europe et la France ont tout pour réussir, sauf peut-être la rage de réussir qui caractérisent les Chinois et le désir un peu utopiste de changer le monde qu’on retrouve chez les Américains. Apprenons à nos enfants que l’échec n’est pas grave, que rêver de monter des entreprises et de gagner des milliards, est une bonne chose, même si cela ne doit pas être l’alpha et l’oméga d’une vie. Nous devons pouvoir rêver de changer les choses, d’innover. Nous devons apprendre collectivement à rêver !

“La France et l’Europe ont tout pour réussir !”, comme dirait l’autre. Mais il faudrait commencer à s’y atteler si on ne veut pas finir en colonie numérique.

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