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Achetez l'indice RTS, aujourd'hui

par sylvainmathon

Un pays de Cocagne pour l’investisseur en commos
▪ Les commos en Russie, ce sont d’abord le pétrole et le gaz naturel, dont le pays a les plus vastes réserves conjuguées de la planète. Mais la plupart des gisements actifs commencent à accuser leur âge, et les taxes prélevées par l’Etat (90% des exportations !) découragent les investissements.

La Russie a besoin de rénover ses infrastructures, et cela coûte cher : tandis que le chantier du pipeline gazier South Stream, prévu pour 2015, se poursuit, Gazprom vient d’annoncer que sa facture allait augmenter de 50%, de 10 milliards d’euros à 15,5 milliards d’euros.

▪ C’est aussi le blé, dont la Russie a complètement bousculé le marché cet été, contrainte à geler ses exportations pour cause de sécheresse. Le pays rivalise avec les Etats-Unis en volumes de production.

▪ Ce sont encore les minerais : fer, manganèse, chrome, nickel palladium, titane… Et les pierres précieuses, comme les diamants.

▪ Et c’est enfin le bois : un cinquième des réserves mondiales grâce à ses vastes forêts de conifères.

Un pays des plus opaques
Un pays de Cocagne pour l’investisseur en commos certes, … mais un pays des plus opaques — où les intérêts de l’investisseur passent souvent au second plan, après ceux des ex-bureaucrates reconvertis dans les affaires.

L’homme fort du pays, Vladimir Poutine, s’est illustré plus d’une fois par son corporatisme d’Etat, et la mise sous tutelle des ressources nationales. Ce qui n’encourage guère les investissements : c’est malheureusement sous cet angle que j’ai, par le passé, toujours abordé la question russe.

Plombée par la crise de 1998 et plusieurs scandales touchant au corporatisme d’Etat, la Bourse de Moscou traîne toujours une sale réputation.

Mais la donne pourrait changer. Et c’est là-dessus que je veux attirer votre attention.

Changement de ton à Moscou ?
Prenons la privatisation partielle du colosse d’Etat Alrosa — 20% de la production mondiale de diamants — annoncée pour 2011. Plombée par 3,7 milliards de dollars de dettes, en mal de fonds pour des investissements devenus vitaux, la pépite russe va introduire en Bourse 20% de son capital cette année. Tout un symbole !

Car le Kremlin a longtemps caressé le rêve de marier Alrosa à Norilsk Nickel, l’un des rares groupes privés en Russie dans le secteur commos, afin de créer un vaste conglomérat étatique, de sécuriser les ressources nationales et de soustraire son "joyau" aux appétits du libre marché…

Que Norilsk ait échappé à ce programme — avec les juteuses commissions en sous-main qu’il supposait — reste une surprise pour bon nombre d’analystes. Et ce n’est pas tout…

En septembre dernier, Norilsk, justement, était déchiré par un grave conflit entre ses actionnaires privés (Rusal et Interros), motivant l’intervention du Premier ministre Poutine. Depuis le temps que le Kremlin convoite Norilsk, tout le monde attendait une ingérence brutale. On se trompait : le Premier ministre s’est contenté de jouer les médiateurs, d’invoquer le respect des lois du marché, et… et c’est tout !

Le Kremlin souhaite-t-il faire oublier de désastreux précédents ?
Il semblerait que oui.

Moscou déploie, depuis quelques mois, des efforts considérables pour redonner à son marché boursier une crédibilité sérieusement écornée.

La disgrâce des siloviki
La politique russe se joue sur un délicat équilibre des pouvoirs entre les politiciens libéraux et ceux qu’on appelle les siloviki, ex-cadres soviétiques devenus politiciens ou puissants chefs d’entreprise.

Dans un curieux mélange d’intérêts, les siloviki militent pour l’étatisme, tant par nationalisme sincère que par appât du gain : car la corruption a fait leur fortune. On sait que Poutine a beaucoup d’amis chez eux ; on croit savoir qu’il en est un lui-même.

Malgré cela, depuis peu, les libéraux reprennent l’avantage. Il y a quelques semaines, un pur silovik comme Sergei Chemezov, ancien des services secrets comme Poutine et patron du conglomérat d’armement Rosoboronexport, perdait son monopole à l’export et s’en indignait dans la presse…

Ces signaux vont tous dans le même sens :
▪ La Russie est consciente qu’elle a prospéré trop longtemps à bon marché, sur ses fabuleuses ressources en matières premières, sans se soucier de se bâtir un secteur tertiaire ou des industries modernes. Alors Poutine rêve aujourd’hui de diversification économique ; il entend impulser la création d’une Silicon Valley à la russe. Cela coûtera cher. Le Premier ministre a besoin de fonds, et d’un marché financier fort.

▪ Au plan privé, l’heure est aussi venue, pour tous les bureaucrates enrichis, de rapatrier les centaines de milliards discrètement mis de côté en Suisse et de les faire fructifier à domicile, dans des placements solides : cela veut dire un marché et un tissu industriel dynamiques.

Une page de l’histoire russe se tournerait-elle ?
Il se peut que je me trompe sur la tendance ; que l’éclipse des siloviki ne soit que passagère. Mais c’est bien la première fois, depuis que j’écris Matières à Profits, que j’évoque la Russie sans fustiger son corporatisme d’Etat.

Pour moi, il se passe quelque chose…
Jamais le marché russe n’a été plus fréquentable — même si je reste méfiant.

Pour vous en convaincre, laissez-moi vous présenter le RTS Index ou RTSI, l’indice-phare de la Bourse RTS de Moscou, qui regroupe les 50 plus fortes capitalisations.

Vous cherchiez un indice orienté matières premières ? Ne cherchez plus !
Sur les 50 compagnies de l’indice boursier russe, 31 sont directement liées au secteur des commos ou utilities, pour un poids cumulé supérieur à 75% de l’indice : impressionnant.

Le RTSI apparaît très inégalement pondéré. Il est tiré par six valeurs seulement — qui font plus de 60% de l’indice. Le seul intrus dans ce peloton de tête, c’est le géant bancaire Sberbank, en troisième position, avec 13,8% du panier. Pour le reste, nous sommes en terrain connu. Jugez plutôt :

▪ En tête, nous trouvons GAZPROM (GAZPS), leader mondial du gaz naturel, solidement tenu en main par l’Etat russe (40% de flottant), pour 15% de notre indice.

▪ En deuxième place, LUKOIL (LKOHS), le numéro un russe de l’industrie pétrolière, pour 13,9% du panier et 50% de flottant. LUKOIL se revendique comme la deuxième compagnie au monde en termes de réserves prouvées, derrière ExxonMobil.

▪ Quatrième place : NORILSK NICKEL (GMKNS), premier producteur au monde de nickel et de palladium : 40% de flottant, 8,7% du panier.

▪ Cinquième place : encore un pétrolier, ROSNEFT (ROSNS), chasse gardée du gouvernement russe (l’entreprise a son siège à deux pas du Kremlin) : 15% de flottant seulement, 6,2% de l’indice. ROSNEFT est devenu le premier raffineur national après avoir dévoré, sous l’oeil vigilant de Poutine, la dépouille du géant privé Yukos.

▪ Sixième place, enfin : SURGUTNEFTEGAS (SNGSS), autre leader pétrolier formé dans les années 90 par la fusion de diverses entreprises d’Etat sibériennes : 5% du panier, 25% de flottant seulement. Comme dans le cas de ROSNEFT, la rumeur prête à la compagnie des liens de "durable amitié" avec Vladimir Poutine.

Et la liste continue, avec des utilities comme RusHydro ou FGC UES ; avec des minières telles que JSC Polymetal (PMTL), qui exploite les mines d’or de Magadan, en Sibérie orientale, et dont le cours a doublé depuis janvier dernier ; avec des producteurs d’acier, d’engrais, de charbon, des distributeurs d’électricité…

Que dit l’analyse technique ?
Achetez l’indice RTS ! Et c’est ce que je vous propose de faire.

L’indice russe apparaît dans une configuration positive, évoluant non loin de la base d’un canal ascendant. Cette bonne orientation est confirmée par le RSI qui évolue au-dessus des 50%, tout en conservant une marge de progression.

Graphique de l'indice russe RTS

Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

La proximité du support, la décote de ce marché (à moins de 8 fois les bénéfices attendus en 2011, il est le moins cher des BRIC) et la forte pondération des valeurs commos m’incitent à recommander d’investir sur le RTS. Cette opération nous permettra, notamment, d’augmenter notre exposition au marché du pétrole, actuellement bien orienté : pour information, les compagnies pétro-gazières pèsent environ 45% de l’indice.

[NDLR : Pour savoir exactement quel support d’investissement utiliser pour investir sur l’indice RTS, à quel prix et selon quel timing, suivez les recommandations détaillées de Sylvain. Il s’occupera de tout pour vous, de la surveillance des marchés à la prise de bénéfice : découvrez ce message spécial pour en savoir plus sur son service…]

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