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Airbus prêt à redécoller… en Bourse

par Etienne Henri

Le miracle commercial n’aura finalement pas eu lieu. Après avoir attendu qu’Emirates sauve, une nouvelle fois, le programme A380 avec de nouvelles commandes, Airbus a annoncé jeter l’éponge et retirer définitivement le très-gros-porteur de son catalogue lors de ses résultats annuels 2018.

Les voyageurs regretteront la disparition programmée de cet avion aux dimensions et au confort hors-norme, mais l’avionneur et ses actionnaires peuvent désormais pousser un grand ouf de soulagement et se tourner vers l’avenir.

Un avion mal né

 La courte vie de l’A380 aura été entachée d’erreurs et de déceptions.

Conçu pour être le pendant moderne du Boeing 747, l’A380 n’a finalement jamais trouvé son marché. Son gigantisme – il possède, sur le papier, une capacité de plus de 800 passagers dans sa configuration la plus dense – s’est avéré plus problématique qu’avantageux.

A l’approche des années 2000, la hausse continue du trafic faisait craindre une saturation catastrophique des aéroports et des lignes aériennes. Les stratèges d’Airbus ont donc imaginé un très-gros-porteur capable de désengorger les axes de circulation majeurs.

Moins d’avions dans le ciel, plus de passagers transportés : sur le papier, l’équation semblait belle. Il restait cependant pour qu’elle devienne réalité, une inconnue commerciale : le succès du modèle centralisé (hub and spoke), considéré alors comme la seule réponse économiquement viable à l’augmentation du trafic.

En pratique, les contraintes imposées par l’A380 aux différents acteurs ont condamné son avenir.

Les aéroports souhaitant accueillir le mastodonte ont dû faire de coûteux travaux d’infrastructure pour permettre embarquement et débarquement des passagers dans des temps acceptables. Les compagnies aériennes ont été contraintes de faire une croix sur la flexibilité des vols afin d’assurer un taux de remplissage correct à leurs A380. Les passagers, de leur côté, n’ont eu d’autre choix que d’accepter de multiplier les escales pour se rendre d’un point A à un point B.

Même le secteur du fret aérien, pourtant très demandeur en gros appareils et à l’origine de la longévité du vénérable Boeing 747, n’a pas cédé aux sirènes du gros porteur européen. Sur les 27 commandes d’A380F (la version cargo de l’appareil) enregistrées par Airbus lors du lancement du programme, vingt ont été annulées et sept converties en A380 classiques. Le rapport volume/poids transporté de l’appareil et les contraintes de remplissage similaires à celles rencontrées par le transport de personnes ont eu raison de l’intérêt des transporteurs. Et l’avionneur a abandonné le programme A380F dès 2007.

Le coup de grâce : l’innovation technologique

Les contraintes inhérentes à l’A380 et au modèle centralisé auraient pu être un mal nécessaire pour répondre à la hausse continue du trafic. Tous les acteurs auraient pu, bon gré mal gré, se faire à l’A380 et l’avion aurait alors régné sur les airs durant des décennies comme l’a fait le B747.

L’avenir en a décidé autrement : deux innovations technologiques majeures ont permis de rendre les  appareils bi-réacteurs capables de voyager sur de très longues distances. En réduisant le poids des structures avec de nouveaux matériaux composites et en augmentant l’efficacité de la propulsion grâce à l’arrivée de moteurs géants, les industriels ont offert un second souffle aux petits appareils autrefois réservés aux dessertes locales.

Il ne manquait plus qu’une évolution des certifications des bi-moteurs, qui a eu lieu opportunément entre 2011 et 2014, pour autoriser leur usage long-courrier et sceller le sort des gros-porteurs. Désormais, les compagnies aériennes ne rechignent plus à multiplier les trajets, même longs, opérés par des appareils emportant moins de 200 personnes.

Sur les axes majeurs, elles se permettent même le luxe de faire décoller plusieurs appareils naviguant vers la même destination à quelques minutes d’intervalle.

Pourquoi s’en priver ? Ce mode de fonctionnement revient moins cher que d’opérer l’A380…

Airbus peut désormais s’envoler vers le futur

La fin de l’A380, dont les derniers exemplaires seront livrés en 2021, marque la fin d’une ère pour Airbus.

Après avoir englouti plus de 25 Mds€ dans ce programme qui n’aura jamais été bénéficiaire, l’avionneur peut désormais solder ses comptes et se concentrer sur les avions légers long-courrier très prisés des compagnies aériennes.

Entre l’A320 Neo, l’A350, et l’A220 issu du rachat des CSeries de Bombardier, Airbus ne manque pas de relais de croissance.

Les chiffres 2018, annoncés il y a quelques jours, le prouvent : l’activité reste très rentable. Au cours du dernier exercice, le bénéfice net s’est envolé de 29 % à plus de 3 Mds€. Le carnet de commandes, avec 7 577 appareils en attente, correspond à près de 8 ans de production. Nul doute que les 3 000 salariés du groupe jusqu’ici affectés au programme A380 seront plus utiles sur ces nouveaux appareils que les compagnies s’arrachent.

L’abandon de l’A380, s’il peut rendre nostalgique les amateurs de belles machines volantes, devrait donc redonner le sourire à Airbus et ses actionnaires qui peuvent désormais envisager le futur avec sérénité. Les marchés ont d’ailleurs su reconnaître la bonne nouvelle : alors que l’arrêt prématuré du programme aurait pu inquiéter les investisseurs, l’action Airbus ouvrait en hausse de 5 % dès le lendemain de l’annonce.

L’action Airbus remonte en flèche depuis janvier et flirte désormais avec ses plus hauts historiques à 110 €.

Parfois, couper les branches mortes reste la meilleure stratégie pour renouer avec la croissance !

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