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Airbus vs Boeing : le crash rebat-il les cartes ?

par Etienne Henri
boeing vs airbus

Nous avons vu hier que le crash du Boeing 737 MAX d’Ethiopian Airlines peut, selon les premiers éléments d’enquête, difficilement être attribué à un malheureux concours de circonstances.

Les 737 MAX de Boeing semblent, contrairement à ce que l’avionneur et les compagnies aériennes prétendent, bien différents des anciens 737. Ils ne se comportent pas de manière identique en vol et les équipages ne savent visiblement pas réagir face à ces comportements différents.

Après deux crashs aux similarités troublantes, la stratégie du « business as usual » n’est plus possible et le constructeur doit prendre ses responsabilités.

Les deux pistes de sortie pour Boeing

Les 737 MAX cloués au sol par consensus international, Boeing n’a plus la possibilité de jouer la montre en attendant les résultats des enquêtes.

Il lui faut :

  • soit apporter des modifications aux appareils pour s’assurer que leur comportement soit en tout point identique à celui des 737 d’ancienne génération, si tant est que cela soit possible ;
  • soit ouvrir la boîte de Pandore en suggérant aux compagnies de former spécifiquement leurs équipages à ce nouvel appareil pour qu’ils puissent le piloter en toute sécurité.

Cette seconde solution n’est pas aussi simple et anodine qu’elle y paraît.

La fin d’une stratégie commerciale trop belle pour être vraie

Boeing a construit tout son argumentaire de vente du 737 MAX autour du fait qu’il ne s’agissait pas d’un nouvel appareil mais simplement d’une nouvelle itération des 737 qui volent depuis les années 1960.

A l’argument des économies d’énergies (20 % de consommation en moins par rapport aux modèles précédents) s’est ajouté celui de la réutilisation des équipages sans formation supplémentaire. Les compagnies ont ainsi pu intégrer progressivement ces appareils à leur flotte au rythme du renouvellement des appareils ou des augmentations de trafic.

La compagnie américaine Southwest Airlines a poussé cette stratégie à son paroxysme. Sa flotte est exclusivement constituée de Boeing 737, et elle a été le premier client du 737 MAX en 2011. Elle possède aujourd’hui 34 de ces modèles en service et en a commandé 275 autres. Ne posséder qu’un seul type d’appareil lui permet d’optimiser au mieux ses coûts de personnels : un équipage peut, en théorie, travailler sur la totalité des routes. L’optimisation des ressources humaines est vitale pour les compagnies aériennes : les salaires représentent habituellement entre 35 % et 45 % des coûts, soit plus que les dépenses de carburant.

Si le 737 MAX devait être considéré comme un nouvel appareil, la stratégie de Southwest Airlines, et de toutes les compagnies tentées de remplacer leurs 737 par des 737 MAX, tomberait à l’eau. Elles pourraient alors être tentées, quitte à certifier de nouveaux équipages, de se pencher vers l’A320neo d’Airbus pour profiter d’appareils tout aussi économes en carburant.

Airbus en embuscade

Avec l’A320neo, dont je vous parlais l’été dernier, Airbus dispose d’un modèle idéal pour remplacer les 737 MAX chez les compagnies les plus prudentes. Ses A330neo et A350 viennent compléter la gamme et permettent de couvrir tous les besoins, en capacité d’emport comme en autonomie, avec une consommation aussi réduite que les 737 MAX.

La compagnie indonésienne Garuda a déjà annoncé qu’elle annulait sa commande de 49 avions, arguant que le public avait déjà perdu toute confiance en cet appareil. Selon Bloomberg, de nombreuses compagnies songeraient actuellement à annuler leurs commandes auprès de Boeing : Lion Air (201 appareils), VietJet (200 appareils) et UTair (30 appareils)… Elles attendraient les conclusions de l’enquête en cours pour prendre une décision définitive. Selon le South China Morning Post, la totalité des commandes de 737 MAX en attente se chiffrerait aujourd’hui à plus de 630 Mds$ (559 Mds€).

Nul doute que l’avionneur européen bénéficiera, au moins à court terme, d’un certain report de commandes. A 100 M€ (prix catalogue) par A320neo, le constructeur européen devrait effectuer un bel exercice 2019.

Faut-il vendre Boeing pour acheter Airbus ? Le pari semble évident, mais ne sera peut-être pas aussi rentable qu’il y paraît. C’est ce que nous verrons dès demain !

graphe comparaison boeing airbus bourseL’action Boeing a décroché et Airbus en profite. Trop simple pour être vrai ?

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