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Alibaba, une banque, des milliards de Chinois… et vous !

par Cécile Chevré

La semaine dernière, je vous disais que malgré sa croissance impressionnante et une entrée en Bourse qui a marqué les esprits, Alibaba, le géant de l’e-commerce chinois, n’était pas exempt de faiblesses, et en particulier sur les questions de gouvernance et de transparence.
Autre problème qui risque à terme de poser problème, la diversification du groupe. Certes, celle-ci peut aussi s’avérer un atout de poids dans sa stratégie de développement mais vous connaissez le dicton « courir plusieurs lièvres à la fois ».

Jack Ma s’est ainsi lancé dans de multiples acquisitions. Certaines d’entre elles semblent parfaitement logiques, d’autres peuvent laisser plus sceptiques des investisseurs

Ces derniers mois, Jack Ma s’est ainsi lancé dans de multiples acquisitions. Certaines d’entre elles semblent parfaitement logiques (entreprises liées au commerce en ligne, à la distribution/logistique ou encore les réseaux sociaux), d’autres (la moitié du club de football de Canton ou des chaînes de télévision) peuvent laisser plus sceptiques des investisseurs bien décidés à faire entendre leur voix et généralement peu friands de trop grande diversification.
La direction d’Alibaba a d’ailleurs anticipé le problème en effectuant ces rachats avant l’entrée en bourse – et donc avant que les actionnaires puissent avoir un avis à donner sur cette politique.

En quelques années, Jack Ma a en effet su transformer son groupe, le faisant passer d’une simple plateforme d’e-commerce à une véritable banque

Alibaba, et la banque
Une des diversifications qui a fait le plus couler d’encre est celle vers la banque. En quelques années, Jack Ma a en effet su transformer son groupe, le faisant passer d’une simple plateforme d’e-commerce à une véritable banque.
Au premier abord, vous pourriez vous dire « la banque, ouch !, mauvaise idée ». Il faut dire que les banques chinoises traînent une très mauvaise réputation, souvent parfaitement justifiée. Mauvais investissements, shadow banking, crédits pourris et bulle de l’immobilier menacent leur survie. Mi-septembre, Pékin a ainsi injecté 500 milliards de yuans (63 milliards d’euros) dans ses plus grandes banques pour soutenir leur activité de crédit. Les banques sont donc le talon d’Achille de la puissance chinoise.
Qu’est donc allé faire Jack Ma dans ce panier de crabes ? Eh bien, de l’argent, beaucoup d’argent même. Alibaba n’est pas le seul à s’être lancé dans l’activité bancaire. Tencent un de ses principaux concurrents a fait de même… avec le même succès qu’Alibaba.
Car ces groupes disposent de plusieurs arguments de poids, et tout d’abord celui du rendement. Dès juin 2013, Alibaba a lancé plusieurs offres de placements financiers à destination des particuliers. Un produit d’autant plus attractif qu’il offre d’excellents rendements, souvent équivalents à 7%, alors que ce que les banques traditionnelles proposent généralement tourne autour des 3%.

Les placements proposés par Alibaba sont garantis par le groupe. Et ça, c’est un argument choc pour beaucoup de Chinois, devenus méfiants envers les banques traditionnelles

Autre argument de poids pour les placements proposés par Alibaba, la confiance. Les placements proposés par Alibaba sont garantis par le groupe. Et ça, c’est un argument choc pour beaucoup de Chinois, devenus méfiants envers les banques traditionnelles.
Il faut dire que Jack Ma a tout misé sur la confiance pour conquérir le portemonnaie de ses compatriotes. Et en premier lieu dans ce qui est le fondement de son activité, l’e-commerce. Achats effectués sur ses sites de commerce en ligne et transactions financières via Alipay, le système de paiement à peu près équivalent à PayPal, sont tous vérifiés et contrôlés par Alibaba qui a ainsi su imposer une image de crédibilité et de fiabilité auprès des internautes chinois. Une image de marque qui a servi de tremplin pour les services financiers proposés par le groupe de Jack Ma.

La longue pratique de l’e-commerce, et en particulier de l’e-commerce mobile, a parfaitement servi l’ambition d’Alibaba

La longue pratique de l’e-commerce, et en particulier de l’e-commerce mobile, a parfaitement servi l’ambition d’Alibaba. Aussi bien AliPay que la plateforme de placements d’Alibaba, Yu’ebao, sont accessibles via des applications mobiles, permettant de contourner leurs lourdeurs d’un système de paiement ou bancaire classique.
Le succès des placements proposés par Alibaba n’est plus à démontrer. En février dernier, le groupe lançait ainsi par exemple un placement dans la Compagnie d’assurances-vie de la rivière des Perles. En moins d’une semaine, ce sont 1,65 million d’investisseurs qui se sont précipités sur ce produit. Yu’ebao, lancée en juin 2013, a quant à elle déjà séduit 100 millions de clients. 580 milliards de yuans (74 milliards d’euros) y ont déjà été placés. Dès janvier 2014, Yu’ebao devenait ainsi le principal fonds d’investissement chinois. Autres raisons

Dernier succès en date enregistrés par Jack Ma, l’autorisation par Pékin de la création d’une banque privée

Dernier succès en date enregistrés par Jack Ma, l’autorisation par Pékin de la création d’une banque privée. Une décision qui s’inscrit dans la volonté manifeste de Pékin d’ouvrir le secteur bancaire chinois, jusque-là dominé par les banques d’Etat, à la concurrence et – du moins on peut l’espérer – encourager de meilleures pratiques dans un secteur menacé par l’explosion.
Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?
La question que vous devez maintenant vous poser, alors que nous avons examiné les atouts et les faiblesses, est la suivante : dois-je ou non investir dans Alibaba.

Alibaba engendre aussi bien fascination que méfiance… et ce parce que le groupe est chinois

Cher lecteur, je vais vous laisser vous faire votre propre opinion mais voici la mienne – qui vaut ce qu’elle vaut. Alibaba est manifestement une société promise à un grand avenir
Pour les investisseurs que nous sommes, Alibaba engendre aussi bien fascination que méfiance… et ce parce que le groupe est chinois.
Fascination parce que le potentiel est bel et bien là et que les chiffres de progression de l’e-commerce en Chine font rêver. Difficile de ne pas être stupéfait par le parcours accompli par Jack Ma en un peu plus d’une dizaine d’année. Il a su mettre en place un groupe d’e-commerce – et aujourd’hui financier – parfaitement adapté à la demande chinoise. Si je suis un peu sceptique sur la place qu’Alibaba peut se faire dans les pays occidentaux, il me semble que la société a une véritable carte à jouer dans les pays émergents.
Méfiance parce que les groupes chinois trainent souvent une douteuse réputation liée à un véritable manque de transparence aussi bien qu’à l’intervention massive de l’Etat chinois dans leurs affaires. Ajoutons à cela que le risque de censure plane sur toute entreprise chinoise liée à Internet…
Mon conseil serait donc le suivant : gardez la progression d’Alibaba à l’oeil, attendez que l’effervescence liée à l’introduction en Bourse se calme et surtout patientez – si vous en avez le courage – jusqu’aux premiers rapports financiers certifiés exigés depuis l’IPO sur le NYSE.
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