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Alibaba, une histoire d'amour et de haine

par Cécile Chevré

Alibaba a beau avoir réussi un très beau coup avec son entrée en Bourse, ses sites ont beau être en position dominantes sur le marché de l’e-commerce chinois, nous avons vu que Jack Ma, le fondateur et président d’Alibaba, faisait un pari risqué en cherchant à conquérir de nouveaux marchés, et tout particulièrement en Europe et aux Etats-Unis.

En outre, Alibaba a une véritable longueur de retard sur son principal concurrent chinois, Tencent, en matière de réseaux sociaux. Or leur utilisation s’affirme déjà comme un élément clé du marketing et de l’e-commerce, une tendance qui va encore se renforcer dans les années qui viennent.

Certains doutent donc de la capacité d’Alibaba à générer une croissance suffisante pour justifier son énorme valorisation boursière (pour rappel plus de 220 milliards de dollars, soit plus que celle d’Amazon et d’eBay réunis).

De mon côté, ce n’est pas réellement le potentiel de croissance du géant chinois qui m’inquiète – le groupe est en pleine conquête de nouveaux marchés prometteurs que sont l’Amérique latine ou encore l’Asie du Sud-est – mais plutôt des problèmes de gouvernance ou encore le risque inhérent à l’investissement dans une entreprise chinoise.

La question de la gouvernance
L’histoire date d’il y a des lustres – en matière boursière, les années valent des siècles – mais certains investisseurs s’en souviennent encore. En 2010, Ma avait décidé la vente de son système de paiement en ligne, Alipay, sans consulter ses actionnaires, dont Yahoo qui détenait 40% du capital.

Le fond de l’histoire est assez obscur mais certains faits ont de quoi nous rendre un peu nerveux

Le fond de l’histoire est assez obscur mais certains faits ont de quoi nous rendre un peu nerveux. Si Jack Ma décide de vendre Alipay – qui gère alors plus de 50% des ventes en ligne en Chine – c’est pour se mettre en conformité avec de nouvelles règles édictées par la Banque Centrale chinoise : les moyens de paiement utilisés dans l’empire du Milieu doivent être détenus par des Chinois. Or Alipay est, comme nous l’avons vu, en partie détenu par un groupe américain, Yahoo.

Qu’à ne cela ne tienne, Jack Ma vend le système de paiement d’Alibaba à… une société dont il est lui-même le principal actionnaire. Vous ne pensiez quand même pas que Ma allait ainsi se séparer de l’un des joyaux de sa couronne ? Cerise sur la couleuvre (qui a été bien difficile à avaler par Yahoo à l’époque), le prix de vente d’Alipay aurait été bien inférieur à la valeur réelle de la société…

Rien ne dit que Jack Ma reproduira une telle manoeuvre… Mais rien ne dit non plus qu’il ne le fera pas et, à plusieurs reprises, le président d’Alibaba a exprimé sa méfiance non seulement contre les investisseurs mais aussi les analystes financiers. Ma et son entourage veulent garder leur contrôle presque absolu sur le groupe.

Une entreprise sous influence
C’est d’ailleurs une des raisons qui a poussé le groupe à choisi r le NYSE et non pas à la bourse de Hong Kong, contrairement à ce qu’avait pourtant envisagé Ma dans un premier temps. Hongkong n’autorise pas l’émission d’actions sans droit de vote. Ce qui signifie que si vous êtes actionnaire, vous disposez d’un droit de vote et donc d’un levier pour influence l’avenir du groupe et les décisions de la direction. Une perspective que ne pouvait pas envisager Jack Ma.

Le NYSE, qui permet l’émission d’actions sans droit de vote, a donc été choisi, ce qui permet à Ma de garder le contrôle de la moitié du conseil d’administration.

Le NYSE, qui permet l’émission d’actions sans droit de vote, a donc été choisi, ce qui permet à Ma de garder le contrôle de la moitié du conseil d’administration.

"Les clients en premier, les employés en deuxième et les actionnaires en troisième"

Au cas où le message ne serait encore pas très clair, voici ce que déclarait le PDG d’Alibaba début septembre dans le Financial Times : "Les clients en premier, les employés en deuxième et les actionnaires en troisième". Et pourquoi pas après tout… reste que, en tant que potentiel investisseur, vous savez la place qui vous est réservée.

Transparence… à la chinoise ?
Autre question qui reste sur le tapis : celle de la transparence. En se faisant lister sur le NYSE, Alibaba doit accepter de se soumettre à quantité de règles édictées par la SEC, l’autorité américaine de régulation des marchés. Un exercice auquel les entreprises chinoises ont souvent un peu de mal à se soumettre. L’histoire boursière récente est parsemée de cadavres de sociétés chinoises qui ont été délistées par les marchés américains ou qui ont été à l’origine de scandales retentissants.

Et c’est là une des principales faiblesses d’Alibaba : la confiance que les investisseurs étrangers lui accordent

Et c’est là une des principales faiblesses d’Alibaba : la confiance que les investisseurs étrangers lui accordent. Vous l’avez peut-être remarqué : les très libéraux Américains ne sont généralement pas friands des réussites qui vont à l’encontre de ce qu’ils considèrent comme la doxa en matière de croissance et d’investissements, à savoir qu’une économie ne peut se développer que sur les bases de la démocratie et du libéralisme à l’américaine.

Or Alibaba est issu d’un pays communiste (faut-il encore le rappeler ?), une économie dirigée donc, dans laquelle les questions de gouvernance et de transparence sont très loin de correspondre à l’idéal prôné par le capitalisme.

De là à dire que les investisseurs américains ont une certaine méfiance envers les entreprises chinoises, il n’y a qu’un pas.

Deux chiffres pour mettre en lumière cet effet "dépréciatif". Historiquement, les entreprises américaines voient leur cours progresser de 7% annuellement, et ce pendant les 3 ans qui suivent leur IPO. Les entreprises chinoises listées aux Etats-Unis voient quant à elles leur cours reculer de 1% pendant la même période…

Des statistiques à prendre en compte dans votre décision d’investir ou pas dans Alibaba.
[NDLR : Dans Croissance & Opportunités, j’ai choisi de vous recommander des valeurs bien moins controversées qu’Alibaba mais qui vont s’avérer indispensables dans les années qui viennent.

Parmi elles, une entreprise américaine pionnière en matière de haut débit et qui aujourd’hui propose des solutions innovantes en matière de fibre optique très haut débit. Cela peut vous paraître dérisoire mais face à l’explosion de la vidéo en ligne et l’augmentation constante des Internautes, les réseaux Internet sont menacés par la saturation.

La fibre optique s’impose aujourd’hui comme LA solution face au risque de blackout de l’Internet. Un investissement d’avenir à découvrir dans Croissance & Opportunités…]

Il nous reste un dernier point à examiner pour conclure ce tour, que j’espère assez complet, des atouts et des faiblesses du géant chinois d’Internet, celui de la diversification, et tout particulièrement vers les activités bancaires. Un aspect en pleine croissance de l’activité d’Alibaba que je vous propose de découvrir en début de semaine prochaine dans la Quotidienne. Et après cet article, nous devrions enfin avoir réglé son sort au Chinois…

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