Accueil Energies et transports Areva/Siemens : mise à feu imminente pour le premier EPR européen !

Areva/Siemens : mise à feu imminente pour le premier EPR européen !

par Etienne Henri
EPR nucléaire Areva Siemens

[Parc vieillissant, EPR laborieux à sortir de terre… force est de le reconnaître, en Europe, l’industrie nucléaire semble en bout de course. Pourtant, la Finlande nous prouve que l’atome n’a pas encore dit son dernier mot. Un EPR, fonctionnel et sûr, est enfin prêt à être allumé. Si tout se passe bien, ceux de Flamanville (France) et de Hinkley Point (Royaume-Uni) ne devraient pas tarder à lui emboîter le pas. Une bonne nouvelle pour la filière dans son ensemble – Areva et Siemens en tête – mais aussi, et surtout, pour la transition énergétique !]

Serait-ce la fin de la traversée du désert pour l’EPR d’Areva et Siemens?

Serait-ce la fin de la traversée du désert pour l’EPR d’Areva et Siemens ? La nouvelle génération de centrales nucléaires qui devait, sur le papier, offrir un coût au kilowattheure maîtrisé avec une sécurité quasi-infaillible, est née dans la douleur. En France, l’EPR de Flamanville ne cesse d’accumuler déboires techniques, dépassements de budgets et autres retards. Même son de cloche au Royaume-Uni, où la centrale Hinkley Point C fait face à un nouveau surcoût (+600M€) et dont l’inauguration est désormais reportée au mieux à 2026.

Pour ses détracteurs, le nucléaire est une technologie en bout de course. Et sa dernière émanation, l’EPR, cumule tous les défauts. Trop lourds à mettre en place, trop compliqués à fabriquer et ne parvenant pas à rester en conformité face à l’inflation normative, ces réacteurs de dernière génération menaçaient de ne jamais voir le jour en Europe.

Pourtant, la Finlande apporte en cette fin d’année une lueur d’espoir à l’ensemble du Vieux Continent. L’énergéticien Teollisuuden Voima Oyj (TVO) vient de demander l’autorisation aux autorités d’allumer pour la première fois le réacteur d’Olkiluoto 3.

Si les pouvoirs publics donnent leur feu vert, cet EPR accueillera sa première réaction en chaîne dès le mois de janvier – une première en Europe.

EPR Olkiluoto 3

Le démarrage d’Olkiluoto 3, premier EPR européen fonctionnel, est imminent
Crédit photo : TVO

Tous les retards sont rattrapables 

L’aventure de l’EPR d’Olkiluoto est en tout point similaire à celle du modèle construit par EDF à Flamanville. Le réacteur finlandais, co-construit avec le consortium Areva-Siemens, dispose d’une puissance de 1 650 MW. Il est basé sur la même technologie que son pendant français… et a fait face aux mêmes difficultés.

Dans le calendrier initial, l’EPR d’Olkiluoto devait être mis en service en 2009. Comme chez nous, le chantier a connu dès son démarrage en 2005 des retards et des dépassements de budget considérables.

La responsabilité du calendrier, qui incombait contractuellement à Areva, a coûté au groupe 1 Md€ en pénalités de retard à TVO. Cette dépense supplémentaire, qui est venue s’ajouter aux surcoûts du chantier, a nécessité un sauvetage de l’Etat. Au total, le budget global, initialement évalué à 3 Mds€, a doublé pour dépasser les 6 Mds€. Face à ces dépenses imprévues, le consortium a à son tour réclamé des dommages et intérêts à TVO pour un montant de 3,5 Mds€.

L’industrie européenne s’est montrée capable de faire sortir de terre un EPR fonctionnel et sûr.

Les difficultés opérationnelles, les tensions croissantes entre le consortium Areva-Siemens et TVO, et la demande de certains écologistes d’un moratoire sur les projets d’EPR laissaient craindre le pire pour l’avenir de ces centrales de nouvelle génération. La demande d’autorisation d’allumage déposée par TVO prouve cependant que toutes ces péripéties étaient surmontables.

L’industrie européenne s’est montrée capable, malgré les difficultés rencontrées, de faire sortir de terre un EPR fonctionnel et sûr. Ceux de Flamanville et du Royaume-Uni devraient rapidement emboîter le pas à la centrale finlandaise. Ainsi pourra s’amorcer la vague de renouvellement de notre parc nucléaire vieillissant, et le rebond de toute la filière.

Une technologie irremplaçable pour la transition énergétique 

Malgré ses déboires et son coût bien plus élevé qu’escompté lors des débuts du programme, l’European Pressurized Reactor (EPR) reste une solution inestimable pour répondre à notre besoin croissant en électricité décarbonnée. Il en va du bon déroulement de la transition énergétique.

La Chine l’a bien compris, et a déjà inauguré deux réacteurs de ce type sur les sites Taishan 1 et 2. La centrale devrait accueillir deux réacteurs supplémentaires, et quatre autres sont en construction dans l’empire du Milieu.

EPR Taishan

L’EPR de Taishan, construit par EDF et opéré par CGN, a été premier au monde à être mis en service
Photo : CGN

Même les mini-réacteurs (Small Modular Reactors, plus connus sous leur acronyme SMR) auront bien du mal à le concurrencer. S’ils ont pour avantage de nécessiter des infrastructures plus légères pour leur installation, ils auront un coût au kilowattheure produit environ deux fois plus élevé que celui de l’EPR (sans même prendre en compte leurs futurs dépassements de budget), et démultiplieront les risques en faisant de la sécurité nucléaire un casse-tête.

Ce n’est donc pas une surprise si les pouvoirs publics continuent à croire à la technologie de réacteurs lourds. Les SMR étant voués à être un marché de niche, et la fusion nucléaire toujours à des décennies d’une hypothétique production de masse, l’EPR reste la meilleure piste technologique pour produire de l’électricité décarbonée en grande quantité et à bon prix.

Les pouvoirs publics continuent à croire à la technologie de réacteurs lourds

En Finlande, la mise en service d’Olkiluoto est attendue avec impatience. Le Royaume n’est pas capable de faire face à ses pics de consommation d’électricité, et est obligé d’importer, durant les heures les plus froides de l’hiver, jusqu’à 25 % de sa consommation.

Le pays disposant, à ce jour, d’une capacité de production électrique de 17,5 GW, le nouvel EPR représentera à lui-seule plus de 9 % de la puissance installée. En pratique, sa contribution à la consommation devrait même être supérieure à ce chiffre du fait de son fonctionnement 24h/24. Il pourrait ainsi fournir plus de 15 % de l’électricité produite dans le pays.

Preuve est faite que l’EPR peut bouleverser le paysage énergétique des nations. Les actionnaires d’Areva et Siemens peuvent enfin respirer !

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