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Avec Geely, les voitures autonomes auront leur Halo-Fi

par Etienne Henri
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La motorisation électrique est désormais proposée chez la quasi-totalité des marques automobiles. Son avenir étant d’ores et déjà acté, voici déjà que l’arrivée – et la démocratisation – des voitures autonomes est en marche. Une nouvelle course est lancée, et elle se joue… dans l’espace. Le Chinois Geely l’a bien compris et fourbit ses armes en ce sens : un Halo-Fi pour ses modèles d’abord. Puis, ensuite, pourquoi pas s’offrir un nouveau marché…

Le marché automobile va être bousculé plus rapidement que prévu… L’Europe a décidé – lors d’un vote historique – d’interdire la vente de véhicules thermiques d’ici à 2035. (J’ai déjà eu l’occasion de vous en parler ici…) Exit les moteurs essence, diesel ou même hybride, dans moins de quinze ans, les véhicules vendus sur le Vieux Continent ne devront pas émettre de CO2 lorsqu’ils se déplacent. Point.

Le marché automobile va être bousculé plus rapidement que prévu…

Le couperet législatif est tombé… mais il se pourrait bien qu’il ne soit finalement pas si gênant pour les consommateurs lorsque l’on voit à quelle vitesse les constructeurs font évoluer leurs modèles. Après la motorisation électrique, désormais proposée chez la quasi-totalité des marques, voilà que les pièces du puzzle se mettent en place pour faciliter l’arrivée de la voiture autonome.

Tout récemment, le constructeur automobile Geely a envoyé en orbite pas moins de neuf satellites. Après un tir manqué en décembre, durant lequel deux satellites avaient été perdus, le lancement réussi du mois de juin signe le début de l’aventure spatiale du groupe chinois.

Si Geely se tourne vers l’espace, c’est pour créer une nouvelle infrastructure permettant de positionner avec précisions ses futurs véhicules autonomes. De cette manière, voitures, camions et drones intelligents pourront avoir une connaissance parfaite de leur localisation, prévoir le trafic en amont et éviter les accidents. Pour le groupe, ce grand écart dans les activités est l’occasion de prendre de l’avance sur la concurrence dans la course à la voiture autonome – et pourquoi pas de s’offrir un nouveau marché.

flotte satellite GeeSAT Geely

Vue d’artiste de la flotte GeeSAT (crédit : Geely)

Des voitures autonomes bientôt positionnées au centimètre

Rares sont les véhicules neufs qui n’embarquent pas de système de positionnement. La plupart d’entre eux se basent en priorité sur le signal GPS du fait de sa disponibilité, de sa fiabilité et de son âge. En conditions réelles, il offre en moyenne une précision de l’ordre du mètre… mais les écarts sont importants. Dans une étude publiée en 2002, les scientifiques ont mesuré des erreurs allant de 40 cm à plus de 11 m pour les usages civils.

Rares sont les véhicules neufs qui n’embarquent pas de système de positionnement

Autant dire que l’incertitude est bien trop grande pour espérer faire rouler de manière synchronisée des millions de véhicules autonomes. Si un écart de quelques centimètres peut être lissé en appliquant des distances de sécurité, une erreur de plus de 10 m indiquerait aux intelligences artificielles (IA) que le véhicule est à contresens, voire sur une autre voie de circulation.

C’est pour cette raison que Geely a pris le taureau par les cornes et développé son propre système de positionnement. Comme pour l’Internet par satellite (le Halo-Fi), qui a vu ses usages démultipliés en passant des satellites à haute altitude des opérateurs historiques (36 000 km) à la flotte en orbite basse de SpaceX (550 km), les systèmes de positionnement gagneront en efficacité en se rapprochant du sol.

Le système GPS ne nécessite que 24 satellites car ces derniers sont placés à 20 200 km d’altitude. Chacun couvre ainsi une grande partie de la surface terrestre. Il en est de même pour le service européen Galileo (30 satellites à 23 222 km d’altitude). Geely fait le pari d’une myriade de satellites en orbite basse – les neuf satellites lancés ne sont que les premiers d’une constellation qui devrait, d’ici 2025, en comporter 240.

Grâce à ce maillage fin, le constructeur indique viser une précision de l’ordre du centimètre pour tous les véhicules, soit jusqu’à mille fois plus importante que celle du GPS. Elle sera largement suffisante pour que chaque véhicule autonome sache précisément sa position à tout instant. Et pour que puisse émerger un système centralisé de gestion du trafic.

Une question technique et de souveraineté 

L’avantage de la constellation de Geely est, vous l’avez compris, de pouvoir fournir des informations de positionnement bien plus fines que celles des réseaux GPS, Galileo et autres Glonass.

Mais il s’agit aussi d’un enjeu stratégique…

Si les grandes puissances mondiales ne se sont pas contentées du GPS américain, c’est parce qu’elles savent que la constellation est à la merci de Washington qui peut, d’un clic de souris, réduire sa précision voire couper intégralement le signal sur des zones géographiques données (ou sur toute la planète).

Il s’agit aussi d’un enjeu stratégique…

Impossible, pour un pays, de soumettre son économie et son armée à un tel risque. Dans un contexte géopolitique de plus en plus instable, les gouvernements des grandes nations ne peuvent que se féliciter d’avoir fait l’effort de développer des constellations autonomes au début du siècle.

La décision de Geely montre que les acteurs privés sont tout aussi sensibles à ce risque. Un constructeur automobile qui s’attaque au marché international de la voiture autonome (estimé à 500 Mds€ par an en 2035) doit prendre ses responsabilités. Il est tout simplement inimaginable que ses véhicules intelligents cessent de fonctionner, du jour au lendemain, à la suite d’une décision d’un dirigeant étranger.

Au fin fond de la Creuse, à Tombouctou ou Hanoï, aucun conducteur automobile n’accepterait que sa voiture autonome ne puisse plus rouler du fait d’une alternance politique malvenue à Washington. Ce problème sera réglé grâce à la constellation privée.

La flotte de 240 satellites est un élément crucial pour permettre l’émergence – et la fiabilité sur le long terme – de véhicules connectés. Elle apportera à Geely un argument commercial de poids par rapport aux autres constructeurs qui s’appuient sur le GPS. Et il semble que groupe ait aussi d’autres projets…

Naissance d’une nouvelle constellation commerciale

Selon le constructeur, les satellites GeeSpace ont également la capacité d’assurer des communications. Faut-il y voir la naissance imminente d’un réseau satellitaire d’Internet des objets ? De nouvelles offres d’accès à Internet similaires à celles de SpaceX, mais qui seraient sous la coupe de Pékin plutôt que de Washington ?

A ce jour, l’avenir commercial de cette fonctionnalité n’a pas été divulgué. (Mais nous savons déjà que l’électronique qui tourne au-dessus de nos têtes permet bien plus que le seul positionnement…)

Un autre élément tend à faire penser que Geely voit plus grand qu’annoncé. Les satellites de la flotte sortent d’une usine ad-hoc qui a coûté la bagatelle de 326 M$. Or, si la constellation ne nécessitera que 240 satellites au total – 72 dans un premier temps, puis 168 de plus pour la compléter –, l’usine est capable d’assembler plus de 500 exemplaires par an. 

Un tel investissement n’a certainement pas été fait pour n’être utilisé que six mois. Déjà, Reuters indique que Geely envisagerait de devenir un constructeur de satellites à la demande qui offrirait ses compétences et chaînes de production aux autres industriels. Un tel positionnement justifierait les sommes colossales mises dans la construction de l’usine de Taizhou.

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Les 240 satellites de géolocalisation ne seront probablement qu’un échauffement pour l’usine de Taizhou (crédit : Geely)

Geely pourrait devenir un acteur de poids de la course à l’espace

Nous connaissions déjà les ambitions internationales du groupe Geely – et inversement celles de Renault sur le marché chinois – avec le rachat des marques Lotus et Volvo. Ses investissements dans la voiture autonome dépassent largement, avec l’arrivée d’une constellation de satellites, celles des autres constructeurs automobiles. Geely pourrait être, à la fin de la décennie, la seule marque à pouvoir proposer des voitures autonomes robustes et insensibles aux soubresauts géopolitiques.

Demain, le groupe pourrait devenir un acteur de poids de la course à l’espace avec des services de conception et fabrication de satellites à la demande. Les relais de croissance du groupe ne manquent pas !

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