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Avec le déconfinement, la tech asiatique fuit les USA

par Etienne Henri

Il fallait s’y attendre : la crise du coronavirus est en passe d’être derrière nous, la guerre économique que se livrent Washington et Pékin reprend de plus belle et concerne plus que jamais les entreprises technologiques.

La première phase du conflit était portée par les gouvernements qui multipliaient barrières douanières, création de normes contraignantes et autres rodomontades. Cet été, les acteurs de l’économie réelle sont désormais sommés de s’impliquer et de choisir leur camp – et Oncle Sam n’en sortira pas nécessairement gagnant.

Contrairement à TSMC, qui a finalement choisi de se rapprocher de l’Occident, les géants technologiques asiatiques qui préparent leur IPO se tournent de moins en moins vers les Etats-Unis. Plutôt que de viser une introduction au NYSE, ils privilégient désormais les places de cotation locales comme Hong Kong, Shanghai ou Singapour.

Cet élan de patriotisme économique n’a rien d’anodin. En accueillant la cotation des plus belles entreprises technologiques asiatiques, les Etats-Unis gardaient la main sur la plus grande partie de la croissance mondiale, tirée depuis des années par l’Orient.

Croissance attendue en 2020 par pays selon le FMI

Croissance attendue en 2020 par pays selon le FMI : l’avenir n’est pas en Europe ni aux Etats-Unis
Source : FMI

Ce retour des entreprises cotées en Asie marque une nouvelle étape dans la tentative de découplage économique Chine/USA tant souhaitée par Pékin.

Un pied dedans, un pied dehors : le départ des géants de la tech est proche 

La préparation du retour au bercail des grandes entreprises chinoises a débuté l’année dernière avec un dossier des plus symboliques. Présent à la Bourse de New York depuis 2014, le groupe Alibaba a réalisé en novembre 2019 une IPO secondaire à Hong Kong qui lui a permis de lever 13,5 Mds€.

Le contexte particulier du début 2020, avec l’émergence de l’épidémie de COVID-19 en Chine dès la fin décembre et sa progression en Europe et aux Etats-Unis au printemps, a fait passer les considérations boursières au second plan… mais le “répit” n’était que temporaire puisque plusieurs annonces sont venues rappeler que la tendance est belle et bien enclenchée.

Semiconductor Manufacturing International (SMIC), fondeur chinois concurrent du bien connu TSMC (TPE:2330), a déclaré le mois dernier préparer une seconde introduction en Bourse pour un montant estimé à 20 milliards de yuans (2,61 Mds€). Signe des temps, celle-ci se fera à la Bourse de Shanghai.

Déjà cotée à la Bourse de Hong Kong, SMIC annonce ainsi ouvertement que son avenir ne dépend en aucun cas de l’accès aux capitaux américains. Le message est d’autant plus significatif que l’entreprise était cotée à New York depuis 2004, avant de retirer ses titres en juin dernier.

Après avoir coupé les ponts avec la clientèle et les technologies nord-américaines, SMIC affiche son indépendance sur la question de l’accès au financement.

SMIC

Investir dans SMIC et ses 219 M€ de profits annuels sera possible en HK$ ou en yuan
Crédit : SMIC

En parallèle, l’éditeur de jeux vidéo NetEase (NASDAQ:NTES), peu connu en France mais dont la capitalisation boursière dépasse les 50 Mds$, suit la voie d’Alibaba. La société a levé 29 milliards de dollars hongkongais (3,45 Mds€) la semaine dernière avec une IPO secondaire au Hong Kong Stock Exchange (HKEX).

Alors que l’économie mondiale sort à peine de sa torpeur suite au COVID-19, la multiplication des IPO sur les places asiatiques et leur succès sont des signaux forts que les investisseurs ne doivent pas ignorer.

Entre les entreprises technologiques qui délaissent totalement les places européennes et américaines, et celles qui maintiennent une double cotation, le message est clair. Les dizaines de milliards de dollars qui auraient traditionnellement trouvé refuge à la Bourse de New York sont désormais priés d’être convertis en monnaies asiatiques et de rester au plus près de ces sociétés en croissance. 

Comment profiter de cette migration ? 

Soyons clairs : les investisseurs particuliers français ne sont pas la préoccupation principale des chefs d’entreprises et des gouvernements impliqués dans cette grande mutation politico-économique.

Oubliez à terme les ADR cotés à New York et autres doubles cotations qui nous permettaient d’investir en un clic sur les valeurs asiatiques : l’avenir est à la cotation unique des entreprises à Hong Kong, Shanghai ou Singapour. Ces places de marché n’ont, disons-le crument, aucun besoin d’attirer l’épargne des trois millions d’actionnaires particuliers français et de leurs 300 Mds€ investis en actions cotées. Elles ne nous faciliteront pas la tâche. Pour pouvoir continuer à profiter de la croissance de la classe moyenne asiatique et des dernières évolutions technologiques, il va nous falloir faire quelques efforts supplémentaires.

Si vous êtes day-trader, habitué à travailler sur des options, warrants ou CFD, vous avez certainement un compte chez un broker en ligne qui vous donne accès aux actions cotées en Asie grâce à des produits dérivés. Opter pour les produits dérivés est une bonne solution pour être exposé à la hausse de ces valeurs sans se ruiner en frais d’acquisition et droits de garde comme sur un compte-titres ordinaire. Le revers de la médaille est que ces supports sont faits pour des allers-retours rapides ou de la détention sur quelques semaines au maximum. Ils ne sont pas adaptés à une stratégie d’investissement de long terme, pourtant la meilleure pour profiter des grandes mutations technologiques qui prennent des années à se concrétiser.

Dans les prochains mois, les investisseurs au long cours devront s’attendre à perdre petit à petit la possibilité de détenir directement les actions des mid caps asiatiques les plus prometteuses, et il en sera rapidement de même pour les big caps.

Ceci étant dit, rassurez-vous : il restera tout à fait possible de s’exposer à la hausse insolente des géants comme Alibaba, Tencent et SMIC. Comme les GAFAM aux Etats-Unis, ces entreprises technologiques ont la vocation à devenir la locomotive des indices locaux. Le 18 mai, le HKEX a d’ailleurs ouvert la voie à l’inclusion de ces entreprises dans le HSI (Hang Seng Index), son indice phare qui contient déjà Tencent.

Pour investir à Singapour, il est possible de se tourner vers le FTSE Straits Times Index (STI) qui regroupe les 30 actions les plus performantes dans la cité-Etat. De son côté, l’indice Shanghai Composite ratisse on ne peut plus large puisqu’il regroupe déjà tous les titres côtés à la Bourse de Shanghai.

Il reste ainsi aux investisseurs particuliers français une dernière cartouche à jouer : l’investissement via des ETF sur les principaux indices asiatiques.

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