Accueil IA et robotique Avec Mobileye, Intel accélère l’arrivée des véhicules totalement autonomes

Avec Mobileye, Intel accélère l’arrivée des véhicules totalement autonomes

par Etienne Henri
lidar mobileye intel

[Le CES 2022 semble déjà loin. Malgré l’absence – très remarquée – de certains poids lourds de la tech, bon nombre d’entreprises ont retrouvé leurs petites habitudes et profité de la grand-messe high tech pour présenter leurs dernières nouveautés. C’est le cas d’Intel, dont l’annonce a fait grand bruit. Sa filiale, Mobileye, est en passe de propulser les voitures autonomes à un tout autre niveau… Son secret ? Le LiDAR, pièce maîtresse de la course à l’autonomie…]

Un bond de deux niveaux par rapport à ce que propose Tesla et son Autopilot

Le dernier CES a permis à Intel d’officialiser une annonce importante pour le futur des voitures autonomes. Sa nouvelle plateforme technologique, conçue par sa filiale Mobileye (acquise en 2017), permettra aux constructeurs automobiles de proposer des véhicules dotés d’un niveau d’autonomie encore inaccessible aujourd’hui. Le niveau 4. C’est un bond de deux niveaux par rapport à ce que propose Tesla et son Autopilot. Et ce, à partir de 2025.

Comment cela est-il possible ? Eh bien, pour opérer ce joli tour de force, Mobileye s’appuie sur une technologie dont l’usage va exploser dans les prochaines années, le LiDAR (laser imaging detection and ranging). La pièce maîtresse de la course à l’autonomie…

La feuille de route est ambitieuse, certes. Mais, en l’officialisant, Intel dévoile d’autres ambitions. Présenter Mobileye sous son meilleur profil. Le timing des annonces ne doit en effet rien au hasard… Le géant des semi-conducteurs a prévu de remettre sa filiale en Bourse cette année. Avec une croissance des ventes à deux chiffres (+40 % entre 2020 et 2021), nul doute que les marchés accueilleront chaleureusement le retour de l’entreprise retirée de la cote il y a un peu moins de cinq ans.

Mobileye dévoile le futur de la voiture autonome 

Fondée en 1999, Mobileye s’est fait un nom dans les années 2010. L’entreprise proposait des systèmes clé en main permettant d’apporter de plus en plus d’autonomie aux véhicules. Parmi ses clients, on trouve donc de grands constructeurs tels que BMW, Audi, Volkswagen et General Motors. Ses produits équipent aujourd’hui plus de 88 millions de véhicules en circulation.

Sa gamme EyeQ est devenue la plateforme de référence pour l’industrie automobile. Aussi chaque évolution est-elle scrutée avec attention. La nouvelle mouture, le EyeQ Ultra, est un system on a chip (SoC) qui regroupe, sur une seule puce, toute l’électronique de traitement nécessaire aux voitures autonomes.

EyeQ Ultra Mobileye

Le EyeQ Ultra, système tout-en-un pour l’autonomie des véhicules (crédit : Intel)

Il intègre différents circuits électroniques dédiés à des tâches spécifiques comme la gestion des caméras et radars embarqués, la numérisation en temps réel de l’environnement, le calcul de trajectoire et les prises de décisions.

Un pari sur l’optimisation plutôt que la force brute

Pour assurer toutes ces fonctions, le EyeQ Ultra fournit une capacité de calcul représentant près de dix fois celle de la gamme précédente (EyeQ5). Pour autant, il ne s’agit pas d’un monstre de puissance démesuré. Sa capacité brute ne représente que 176 TOPS (176 000 000 000 000 opérations par seconde) – à comparer aux 1 000 TOPS du Nvidia Drive Atlan.

EyeQ Ultra est, par conséquent, un pari sur l’optimisation plutôt que la force brute. Adapter la puissance de calcul permet de réduire la complexité de la puce, son coût de production, mais aussi sa consommation. Grâce à une finesse de gravure passant de 7 nm à 5 nm, assurée par le fondeur TSMC, la consommation du EyeQ Ultra sera de l’ordre de 100 W. C’est l’équivalent d’un ventilateur d’habitacle poussé à pleine puissance.

Et, malgré cette sobriété, il promet d’apporter aux futurs véhicules l’utilisant une autonomie de niveau 4. Du jamais vu à ce jour !

Vers une voiture « vraiment » autonome pour 2025 ?

L’intelligence des véhicules modernes n’est pas binaire. Aucun véhicule n’est tout à fait « idiot » ni tout à fait « intelligent », et chaque modèle peut être positionné sur une échelle d’autonomie. Celle communément admise comporte 6 niveaux, le sixième représentant le Graal d’un véhicule capable de se mouvoir sur la totalité du parcours sans intervention humaine.

A ce jour, Tesla fait figure de référence avec son Autopilot qui ne peut pourtant se prévaloir que du niveau 2 sur l’échelle internationale.

En fin d’année, Mercedes-Benz a été le premier constructeur européen à obtenir une autorisation de commercialisation de véhicule de niveau 3. Jusqu’à 60 km/h, sa future Classe S sera capable de circuler en autonomie totale. Et ce, y compris en cas de manœuvre d’évitement ou de freinage d’urgence. Il rejoint ainsi le Japonais Honda qui avait ouvert le bal avec sa Legend, homologuée en mars 2021.

Classe S Mercedes-Benz

Avec la Classe S, Mercedes-Benz va être le premier constructeur européen à proposer un véhicule autonome de niveau 3 (crédit : Mercedes-Benz) 

Cette difficile course vers le niveau 3, et le faible nombre de constructeurs ayant franchi la ligne d’arrivée, permet de réaliser l’importance de l’annonce de Mobileye. La firme ne propose en effet pas simplement de démocratiser le niveau 3, mais bien d’atteindre le niveau 4 avec l’EyeQ Ultra.

Au niveau 4, la conduite autonome n’est plus réservée aux conditions idéales de circulation, et le véhicule est capable de fonctionner en autonomie totale « la plupart du temps ». Si de telles voitures nécessiteront encore la présence d’un humain capable de conduire à bord, et ne se pourront être vendues comme des taxis autonomes, les sollicitations devraient se faire extrêmement rares. Elles permettront des déplacements routiers bien plus reposants et fluides qu’actuellement.

En étant le premier équipementier à proposer des solutions intégrées pour le niveau 4, Mobileye devrait devenir un acteur incontournable de l’automobile haut de gamme pour les années à venir. 

Le LiDAR, pièce maîtresse de la course à l’autonomie 

L’annonce du EyeQ Ultra n’est pas qu’une actualité bienvenue pour Mobileye à quelques mois de sa probable IPO. C’est aussi une sorte de consécration pour de nombreuses technologies « pelles et pioches ». Elles sont peu connues du grand public mais à la base de la plupart des innovations majeures de la décennie.

La plateforme technique commercialisée par Mobileye préfère, aux anciens paradigmes CPU + carte graphique + co-processeurs dédiés à l’IA, le regroupement des fonctions sur une seule puce. C’est exactement la voie choisie par Apple avec sa puce M1, dont les résultats sont époustouflants. Et tout comme Apple, Mobileye s’est basée sur l’architecture ARM pour concevoir son SoC… un choix technologique lourd de sens lorsque l’on sait les efforts faits par sa maison-mère Intel pour pousser l’architecture x86 dans le domaine de l’électronique embarquée !

La phase de progrès exponentiel de l’Autopilot semble terminée et Mobileye s’apprête à prendre la relève

Une autre technologie peu connue du grand public est le LiDAR, qui consiste à utiliser des rayons laser pour numériser en 3D l’environnement immédiat. Très utilisée par les centres de recherche dans les années 2000 pour créer les premiers véhicules « pseudo-autonomes », le LiDAR est passé de mode lorsque Tesla a décidé de s’en passer pour son Autopilot. 

Régulièrement, Elon Musk se permet de rappeler que les caméras des Tesla sont bien suffisantes pour leur permettre de circuler, et que leur coût ne représente qu’une fraction de celui d’un LiDAR. C’est certainement vrai… mais c’est occulter une triste réalité : la phase de progrès exponentiel de l’Autopilot semble terminée. Depuis des années, ses performances stagnent et Tesla semble dans l’impossibilité de créer une vraie voiture autonome avec ses technologies low cost. 

De son côté, Mobileye a fait le choix de s’appuyer sur des LiDAR pour apporter aux voitures une meilleure connaissance de leur environnement. C’est cela qui permet à l’entreprise d’envisager avec confiance d’atteindre le niveau 4 d’autonomie… et c’est déjà le LiDAR qui a permis à Honda et Mercedes d’atteindre le niveau 3.

L’intérêt technologique du LiDAR n’est donc plus à prouver. Déjà, Apple l’intègre dans ses derniers iPhone haut de gamme pour proposer une réalité augmenté plus fluide et réaliste. Demain, ces systèmes seront suffisamment miniaturisés et peu chers pour être intégrés dans les produits électroniques du quotidien. Voitures, casques de réalité virtuelle, drones de livraison : les applications de cette nouvelle brique technologique ne manquent pas.

Articles similaires

Laissez un commentaire