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Bank Run à répétition en Chine

par Arthur Toce
bank run chine

Voici deux semaines, je vous expliquais que la Chine avait bien des soucis. Mais je faisais l’impasse sur un des principaux : les banques rurales. Elles sont plus de 4 000 en Chine ! Rendez-vous compte.

On évoque souvent le problème de l’éclatement du système bancaire allemand, mais l’Allemagne ne compte que 295 banques et 1 500 établissements de crédit mutualiste ou public… En outre, l’appétence pour le risque des structures allemandes du secteur mutualiste est somme toute assez faible. Alors qu’en Chine…

Rumeurs de faillite sur WeChat = Bank Run

Voici un exemple récent. Le 30 novembre, la Yichuan Rural Commercial Bank a subi un Bank Run. Un vrai de vrai. Suite à une publication sur WeChat, des centaines de personnes se sont ruées dans la banque pour retirer des espèces. Bientôt les caisses de la banque étaient vides et les autorités intervenaient en urgence.

Les médias du Parti communiste chinois ont rapporté l’affaire ainsi :

“Les autorités enquêtent sur l’ancien président de la banque et son plus important actionnaire, Kang Fengli, pour des motifs de corruption. La police a également arrêté une femme qui aurait répandu de fausses informations sur l’état de santé financier de la banque.”

Résultat :

“[…] La Yichuan Bank a reçu 30 milliards de yuans (plus de 4,26 Mds$) de la part de l’Union des coopératives rurales de crédit de la province du Henan sous la forme d’un transfert de fonds urgent. 5 milliards de yuans supplémentaires ont été fournis par la branche locale de la Banque populaire de Chine (PBoC) et 1,5 milliard de la Henan Rural Commercial Bank. Il révèle également que le conseil du Parti du Yichuan a tenu une séance extraordinaire pour résoudre le problème.”

En tout, cela fait 5,18 Mds$ pour sauver une petite banque locale, ce qui commence à faire une jolie petite somme rondelette. Pour le coup, la PBoC était dans la boucle à cause de la taille du sauvetage, mais le plus souvent les petites banques sont sauvées par les municipalités.

Ce genre de phénomène finit par être courant en Chine. C’est le quatrième organisme financier à être rattrapé par l’Etat. Le 6 novembre, la même chose est arrivée à la Yingkou Coastal Bank.

Comment tout cela peut-il arriver dans un pays communiste tenu d’une main de fer par un parti central ?

Déréguler pour stimuler !

C’est simple. L’Etat a voulu faire plaisir aux acteurs locaux qui voulaient des banques plus proches de leurs enjeux.

En 2013, la Chine a largement ouvert ses banques rurales aux capitaux dans le but d’accroître l’intérêt pour les zones rurales et d’y favoriser le développement local.

Le capital social minimum d’une banque commerciale rurale est de 50 millions de yuans (soit 8,2 M$). A peu près n’importe qui peut ouvrir une banque rurale, de l’individu fortuné aux banques chinoises, voire étrangères.

Comme souvent quand on permet l’arrivée de nouveaux acteurs sur un marché précédemment fortement régulé, on se retrouve avec une explosion du nombre de candidats. La Chine a donc vu le nombre de ces petites banques exploser !

En parallèle, la PBoC désireuse de stimuler la production de crédit et les rendements possibles, a laissé prospérer ces banques qui sont en périphérie du système bancaire classique.

Au final, on pourrait même le schématiser comme ça : les banques rurales se situent entre le système bancaire classique et les entités du shadow banking. Elles sont régulées mais de manière très “ligth”.

envolée shadow banking

Certaines banques rurales chinoises ont par exemple fourni des crédits pour spéculer sur des cryptos-actifs, ce qui est formellement interdit en Chine. Pire, beaucoup de petites banques sont gérées par des entrepreneurs. Ces banques financent les entreprises affiliées à cet entrepreneur, etc… Je ne sais pas pour vous, mais de mon côté, je trouve que ça fleure bon des montages façon pyramide de Ponzi…

Comme je vous le disais, en se développant, l’intensité de crédit nécessaire pour produire une nouvelle unité de PIB chinois est de plus en plus forte ! Et comme les grandes banques chinoises sont scrutées de près, impossible de pousser le crédit trop fort à travers elles. Les petites banques ont donc rempli cette mission, alimentant largement la bulle immobilière et la production des villes fantômes.

Le risque d’emballement et de contamination à la planète finance existe bien. Plusieurs banques chinoises ont retardé la publication de leurs comptes annuels… La Bank of Jinzhou, liée avec de nombreuses banques rurales, a mis plus d’un mois avant de publier une perte de 640 M$ en août 2019. C’est loin d’être la seule, comme le montre la liste ci-dessous.

banques chinoises publications résultats retard

Liste des banques chinoises qui ont retardé la publication de leurs résultats en 2018.

Même si certaines banques semblent assez petites, cela n’enlève rien aux potentielles répercussions. Etre obligé de débourser plus de 5 Mds$ pour sauver une petite banque n’est pas anodin. Le chiffre n’est pas très élevé mais, dans son secteur, la Yichuan Bank représentait 71 % des dépôts et 82 % des prêts en septembre 2018 (source China Chengxin International Rating Agency).

Nous verrons demain à quel point le système financier chinois est en mauvaise santé.

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