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La BCE, entre fourmis et cigales

par Cécile Chevré
Luis de Guindos

Comme prévu, la séance a été assez morne hier en Europe, alors que Wall Street était fermé. Le CAC 40, après avoir longtemps hésité, a clôturé en baisse de 0,48%.
La seule vraie nouvelle a été la nomination du ministre espagnol de l’économie, Luis de Guindos, au poste de vice-président de la Banque centrale européenne. L’autre candidat, le président de la Banque centrale irlandaise, venait tout juste d’annoncer son retrait.
Il est fort possible que cette nomination vous laisse de marbre… ce que je comprends parfaitement.
Pourtant, le rôle de la BCE s’est avéré central aux cours des dernières années. Outre avoir été aux manettes lors de la crise de l’euro et de la crise grecque – et avoir, au passage, évité une explosion de la zone euro –, la BCE a eu de multiples conséquences via sa politique monétaire sur votre vie quotidienne, du coût de votre crédit immobilier à la force de l’euro face au dollar en passant par le rendement de votre épargne et de votre assurance-vie. Les répercussions des décisions prises par Mario Draghi influent sur votre quotidien.
Or de grands changements se préparent au sein de la BCE. Outre celui de vice-président, trois autres postes vont être renouvelés dans les deux ans qui viennent, dont celui de président.
Qui pour remplacer Mario Draghi ?
Pour tenter de répondre à cette question, il faut prendre en compte le délicat équilibre des forces et des influences des pays appartenant à la zone euro. Traditionnellement, les économies les plus importantes de la zone – l’Allemagne, la France, l’Italie, l’Espagne – ont plus de poids dans les décisions et les nominations.
Mais la crise de l’euro a mis en lumière une autre partition : entre pays du Sud de l’Europe (les “cigales” partisanes d’une économie dite keynésienne) et ceux du Nord (les fourmis, partisanes de la rigueur budgétaire).
La nomination de l’Espagnol Luis de Guindos, appartenant au “Sud”, donnerait donc plus de poids encore à une candidature très attendue au poste de président de la BCE, celle de Jens Weidmann, le gouverneur de la Bundesbank. Et desservirait la candidature française, celle de François Villeroy de Galhau, le gouverneur de la Banque de France. En effet, chaque “zone” aurait alors son représentant aux plus hauts postes de la BCE.
Dans les faits, c’est un poil plus compliqué. Luis de Guindos, ministre de Mario Rajoy, affiche pour principal fait de gloire la relance économique de l’Espagne, qui avait été coulée par les conséquences conjuguées de la crise des subprimes et de la crise de l’euro. Cette relance, indéniable, s’est faite au prix d’importantes réformes et d’une politique de rigueur, qui ont rapproché les positions de de Guindos de celles du ministre de l’économie allemande entre 2009 et 2017, Wolfgang Schäuble.
Schäuble s’était d’ailleurs fait connaître pour son intransigeance face à la Grèce au plus fort de la crise hellène, se prononçant assez clairement pour un “Grexit”.
La nomination de de Guindos relance donc les dés dans la course à la présidence de la BCE. Si Weidmann est très largement favori, la France est-elle prête à laisser la direction de la BCE à des partisans de la rigueur ? Le feuilleton risque d’être passionnant, et je vais le suivre pour vous.

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