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Bientôt l’énergie gratuite et de nouveaux progrès en cascade

par Etienne Henri
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[Pourra-t-on disposer un jour d’une électricité si abondante qu’elle en deviendrait gratuite ? C’est ce que le nucléaire nous avait vendu mais, force est de le constater, la filière ne pourra jamais tenir cette promesse… Pour autant, certaines énergies propres, solaire en tête, semblent en bonne voie pour la reprendre à leur compte. Mieux, l’électricité gratuite est déjà une réalité au Danemark. Un exemple à suivre pour faire baisser le coût de nos factures mais aussi enclencher un nouveau super-cycle de progrès…]

C’est sans doute la plus grande promesse non tenue du nucléaire : nous offrir une électricité si peu chère qu’il aurait été inutile de facturer sa consommation. Le “too cheap to meter” (“trop peu cher pour installer des compteurs”) n’aura finalement pas eu lieu…

Pourtant, l’énergie nucléaire rend le coût de production d’un kilowattheure (kWh) dérisoire. Mais la filière s’est embourbée dans des dépenses de sécurisation toujours plus élevées et des frais de démantèlement stratosphériques. Ce qui, selon certaines estimations, rend le kWh bien plus cher que les alternatives carbonées.

Cela dit, à en croire la très sérieuse AIE (Agence internationale de l’énergie), si le coût du kWh d’origine nucléaire ou carbonée ne fait qu’augmenter, celui des énergies propres, lui, est en baisse constante. Le solaire, par exemple, est devenu depuis peu “l’énergie la moins chère de l’histoire de l’humanité”et nous avons déjà eu l’occasion de parler de son potentiel dans ces colonnes.

Conséquences ? Le prix de nos factures énergétiques va diminuer et un nouveau super-cycle de progrès devrait s’enclencher.

Le photovoltaïque dans les pas des semi-conducteurs

Vous savez, cher lecteur, je fais partie des analystes prudents face aux promesses de la transition énergétique. Aussi, ce n’est pas à la légère que je me fais le relai de ces prévisions. Si je pense que cette éventualité est possible, c’est grâce à deux choses : les propriétés mathématiques de l’exponentielle qui prédit des changements d’échelle réguliers et l’expérience du Danemark.

Selon l’AIE, le solaire est devenu “l’énergie la moins chère de l’histoire de l’humanité”

Revenons tout d’abord sur le cas de l’énergie solaire. Depuis leur invention, le coût des panneaux photovoltaïques connaît une baisse exponentielle. Quelle que soit l’échelle de temps étudiée, les progrès se font à un rythme continu. [Pour relire mon analyse sur le sujet, c’est par ici.]

Or, qui dit baisse exponentielle des prix dit hausse exponentielle des possibilités et, bien sûr, à terme, changement de paradigme. C’est exactement ce à quoi nous avons assisté avec le semi-conducteur. Jusqu’aux années 1980, la microélectronique était réservée aux forces armées qui fonctionnent sans contraintes budgétaires ou aux particuliers fortunés. Dans les années 2000, elle s’est immiscée dans les foyers des citoyens. Depuis 2010, les processeurs se sont glissés dans toutes les poches. Aujourd’hui, la puissance d’un ordinateur des années 2000 tiens sur une puce ne coûtant que quelques centimes à produire. Ces révolutions successives ont été possibles car, à chaque palier, le coût de fabrication “perdait un zéro”.

C’est ce à quoi nous assistons avec les panneaux solaires. Il y a vingt ans, ils n’avaient d’intérêt que pour les installations les plus exotiques comme les satellites ou les maisons isolées. Dans les années 2010, ils sont devenus intéressants pour alimenter des villages situés loin des villes. Et, depuis peu, une centrale solaire bien située peut produire une électricité moins chère que son équivalent alimenté par hydrocarbures.

Bref, nous sommes à quelques encablures pour que l’électricité renouvelable ne devienne, en toutes circonstances, moins chère que celle issue des centrales, que l’on parle d’hydrocarbure ou de nucléaire.

Au Danemark, l’énergie est déjà gratuite

C’est d’ailleurs déjà le cas au Danemark, pays modèle de la transition énergétique en Europe. Il se retrouve de plus en plus fréquemment en situation de surproduction électrique. Petite précision toutefois, le pays a atteint ce surplus d’électricité en utilisant principalement des éoliennes plutôt qu’avec des centrales photovoltaïques. Le Royaume a fait ce choix pour des raisons à la fois historiques et environnementales. (L’ensoleillement de Copenhague ne fait pas beaucoup de jaloux…)

Le Danemark est régulièrement en situation de surproduction

Cela dit, et malgré son abondance, l’électricité y reste la plus chère d’Europe. Il faut dire que, pour financer ses installations, le Danemark a dû recourir à un effort financier national sans précédent. De fait, le pays taxe la consommation d’énergie comme aucun autre : les taxes représentent 64 % du prix de la facture des particuliers (contre seulement 41 % en moyenne en Europe).

Mais, alors que ces taxes restent prépondérantes dans la facture électrique des Danois, le prix du kWh est en baisse – en opposition totale avec la tendance européenne. Depuis 2018, le prix du kWh facturé aux particuliers est en chute libre. Sa baisse compense, en pratique, la hausse brutale des années 2010 qui a servi à financer la transition énergétique.

Evolution prix kWh facturé aux particuliers au Danemark depuis 2010

Evolution du prix du kWh facturé aux particuliers au Danemark depuis 2010
Infographie : Statista

Des coûts fixes importants tandis que le coût marginal diminue : le prix de l’électricité danois est en passe de devenir forfaitaire. A l’image de nos forfaits téléphoniques, dont le nombre de Go inclus s’envole jusqu’à devenir anecdotique, les Danois payeront bientôt un facture d’électricité dépendant peu de leur consommation réelle. Enfin si la tendance se poursuit.

Si le Royaume a pu atteindre la surabondance électrique avec ses contraintes géographiques et en misant sur une technologie aux progrès lents, imaginez les possibilités qu’offrent les panneaux solaires pour les 7 milliards de consommateurs qui ne vivent pas au pays des éoliennes…

Des effets sociaux en cascade 

Nous ne manquons pas d’exemples sur les effets des baisses de prix exponentielles des matières premières. A chaque fois, l’Histoire se répète. Lorsqu’une ressource auparavant rare et précieuse devient banale, son coût devient un non-sujet pour les consommateurs qui ne consacrent presque plus d’argent (ni de temps) pour se la procurer. Cette libération du pouvoir d’achat et du temps disponible conduit alors à un nouveau cycle de croissance.

Imaginez les possibilités qu’offrent les panneaux solaires

C’est ce qui s’est produit avec l’arrivée de l’eau potable dans les foyers. C’est ce qui s’est produit lorsque l’aluminium est passé de métal précieux à produit du quotidien. C’est ce qui s’est produit lorsque l’électricité et le gaz ont permis aux particuliers de se chauffer et de cuisiner sans avoir à s’approvisionner régulièrement en bois ou en charbon.

Dans son excellent ouvrage Abondance (disponible en anglais), Peter Diamandis explore en détail les implications en cascade de la banalisation d’une ressource auparavant limitée. En plus d’offrir aux producteurs une source de profits colossale, elle permet aux consommateurs d’envisager de nouveaux modèles d’affaires auparavant inimaginables.

Un monde où l’énergie est disponible sans limite peut sembler, aujourd’hui, inconcevable – mais les progrès des panneaux solaires et l’exemple du Danemark nous montrent que le franchissement de ce seuil n’a rien d’impossible.

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