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Bientôt, vous volerez sans émettre de CO2

par Etienne Henri
aviation crise

L’aviation civile, clouée au sol depuis plus de deux mois, sait que son salut ne tient qu’à un fil. Après une interruption de trafic sans précédent dans l’Histoire, les compagnies aériennes sont financièrement exsangues. Malgré le recours quasi-généralisé au chômage partiel, leurs quelques économies – constituées lors de la période faste 2017-2020 – ne leur permettent pas de continuer à honorer leurs obligations.

Une fois de plus, cette industrie structurellement gourmande en capitaux et peu résiliente a été sauvée par les Etats. Cet énième sauvetage ne surprendra pas les investisseurs au long cours qui savent que compagnies aériennes comme constructeurs d’appareils ne vivent que de la générosité des pouvoirs publics.

Pourtant, cette fois-ci, les gouvernements refusent de signer un chèque en blanc. Plus question de financer les yeux fermés une industrie polluante qui condamne par sa seule présence l’objectif de neutralité carbone voulu par l’Europe à horizon 2050.

Les compagnies aériennes sont sommées, en contrepartie de l’argent des contribuables, de donner des gages de sobriété énergétique. Les Etats sont prêts à sauver cette industrie, mais sous réserve qu’elle prenne des mesures drastiques au sujet de ses émissions de CO2.

Voler proprement est-il possible ?

Depuis les années 2000 et le fiasco de l’A380, constructeurs et compagnies aériennes ont pris acte que l’ère des gros-porteurs est révolue. Désormais, l’aviation civile se fait de point à point, dans des avions de taille réduite, et s’appuie sur les dernières innovations en matière de matériaux composites et de réacteurs.

Airbus, Boeing et leurs équipementiers ont fait leurs choux gras de cette course à la sobriété énergétique. En proposant des appareils toujours plus sobres, ils ont incité les compagnies à renouveler leurs flottes de façon anticipée.

Cette stratégie s’est avérée payante pour tous les acteurs : la seule économie de carburant justifie parfois de mettre au rebut des avions pourtant encore jeunes et en bon état pour les remplacer par des appareils plus petits et plus modernes. C’est d’ailleurs ce qu’a choisi de faire Air France en abandonnant définitivement sa flotte d’A380 à l’occasion du confinement lié au coronavirus. En les remplaçant par des A350, elle économisera de 20 % à 25 % d’énergie par passager et par kilomètre. La carrière de ces géants des airs à 250 M€ pièce et tous âgés de moins de dix ans fut particulièrement courte !

A380

Le programme A380 d’Air France n’aura pas eu droit à son atterrissage en douceur.
Cloué au sol durant le confinement, il ne volera plus.
Crédit : Air France.
 

Si bienvenues qu’elles soient, les améliorations en termes de motorisation et de légèreté des appareils ne rendent pas les déplacements aériens neutres en termes d’émissions carbone. Tant qu’ils voleront au carburant fossile, le trafic aérien sera générateur de CO2, et la baisse de la consommation par passager sera petit-à-petit grignotée par la hausse naturelle des voyages en avion.

Le seul moyen de parvenir à la neutralité carbone de ces déplacements serait de bénéficier d’un carburant dont le cycle de vie soit neutre en CO2 – et c’est exactement ce miracle que Lufthansa Group cherche à réaliser.

Vers du kérosène solaire 

La compagnie aérienne allemande a annoncé il y a quelques jours une coopération avec l’ETH de Zurich pour travailler sur la viabilité d’un futur carburant solaire.

Swiss et Edelweiss, deux filiales du groupe, apporteront leur expertise économique et technique pour rendre le futur bio-carburant compatible avec les exigences de disponibilité, de prix et de qualité requises par les transporteurs aériens. De son côté, l’établissement suisse mobilisera l’excellence de deux de ses spin-off, Synhelion et Climeworks, spécialisées dans la neutralité carbone.

En juin dernier, Synhelion, qui travaille sur des systèmes de génération artificielle d’hydrocarbures, a annoncé avoir validé une preuve de concept de production de bio-carburant à partir de CO2, d’eau, et de lumière. En la couplant au mécanisme de captation de CO2 de Climeworks, dont je vous parlais l’année dernière, l’alliance dispose ainsi d’une chaîne théoriquement complète qui permettra de créer du bio-kérosène en filtrant l’air et récupérant l’énergie solaire.

ferme solaire de Synhelion

La ferme solaire de Synhelion capte le CO2 et la vapeur d’eau de l’air pour les transformer en hydrocarbures.
Crédit : Sinhelion SA.

Contrairement aux voitures, aux trains et aux camions, les avions ne peuvent se permettre de voler grâce à la seule énergie électrique. La densité énergétique des batteries – même de dernière génération – reste bien trop faible pour espérer convertir l’aviation commerciale à l’énergie électrique.

En prenant le problème à l’envers et en fabriquant sur le plancher des vaches des hydrocarbures au bilan carbone neutre, l’alliance menée par Lufthansa pourrait bien apporter une solution pour rendre le transport aérien non polluant.

En brûlant du kérosène dont le carbone provient de l’atmosphère, les compagnies aériennes pourraient retrouver leur insolente croissance d’avant-coronavirus tout en respectant la trajectoire de réduction des émissions de gaz à effet de serre voulue par l’Europe.

Se déplacer en avion pour le travail ou les vacances pourrait alors se faire sans culpabiliser sur le CO2 émis !

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