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Biogen : comptez-moi parmi les sceptiques

par Ray Blanco

En mars 2019, Biogen (BIIB) a vu le cours de son action imploser sur l’échec d’un essai clinique de Phase III sur des patients atteints de la maladie d’Alzheimer. J’avais suivi l’affaire puisque j’avais recommandé cette valeur dans le cadre de mon service NewTech Insider.

Et sentant venir le vent du boulet, suite à plusieurs échecs d’autres labos, j’avais conseillé à mes lecteurs de revendre Biogen quelques semaines avant l’effondrement.

Mais voici deux semaines, le cours de l’action BIIB a flambé de 26 % sur une journée, lorsque la société a annoncé qu’elle avait trouvé suffisamment de données positives, sur cet essai, pour déposer une demande d’autorisation de mise sur le marché auprès de la FDA.

Ce changement de valorisation représente environ 15 Mds$ !

biogen graphe nasdaq

Rien de neuf sous le soleil pour Alzheimer

J’ai pris le temps de regarder les résultats de Biogen, vous pouvez me compter parmi les sceptiques. Selon moi, une demande d’autorisation fondée sur l’analyse a posteriori d’un essai de Phase III a peu de chances de passer à la FDA, malgré ce que dit Biogen.

Biogen affirme que l’aducanumab (BIIB037) a permis d’aider un sous-groupe de patients. Pour commencer sur les deux études qu’a mené la firme (ENGAGE et EMERGE) qui ont réuni plus de 5 000 patients, seul un sous-groupe présente de bons résultats.

Cela pourrait cependant suffire à faire pencher la balance en faveur de la société, dans la mesure où la maladie d’Alzheimer est un problème de santé horriblement coûteux, et qu’il n’existe aucun médicament permettant de la stopper.

Laissez-moi vous rappeler la théorie médicale derrière le traitement de Biogen, des protéines s’accumulent et forment des plaques dans le cerveau. Ces protéines, appelées amyloïdes (d’autres sont connues sous le nom de “protéines tau“), sont toxiques. Les cellules du cerveau meurent à mesure qu’elles s’accumulent, ce qui finit par provoquer des pertes de mémoire et un déclin cognitif.

Le traitement de Biogen n’est ni curatif, ni préventif, il se contente de ralentir la maladie. En outre, dans l’étude clinique présentée, le traitement à forte dose (10 mg/kg) a permis de ralentir le développement des plaques amyloïdes de 23% sur 78 semaines… Pour être jugé d’une quelconque efficacité, un test clinique doit dépasser 20 %. On voit donc que cela se joue à un cheveu.

En plus, nous disposons déjà de médicaments qui traitent les symptômes d’Alzheimer. En France, cependant, ils ont été déremboursés en 2018, car on a jugé que leur efficacité ne justifiait pas un remboursement. Le médicament de Biogen rentrerait dans cette catégorie : un léger ralentissement de la maladie.

L’hypothèse amyloïde est une impasse

Il devient de plus en plus manifeste que la théorie conventionnelle entourant la maladie d’Alzheimer est erronée. Il est possible – même probable, apparemment – que les agrégats de protéines dans le cerveau ne soient pas la source de cette maladie dévastatrice.

Il est vrai que le fait de les éliminer pourrait aider certains patients. Mais en définitive, le médicament qui modifiera véritablement la maladie – capable de stopper net la progression d’Alzheimer – sera un traitement agissant davantage en amont.

Il s’attaquera à la cause de cette inflammation des cellules du cerveau qui, semble-t-il, provoquerait au départ l’accumulation des plaques et, à la fin, la mort des cellules.

Pourtant, le besoin de nouveaux médicaments est colossal. Et c’est bien ce qui pourrait faire pencher la FDA en faveur de Biogen. Nous aurons plus d’éléments en décembre. Le niveau d’incertitude actuel est tel que je vous déconseille d’investir dans Biogen qui pourrait tout aussi bien reperdre très vite les 15 Mds$ de capitalisation qu’elle a récemment gagnés.

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