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Bitcoin : la guerre du hash power

par Florian Darras
Bitcoin mining

« Il ne faut jamais gaspiller une bonne crise » (« Never let a good crisis go to waste »). Cette phrase attribuée à Winston Churchill, certes dans un tout autre contexte que celui que je veux aborder ici, se prête bien à la récession du marché des cryptos, et particulièrement à celle du Bitcoin au regard de ses « mineurs ».

La difficulté de minage du Bitcoin, c’est-à-dire la puissance de calcul (hash power) allouée au réseau, n’a fait que croître en dépit du déclin du cours de la plus célèbre des cryptomonnaies depuis ses plus-hauts de décembre 2017.

Sam Doctor, un analyste de données à Fundstrat, le confirme : « Malgré la conjoncture baissière du BTC, le hash power a doublé depuis mai […] »

BTC Hashpower

Vous allez le voir, cet indicateur est intéressant à bien des égards.

Le paradoxe d’un minage moins rentable 

Cette donnée montre tout d’abord que les mineurs, éléments-pivot du réseau Bitcoin, continuent de poursuivre inlassablement leur travail, ce malgré une rentabilité grignotée par une conjoncture baissière (bear market).

L’une des quatre technologies sous-jacentes du Bitcoin, outre la cryptographie asymétrique, le peer-to-peer (P2P) et la blockchain, est ce qu’on appelle la Preuve de travail (Proof of Work – PoW).

Sa fonction est de sécuriser l’ensemble du réseau, à partir de la puissance informatique qu’il est nécessaire de mobiliser pour mener à bien le travail de validation des transactions et de générations / « découvertes » de nouveaux blocs.

Pour ce travail, les mineurs sont rémunérés avec la cryptomonnaie qu’ils minent, en l’occurrence le bitcoin (BTC). Les mineurs se regroupent dans ce qu’on appelle un pool, une association de plusieurs mineurs ou fermes de minage qui mettent en commun leur hash power et se répartissent le pécule proportionnellement à leur contribution en puissance de calculs.

La rentabilité d’une ferme est conditionnée par plusieurs facteurs, parmi lesquels :

  • le coût de l’électricité, qui est évidemment variable d’un pays à l’autre ;
  • la puissance de calcul (hash power ou hash rate) des machines utilisées (processeurs) ;
  • le cours de la cryptomonnaie minée (le BTC) ;
  • les taxes sur cette activité…

Lorsque le cours du bitcoin baisse, l’activité apparaît dès lors moins profitable. En effet, à moins de disposer d’une trésorerie confortable, les entreprises de minage doivent souvent amortir leurs charges récurrentes en revendant immédiatement les BTC issus de leur travail, plutôt que de thésauriser la monnaie digitale en vue d’une hypothétique remontée des cours.

graphe BTCUSD

Source : Blockchain.info 

Plus la difficulté augmente, plus il est difficile de miner de nouveaux blocs et la marge du mineur est proportionnellement moindre. Lorsque le phénomène est conjugué à une baisse du cours, leur revenu en est d’autant plus affecté. Et pourtant, malgré ces raisons, la puissance de calcul n’a jamais été aussi importante !

Les gros acteurs sont donc prêts à sacrifier leur marge pour conserver leur place.

Une course à l’armement 

C’est une véritable guerre du hash qui se déroule entre les mineurs, une guerre que l’on peut qualifier « de position ».

La stratégie consiste en effet à tenir bon, à maintenir les machines en place voire à renforcer le « cheptel », un peu comme une course à l’armement : il s’agit ici de faire l’acquisition de nouvelles machines, les plus performantes possibles, au risque d’essuyer des pertes… Le succès finit par être au rendez-vous lorsque des concurrents cèdent.

Imaginons qu’une importante ferme de minage débranche ses machines. La puissance de calcul du réseau en serait de facto réduite, au profit des autres toujours en lice, lesquels auront mécaniquement plus de chances de réussir les opérations de « hashage »…

Bitmain, géant du minage, a prévu de faire son introduction en Bourse (IPO) en 2019. Sans doute l’occasion pour la société de récolter de l’argent frais pour son activité et ainsi asseoir davantage sa position et ses parts de marché.

Pour l’instant, la récompense fixée par le protocole pour la découverte d’un nouveau bloc est de 12,5 BTC, soit près de 78 000 $. En mai 2020, elle diminuera de moitié – ce phénomène est appelé le « halving » – et le montant sera alors ramené à 6,25 BTC.

A cet égard, il est fort probable que certains acteurs fassent le dos rond dans le contexte actuel et cherchent à accumuler un maximum de bitcoins, en prévision de la diminution de la récompense.

L’autre corollaire de cette compétition c’est que la blockchain Bitcoin n’a jamais été aussi sécurisée. Et pour cause : plus le taux de hash augmente, plus il est difficile de remonter la chaîne de blocs pour la pirater…

Un motif de satisfaction qu’il ne faut pas mésestimer…

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