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Boeing peut-il survivre au double crash du 737 MAX ?

par Etienne Henri
boeing 737max

Le Boeing 737 MAX d’Ethiopian Airlines, qui s’est écrasé le 10 mars, n’a pas fait que 157 victimes et autant de familles endeuillées. Il oblige également à se poser la question de la pérennité de la stratégie suivie par Boeing qui consiste à moderniser ses anciens best-sellers pour en faire des avions à bas coûts.

Il semblerait que l’avionneur ait atteint les limites du raisonnable avec le 737 MAX qui a vu une motorisation moderne être installée sur un fuselage conçu il y a plus de cinquante ans…

Un crash au triste goût de déjà-vu 

Alors que l’enquête ne fait que commencer, de nombreux spécialistes ont pointé du doigt, dès le lendemain de l’accident, les étranges similitudes entre ce crash et celui du vol 610 de Lion Air, survenu le 29 octobre 2018 en mer de Java.

Dans les deux cas, des appareils presque neufs se sont écrasés quelques minutes après le décollage. Dans les deux cas, les pilotes ont eu le plus grand mal à maintenir une altitude correcte – les données déjà disponibles pour le vol ET302 montrent une évolution erratique avant le plongeon final.

Les boîtes noires, dont l’analyse est en cours, ont confirmé le week-end dernier ces similarités selon les dires même de la ministre éthiopienne Dagmawit Moges.

Une situation accablante pour Boeing 

Si toutes les catastrophes aériennes sont des tragédies, la plupart restent dues à de malheureux concours de circonstances. Ces derniers sont, le plus souvent, uniques en leur genre. Normalement, un avion doit pouvoir voler en sûreté, même si un (voire deux ou encore plus) de ses équipements embarqués rencontrent des avaries.

Boeing a dû déporter la motorisation vers l’avant et le haut, ce qui a rendu l’avion instable à certaines vitesses.

Le fait que deux crashs similaires aient lieu sur des modèles identiques à quelques mois d’intervalle fait planer le doute sur la sécurité du 737 MAX et, par extension, sur l’ensemble de la stratégie industrielle de Boeing.

Les premiers éléments de l’enquête du crash du vol 610 de Lion Air incrimineraient le Maneuvering Characteristics Augmentation System (MCAS), un mécanisme de stabilisation de l’appareil introduit par Boeing sur la nouvelle génération de 737. Cet ajout a été rendu nécessaire suite au changement de motorisation : les nouveaux turboréacteurs LEAP, qui permettent à l’appareil d’atteindre une autonomie et une sobriété jamais vues, sont bien plus massifs que les versions qui équipaient les générations précédentes de 737.

Par conséquent, le constructeur a dû déporter la motorisation vers l’avant et le haut, ce qui a rendu l’avion instable à certaines vitesses.

moteur LEAP 737 max

Le nouveau LEAP 1-B. Puissant, économe, et trop volumineux pour les dimensions archaïques du 737.
Crédit : MRO-Network.

Pour ne pas perturber les habitudes des pilotes volant sur les anciens 737, Boeing a ajouté ce fameux MCAS qui permet aux 737 MAX de se comporter en vol comme les 737 classiques.

L’avantage, pour les compagnies, était significatif : les pilotes certifiés pour 737 ont pu voler sur ces nouveaux appareils sans devoir effectuer de longues et coûteuses formations spécifiques.

Les pilotes certifiés pour 737 ont pu voler sur ces nouveaux appareils sans devoir effectuer de longues et coûteuses formations spécifiques.

Sur le papier, anciens et nouveaux modèles sont identiques pour les pilotes… du moins tant que les pannes ne sont pas au rendez-vous.

Vers un scandale industriel 

L’enquête du crash de la Lion Air a montré que, face aux pannes de MCAS, les équipages ont des comportements différents. Lors d’un vol précédant son accident, l’appareil a présenté le même comportement erratique. Les pilotes ont pourtant réussi à désactiver le MCAS et repris le contrôle de l’appareil avant de se poser sans encombre. Dans le cas du funeste vol 610, sur ce même appareil, le contrôle n’a jamais été rétabli.

Les enquêtes sur les deux accidents détermineront si, comme le craignent les spécialistes, il s’agit d’un “simple” problème de MCAS qui, désactivé à temps, aurait évité les crashs.

Quoi qu’il en soit, il est évident que Boeing ne pourra plus prétendre que ses nouveaux 737 MAX se pilotent comme les anciens modèles. Selon le Seattle Times, la Federal Aviation Administration (FAA) aurait délégué à Boeing une grande partie de la certification des 737 MAX : une telle collusion, si elle était avérée, ne pourrait qu’augmenter les doutes quant à son niveau de sécurité.

La confiance en Boeing s’érode 

De nombreux pays ont interdit de vol les Boeing 737 MAX dans les heures suivant le crash. Même les Etats-Unis, où Boeing est considéré comme un fleuron national, se sont rangés au consensus et ont cloué ces appareils au sol.

Boeing, de son côté, a promis une mise à jour logicielle disponible sous quelques semaines. Cette annonce a rendu la situation encore plus confuse. L’avionneur était-il déjà en train de préparer une modification du MCAS avant le crash ? Compte-t-il a contrario développer une mise à jour de ses systèmes de vol en l’espace de quelques jours ?

Boeing est, sans aucun doute, dans la tourmente.

Nous verrons dès demain comment ce crash va impacter sa stratégie commerciale, son activité, et celle de son grand rival Airbus.

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1 commentaire

PLOTTON 23 septembre 2019 - 18 h 35 min

Article intéressant qui discrédite BOEING et qui montre qu’au nom de la rentabilité on est prêt à faire n ‘ importe quoi.

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