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Broadcom/VMware : nouvelle OPA record pour la tech

par Etienne Henri
Broadcom VMware OPA

Dans la tech comme ailleurs, les OPA vont bon train. Après Microsoft et Activision-Blizzard, en plein durant le feuilleton Elon Musk vs Twitter, c’est au tour de Broadcom et VMware d’entrer dans la danse… Si l’opération va à son terme, il s’agira d’un des plus gros deals de l’année. Qu’il est loin le temps où le déjà dispendieux rachat d’ARM Holdings par SoftBank (31 Mds$) faisait les gros titres ! VMware vaut beaucoup plus, 61 Mds$. Un prix hors norme mais totalement légitime…

Si l’OPA va à son terme, il s’agira du plus gros rachat de l’année dans le monde de la tech

Les rumeurs enflaient depuis quelques jours, elles sont désormais confirmées. Broadcom rachète VMware. Le groupe dirigé par Tan Hock Eng offre 142,5 $ par action pour prendre le contrôle de l’entreprise, ce qui la valorise à quelque 61 Mds$. Avec cette OPA d’ampleur historique, le dirigeant compte bien effacer le camouflet subi lors de la tentative de rachat de Qualcomm, bloquée par l’administration Trump en 2018.

Pour ce faire, Tan Hock Eng a pris acte des velléités protectionnistes de Washington et a rapatrié le siège social du groupe, qui était basé à Singapour, en Californie. Fort de l’économie des 130 Mds$ qui n’ont pas été dépensés pour absorber Qualcomm, il a utilisé ces fonds pour multiplier les achats : CA Technologies (18,9 Mds$) en 2018, Symantec (10,7 Mds$) en 2019 et, désormais, VMware.

Si l’opération va à son terme, il s’agira du plus gros rachat de l’année dans le monde de la tech, bien au-delà des 44 Mds$ promis par Elon Musk pour le rachat de Twitter et juste derrière les 69 Mds$ déboursés par Microsoft pour s’offrir Activision-Blizzard.

Broadcom voit au-delà de la pénurie de puces 

Depuis deux ans, le secteur du semi-conducteur est bercé par un newsflow particulièrement stable. Deux fondeurs, TSMC et Samsung, font la course en tête dans le haut de gamme alors que les concurrents que sont Intel, GlobalFoundries et autres SMIC ne jouent plus sur le même terrain. En parallèle, la pénurie de composants moyen de gamme ne s’arrange pas. Les fonderies tournent à plein régime et les consommateurs sont toujours contraints d’attendre leurs livraisons.

Dans ce purgatoire industriel dont nous ne voyons pas la fin, les grandes manœuvres de Broadcom apportent un bol d’air frais bienvenu. En nous projetant dans l’après-pénurie, le rachat de VMware confirme que la firme de San José voit de nouvelles grandes tendances émerger dans le monde de l’informatique.

En effet, l’activité de VMware répond à un besoin bien particulier des entreprises. Ses solutions de virtualisation permettent d’exécuter, sur une seule machine physique, plusieurs systèmes d’exploitation en parallèle. C’est un peu comme si votre ordinateur démarrait plusieurs fois en même temps. On appelle chacun de ses systèmes d’exploitation des machines virtuelles.

En rachetant VMware, Broadcom confirme que de nouvelles tendances prometteuses émergent

Cette technique, si elle n’est pas nouvelle, a connu une seconde jeunesse dans les années 2010 avec l’arrivée de processeurs particulièrement adaptés à la virtualisation. Alors qu’il s’agissait autrefois d’artifices logiciels qui visaient à « faire croire » au système d’exploitation qu’il s’exécutait sur un ordinateur dédié, les processeurs modernes sont conçus pour supporter, au cœur de leur silicium, plusieurs systèmes en parallèle.

Ainsi, la virtualisation des systèmes d’exploitation se fait désormais à pleine vitesse et, tout aussi important dans un contexte industriel, avec une sécurité accrue. Il n’est plus possible pour un programme mal intentionné d’espionner le contenu de la mémoire des autres systèmes d’exploitation qui s’exécutent en même temps. Chaque machine virtuelle fonctionne comme un ordinateur à part entière pouvant faire tourner n’importe quel programme en toute sécurité.

L’arrivée des machines virtuelles modernes a représenté un bouleversement dans le monde de l’informatique. La plupart des ordinateurs passant la majorité de leur temps à ne rien faire, les gestionnaires de parc ont progressivement migré leurs serveurs dédiés, coûteux et difficiles à maintenir, vers des solutions mutualisées.

Dans un serveur mutualisé, chaque client dispose non plus d’un serveur physique qui lui appartient, mais d’une machine virtuelle. Celle-ci est exécutée au bon vouloir de l’administrateur du parc, qui peut ainsi optimiser l’utilisation de ses ressources physiques en fonction de la demande en puissance de calcul des clients.

La virtualisation : « l’uberisation » des serveurs informatiques

Avec l’essor des machines virtuelles, les coûts d’hébergement ont été grandement réduits. Tout comme AirBnB et Uber ont fait baisser le coût des logements et des transports en maximisant le taux d’utilisation d’actifs dormants, la mutualisation permet d’optimiser le taux d’occupation des serveurs informatiques à l’échelle de la planète.

Le cloud s’appuie de plus en plus sur ces solutions. Les serveurs physiques ne représentent plus que la moitié des serveurs en fonctionnement. A part pour les plus grandes entreprises, s’offrir un serveur dédié n’a désormais plus aucun sens d’un point de vue économique, technologique ou même en termes de sécurité informatique.

Au cœur de cette révolution d’usage se trouvent les solutions de VMware. Ses logiciels de virtualisation sont – et de très loin – la solution favorite des informaticiens lorsqu’il s’agit de déployer des machines virtuelles professionnelles.

répartition parts de marché serveurs

Répartition des parts de marché des serveurs en 2019. VMware domine largement le monde de la virtualisation (source : Statista)

Ces chiffres déjà impressionnants cachent, en outre, le poids de l’histoire et la vigueur de la tendance. Les solutions de virtualisation modernes étant relativement récentes, il est normal que le nombre de serveurs physiques reste important.

Mais dans les prochaines années, tout devrait basculer. Selon une étude de Spiceworks datant de 2020, près de la moitié des entreprises prévoyaient de basculer certaines de leurs activités informatiques vers des solutions de virtualisation. Plus de 92 % d’entre elles l’ont déjà fait par le passé pour leurs serveurs, et le reste des métiers de l’informatique devrait suivre.

virtualisation et métiers de l'informatique

Après les serveurs, la virtualisation s’attaque aux autres métiers de l’informatique. Ici, la part des entreprises ayant déjà entamé leur migration (en vert foncé), et celle des entreprises prévoyant de le faire à court terme (en vert clair)

Avec la virtualisation, l’informatique poursuit par le logiciel la tendance déflationniste qui avait débuté dans les années 1970 avec la baisse des prix du matériel. C’est une excellente nouvelle pour VMware qui va pouvoir vendre ses services à de plus en plus de clients. De leur côté, les PME, toutes industries confondues, vont pouvoir digitaliser leurs activités à des prix de plus en plus bas… Voilà qui explique pourquoi Broadcom a mis autant d’argent sur la table pour s’offrir VMware.

Les OPA sans limite

L’autre signal fort de ce rachat concerne l’environnement boursier actuel. La baisse généralisée des valeurs technologiques n’a pu vous échapper, et certains analystes nous voient déjà dans un grand marché baissier qui maintiendrait le secteur de la tech sous pression pour les années à venir.

Voir Broadcom sortir le chéquier six mois à peine après le sommet du Nasdaq 100 signifie que les grands noms ne croient pas à une baisse durable des valeurs technologiques – sans quoi le groupe aurait fait traîner le rachat en longueur pour lancer son OPA sur la base d’un cours de Bourse plus faible de VMware.

Suite à l’annonce du rachat, le titre VMware a bondi de +35 % en ligne droite, s’approchant des 142,5 $ par action promis par Broadcom. Une fois de plus, les investisseurs qui avaient flairé l’imminence de l’OPA peuvent se féliciter de faire, dans un marché pourtant baissier, une plus-value conséquente.

WMware graphe bourse

Des plus-values à deux chiffres en quelques jours : dans la tech aussi, les OPA sont du pain bénit pour les investisseurs entrés sur les dossiers au bon moment (infographie : Investing.com)

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