Accueil A la une Bruxelles veut-elle la peau des constructeurs automobiles ?

Bruxelles veut-elle la peau des constructeurs automobiles ?

par Etienne Henri
Europe et voitures électrique

Le scandale du “Dieselgate” a ébranlé la confiance des consommateurs du monde entier dans les constructeurs automobiles européens.

Durant des années, ces derniers auraient conçu des systèmes embarqués dans les véhicules limitant artificiellement les rejets de polluants et la consommation durant les phases de test et de contrôle afin de présenter des performances plus attrayantes.

La question des émissions truquées était un secret de polichinelle dans l’industrie automobile.

Pourtant, et nous avons eu l’occasion de l’évoquer dès les premières “révélations” américaines en ce sens, la question des émissions truquées était un secret de polichinelle dans l’industrie automobile. L’optimisation massive des véhicules pour les passages sur banc de test ou sur circuit était connue de tous.

Derrière cette pratique généralisée (et bien sûr répréhensible) se cachait la question des normes européennes en termes d’émissions, intenables à l’époque où elles étaient entrées en vigueur.

Aujourd’hui, l’Europe ne semble pas avoir retenu la leçon et prépare un nouveau chapelet de contraintes normatives qui pourrait bien mettre les constructeurs dans une situation inextricable.

Si les normes sont un échec, c’est qu’il faut plus de normes 

Les eurodéputés envisagent actuellement de durcir les normes en matière d’émissions de dioxyde de carbone en imposant une réduction, calculée sur l’ensemble du parc, de 20% d’ici à 2030.

La commission environnement, à l’origine de ce texte qui devrait être soumis au vote en octobre, laisse bien sûr aux constructeurs le soin de trouver le moyen qui leur permettra d’atteindre cet objectif, si tant est qu’il existe.

A l’heure où la dangerosité du diesel est enfin prise en compte dans les politiques fiscales, et que les motorisations à essence, plus émettrices de CO2, regagnent les faveurs des clients, les objectifs de la commission relèvent plus du vœu pieux que de la feuille de route industrielle.

La frénésie normative ne s’arrête pourtant pas là.

Les eurodéputés envisagent actuellement de durcir les normes en matière d’émissions de dioxyde de carbone en imposant une réduction, calculée sur l’ensemble du parc, de 20% d’ici à 2030. L’Europe ne semble pas avoir retenu la leçon…

Franchissant une étape supplémentaire dans le dirigisme, la commission préconise d’obliger les constructeurs à atteindre certains quotas de vente de véhicules dits propres (véhicules électriques purs ou hybrides, fonctionnant aux biocarburants ou au gaz naturel).

Les quotas proposés sont tout aussi ambitieux que ceux concernant les émissions : en 2025, 20% des voitures vendues devraient être à faible émission. En 2030, à peine 5 ans plus tard, la proportion est supposée atteindre les 40%.

A titre de comparaison, selon le Comité des constructeurs français d’automobiles (CCFA), les voitures électriques hybrides et rechargeables ne représentent aujourd’hui qu’un petit 1,9% des immatriculations de véhicules neufs.

Quand l’Europe décrète vos emplettes

Vous connaissez, cher lecteur, le fonctionnement d’une économie de marché. Vous savez que les décisions des consommateurs sont prises selon des critères propres à chaque acheteur, et que les politiques publiques incitatives ou répressives (on pense notamment au fameux bonus/malus écologiques) ne peuvent modifier qu’à la marge les décisions individuelles.

Si votre mémoire est bonne, vous vous souvenez aussi du succès tout relatif qu’ont eu les plans quinquennaux de production décidés en URSS. La planification centralisée est éminemment inefficace pour fabriquer, au bon prix et dans les bonnes quantités, les produits dont ont besoin les consommateurs. Sans la rétroaction du marché, les constructeurs ne peuvent éviter la surproduction sur certaines références et la pénurie sur d’autres.

Aujourd’hui, les eurodéputés prennent acte de l’impossibilité de prévoir à l’avance les modèles qui correspondront aux besoins des consommateurs… et prennent donc le parti de confier aux constructeurs la responsabilité du succès de certains de leurs modèles !

Imposer par voie législative des quotas de vente dans une économie de marché revient à imposer le beau temps sur les Champs-Elysées le jour du 14 juillet !

Faisons donc, si vous le voulez bien, abstraction de l’absurdité d’un tel texte pour nous concentrer sur ses conséquences sur les constructeurs automobiles, et vos investissements.

Quelle marge de manœuvre pour nos constructeurs ?

Que l’on parle d’objectifs d’émissions de CO2 inatteignables techniquement ou d’objectifs de vente par définition hors de contrôle, les constructeurs automobiles seront dans une situation délicate si le texte est approuvé en l’état le mois prochain.

Si ces nouveaux quotas voient le jour, les constructeurs se retrouveront de facto à la merci des autorités européennes qui pourront, sous prétexte de violation desdits quotas, leur imposer des sanctions pécuniaires selon leur bon vouloir.

Face à cette épée de Damoclès normative, le salut des constructeurs ne pourra passer que par un engouement soudain des particuliers pour les véhicules électriques… Mais soyons clairs : jamais une contrainte législative ne rendra un catalogue attractif.

Si ces lois devaient être votées en l’état, seul un remaniement profond de l’offre donnerait à nos champions nationaux une chance de survie. Dans le cas contraire, ils seraient à la merci de l’arbitraire des autorités – une position bien peu enviable en période de disette budgétaire !

Sont-ils prêts ? C’est ce que nous verrons prochainement dans Opportunités Technos.

Soyez le premier informé des dernières Opportunités Technos directement dans votre boîte mail

Articles similaires

Laissez un commentaire