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Luttez contre ces dettes qui menacent l’économie mondiale

par Cécile Chevré

Il est toujours intéressant de suivre de près les investissements des gourous de la finance. Les dernières décisions du fonds Berkshire Hathaway sont particulièrement révélatrices de ce qu’anticipe Warren Buffett pour les mois à venir :

1. Berkshire Hathaway vient de vendre pour 1,5 milliard de dollars d’obligations à taux fixe (essentiellement de la dette souveraine américaine) pour acheter pour le même montant de dettes à taux variable.

Ce que cela veut dire ? Buffett parie sur une montée des taux dans les mois qui viennent.

2. Ces derniers mois, le fonds de Buffett a misé sur des investissements « tangibles ». 50% de ses revenus sont fournis par les quatre sociétés suivantes : McLane (distribution), Burlington Northern (fret ferroviaire), MidAmerican Energy (énergie) et Marmon (équipement de transport, composants électriques, etc.).

Buffett mise donc sur des investissements qui produisent des biens ou des services, loin des financières.

Que conclure de tout cela ? Berkshire Hathaway se prépare à affronter des mois difficiles pour le secteur financier et le marché obligataire.

Et nous ne pouvons que lui donner raison. Vous connaissez déjà les raisons qui nous font craindre un krach obligataire (rapidement : politique de surliquidité aux Etats-Unis, déficits chroniques des Etats des deux côtés de l’Atlantique) ou un nouveau krach financier (bilans des banques pas assainis, stress test trop complaisant, exposition importante au risque souverain, crise de l’immobilier).

Aujourd’hui, j’aimerai revenir sur la menace que représentent les muni-bonds. Cela fait plusieurs mois que nous vous en parlons

Muni-bonds, de la dette populaire mais dangereuse
Aux Etats-Unis, les muni-bons – ces obligations émises par les Etats ou les municipalités – ont toujours été des placements très populaires. Premièrement, parce qu’ils sont assortis d’avantages fiscaux qui les rendent particulièrement attirant. Deuxièmement parce qu’ils représentent un investissement local, presque tangible. En prêtant à votre ville, vous lui permettez d’investir dans de nouvelles infrastructures. Si une nouvelle école a été construite, ou si telle route rénovée, c’est un peu grâce à vous. Bref, votre argent vous paraît utile.

Mais voilà, la machine à rêves s’est grippée. La pire crise depuis 1930 est passée par là. Et pire que tout, elle est venue après une période pendant laquelle les municipalités étaient encouragées à prendre les paris les plus risqués et les plus spéculatifs. Un cocktail explosif : quand votre maire se prend pour un trader fou, c’est dangereux.

Les Etats américains et les municipalités sont maintenant confrontés à des montagnes de dettes qu’ils ne peuvent pas rembourser.

Pourquoi les muni-bonds sont dangereux
Pourquoi ? Plusieurs raisons à cela.

– Depuis plusieurs décennies, les municipalités et les Etats ont vu leur budget enfler de manière disproportionnée. Dans les années 1920, les budgets étaient moindres et les pouvoirs locaux moins endettés. Conclusion, ils avaient pu augmenter les impôts et taxes locales.

– En outre, afin d’être notés AAA par les agences de notations, de nombreux Etats et municipalités ont souscrit des emprunts garantis par une assurance auprès de monoliners. Le problème c’est que la plupart de ces monoliners étaient aussi spécialisé dans les assurances sur les subprime. Vous comprenez le problème : les assureurs, plombés par les défauts sur les crédits hypothécaires, sont de plus en plus nombreux à être menacés de faillite.

– Les taxes foncières se sont effondrées en même temps que la valeur des biens immobiliers et surtout l’explosion du nombre de propriétés non-occupées.

Et la situation s’aggrave…

Inquiétudes grandissantes en vue
La liste des Etats en grande difficulté financière s’allonge chaque jour. Le déficit cumulé des Etats de New York, de l’Illinois, du New Jersey, de la Caroline du Sud et du Nevada atteint les 140 milliards de dollars.

Malgré les dernières nouvelles encourageantes venues du front de l’emploi, le taux de chômage américain reste proche des 10%. Le déficit de l’Etat fédéral atteint des sommets et le taux des T-Bonds est en hausse… ce qui est mauvais signe pour les muni-bonds qui risquent de prendre le même chemin.

Enfin, le contrôle de la Chambre des représentants est passé aux républicains. Accepteront-ils de mettre la main au portefeuille pour sauver des bastions démocrates tels que l’Illinois ou la Californie ? Il y a vraiment peu de chances.

Quelles conséquences pour vos investissements ?
Comme l’expliquait Simone Wapler dans MoneyWeek, le danger que font peser les muni-bonds sur l’économie mondiale est réel : « Voilà les muni-bonds – ces obligations municipales américaines – de retour sur le devant de la scène médiatique grâce à Meredith Whitney, une analyste qui a commis un rapport de 600 pages sur le sujet il y a trois mois et est apparue le 20 décembre dans la très populaire émission 60 Minutes de CBS ».

« Meredith Whitney estime les pertes de ce marché à plusieurs centaines de milliards de dollars, ce qui serait le coup de grâce pour les banques zombies. Elle s’attend à 50 à 100 faillites. Whitney estime cependant que les défauts de paiement ne proviendraient pas des Etats mais des seules municipalités ».

Tenez-vous à l’écart des financières !


Pour aller plus loin aujourd’hui : de la bonne dette !
– Cette semaine, les professionnels de l’investissement que nous avons invités à notre table ronde se sont intéressés à la bonne dette. Dans un contexte de faibles taux d’intérêt, marqué de surcroît par une course à la dévaluation des principales devises internationales, les emprunts d’Etat des pays développés ne rapportent guère.

Pour vous, investisseur en quête d’un rendement élevé, les obligations émergentes constituent une opportunité à saisir. Trois experts vous expliquent comment profiter de cette classe d’actifs, sans pour autant tomber dans ses pièges. Des recommandations à découvrir dans le dossier du nouveau MoneyWeek.
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Photo : aresauburn™ – Flickr

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2 commentaires

BA 14 janvier 2011 - 18 h 34 min

Une fuite en avant suicidaire.
1- Première étape : en 2008, l’horrible vérité apparaît : cinq Etats européens ne pourront jamais rembourser leurs dettes. Les anglophones leur donnent le surnom de PIIGS : Portugal, Irlande, Italie, Grèce, Espagne. Les marchés internationaux n’ont plus aucune confiance dans ces cinq Etats : leurs taux d’intérêt commencent à monter.
2- Deuxième étape : l’Union Européenne et le FMI décident de prêter 110 milliards d’euros sur 3 ans à la Grèce. L’Union Européenne et le FMI pensent que ça va faire baisser les taux. Ce plan foire lamentablement. Les taux continuent de monter.
3- Troisième étape : l’Union Européenne et le FMI mettent sur la table 750 milliards d’euros. L’Union Européenne et le FMI pensent que ça va faire baisser les taux. Ce plan foire lamentablement. Les taux continuent de monter.
4- Quatrième étape : l’Union Européenne et le FMI vont mettre sur la table 1500 milliards d’euros. L’Union Européenne et le FMI pensent que ça va faire baisser les taux. Ce plan va foirer lamentablement. Les taux vont continuer de monter.
Conclusion :
Il y a quelques jours, nous avons appris que la Grèce ne pourra pas rembourser le prêt de 110 milliards d’euros sur 3 ans : la Grèce pourra finir de le rembourser en 2043 ou 2045 ! La Grèce rééchelonne sa dette !
Hier, l’Espagne et l’Italie ont emprunté : comme d’habitude, elles ont dû payer un taux d’intérêt de plus en plus élevé.
Bref, tout va de mieux en mieux !
Tout va très bien, madame la marquise Christine Lagarde !
http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2011/01/13/97002-20110113FILWWW00697-l-ue-discute-d-un-plan-d-aide-de-1500-mds.php

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BA 17 janvier 2011 - 22 h 48 min

Espagne : emprunt à 10 ans :
Le 18 novembre 2010, l’Espagne avait lancé un emprunt à 10 ans. L’Espagne avait dû payer un taux d’intérêt de 4,615 %.
Un mois plus tard, le 16 décembre 2010, l’Espagne a dû payer un taux d’intérêt de 5,446 %.
Un mois plus tard, lundi 17 janvier 2011, l’Espagne a eu peur d’affronter le marché : l’Espagne a annulé un emprunt à 10 ans. L’Espagne a décidé de le remplacer par un emprunt syndiqué (via un pool de banques).
« A l’heure actuelle, l’Espagne pense qu’il y a moins de risque par syndication qu’en affrontant directement le marché » a relevé Patrick Jacq, stratégiste obligataire chez BNP Paribas.
Résultat de cet emprunt à 10 ans : l’Espagne a quand même dû payer un taux d’intérêt ENCORE UNE FOIS EN HAUSSE.
Les taux devraient tourner autour de 5,6 % ou 5,7 %, a indiqué lundi à l’AFP la banque Société Générale impliquée dans l’opération.
http://www.romandie.com/infos/News2/201101171845150AWP.asp
Plus les jours passent, plus l’Espagne emprunte à des taux d’intérêt de plus en plus élevés.
Et même lorsque l’Espagne évite d’affronter le marché, elle emprunte quand même à des taux d’intérêt de plus en plus élevés.

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