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Bulle-maniaque : devons-nous craindre un krach ?

par Cécile Chevré

Cher lecteur,

Cela n’a pu vous échapper, les Bourses se portent bien, très bien même. D’accord, de temps en temps, elles s’offrent le luxe d’une petite séance de baisse, pour souffler un peu.

« Miraculeux… Tel est l’adjectif que j’ai envie d’employer pour décrire cette semaine sur le CAC 40. Car voir le CAC 40 ne perdre que 0,32% en cinq séances alors que l’euro n’a cessé de se renforcer au-dessus des 1,38 dans un contexte de résultats semestriels moroses est plus qu’étonnant« , ironisait lundi dernier Eric Lewin dans La Lettre PEA.

Et effectivement, les chiffres parlent d’eux-mêmes :
S&P 500 : + 24,24% depuis le 1er janvier
Dow Jones : +19,66%
CAC 40 : +18,15%
FTSE 100 : 15,49%
DAX : 18,97%

Impressionnant, n’est-ce pas ?

Un coup d’oeil aux graphes maintenant :

Celui du S&P 500 qui, à plus de 1 770 points, a complètement enfoncé son plus haut de 2007 à 1 560 points.

Graphique du SP 500

Celui du CAC 40, qui n’a toujours pas rattrapé son sommet de 2007 (à 6 168 points) mais est au plus haut depuis septembre 2008.

CAC 40

Comme le souligne Bloomberg, avec une hausse de plus de 24% depuis le début de l’année, c’est la première fois depuis 2003 que le S&P 500 performe autant.

Les marchés sont en phase haussière, nous le savons tous. Mais faut-il craindre une bulle ? C’est la question que je me suis une nouvelle fois posée hier en mettant à jour le portefeuille de Défis & Profits. Toutes les valeurs de notre portefeuille, ou presque, sont en très forte hausse.

Un exemple, ILLUMINA, une société spécialisée dans le séquençage génétique, qui s’est littéralement envolée depuis 15 jours, passant de 75 $ à près de 95 $. Et voilà une valeur qui prend plus de 20% en quelques jours. Les résultats trimestriels sont bons, certes, mais même des sociétés qui ont publié des résultats en dessous des attentes du consensus voient leurs cours atteindre des sommets. A vue de nez, sur la vingtaine de valeurs qui composent le portefeuille de Défis & Profits, plus de 70% ont atteint un plus haut historique.

De quoi se poser quelques questions.

Ni vous ni moi cher lecteur ne sommes assez naïfs pour croire que les arbres montent jusqu’au ciel (selon la formule consacrée) et que cette hausse va se poursuivre. Elle est bien trop manipulée.

Les marchés font le pari que la réduction du quantitative easing (« Taper ») par la Fed va être repoussée à l’année prochaine, en mars, voire encore plus loin. L’élection de Janet Yellen, bras droit de Ben Bernanke depuis des années et fervente supportrice de sa politique, les a rassurés : il n’y aura pas de revirement brutal dans la politique accommodante de la banque centrale américaine.

Les derniers chiffres de l’emploi étaient en dessous des attentes et, début 2014, deux échéances de poids attendent les Etats-Unis : le vote du budget 2014 et le relèvement du plafond de la dette. Bref, il n’y a aucune raison que la Fed mette fin à l’impression de liquidité avant le printemps prochain. C’est du moins l’avis du consensus interrogé par Bloomberg.

Les marchés ont raison de se réjouir de cette perspective. Depuis début janvier, la masse monétaire M2 (qui inclut les pièces et billets ainsi que divers produits d’épargne) a augmenté de 3 000 milliards de dollars (+4,6%) dans le monde. Soit bien plus que l’inflation mondiale officielle (autour de 2%). Sur ces 3 000 milliards supplémentaires, 1 000 milliards sont le seul fait du G4, à savoir les Etats-Unis, la Zone euro, la Grande-Bretagne et le Japon. Cela vous donne une idée de l’importance de l’impression monétaire pratiquée par les banques centrales de ces pays…

La masse monétaire mondiale globale atteint donc aujourd’hui 66 000 milliards de dollars, un sommet jamais atteint.

Autre signe de bulle : la reprise des prix de l’immobilier aux Etats-Unis. Selon l’indice S&P Case-Shiller, en septembre dernier, ils avaient gagné 12,8% sur un an dans les 20 principales villes américaines, pour retrouver leur niveau de mi-2004.

Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?
Quand il s’agit de bulle, il est toujours utile de revenir aux basics et de se référer aux différentes phases de gonflement de la bulle :

Etapes d'une bulle

La plupart des médias vous diront que nous sommes en début de phase maniaque, et qu’il est encore temps de profiter de la hausse. De mon côté, je crains, même si je n’ai aucune preuve définitive sur le sujet que nous en soyons plutôt dans les dernières étapes de gonflement de la bulle.

Une analyse de Société générale publiée début octobre allait dans le même sens. La banque prévoit un S&P 500 à 1 600 points d’ici la fin de l’année (contre plus de 1 770 aujourd’hui) quand les marchés intégreront les résultats moins bons qu’attendus des entreprises. Comme le rappelle La Tribune, au second trimestre, 13% des entreprises avaient publié des résultats inférieurs de 5% à ce qu’attendait le consensus. Un pourcentage qui devrait grimper à 21% au troisième trimestre. Et Société générale de souligner « la difficulté croissante [pour les sociétés] de battre les estimations de résultats » du consensus.

Les économistes de Société générale vont même plus loin et rappellent que la fin du QE1 et du QE2 avait engendré un violent recul des marchés actions, respectivement de 16% et 17%. Si bien qu’ils anticipent un recul d’au moins 17% l’année prochaine si la Fed passe effectivement au « Taper ».

Pour tout vous dire, ces marchés nous rendent tous nerveux, de Simone Wapler à Eric Lewin. Comme je le disais aux abonnés de Défis & Profits : « cette série de records boursiers ne me paraît ni saine ni justifiée par les fondamentaux économiques. Ceci dit, ne boudons pas notre plaisir, et prenons les bénéfices qui s’imposent ! ».

Ma recommandation : n’hésitez pas à prendre une partie de vos bénéfices quand la performance dépasse les 30% ou que votre valeur approche de seuil de résistance. Et remontez vos stops pour vous prémunir d’un retournement violent des marchés. Ainsi protégés, nous devrions pouvoir affronter les semaines qui viennent avec un peu plus de sérénité.

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