Accueil A la une Cannabis, bientôt un produit agricole comme les autres ?

Cannabis, bientôt un produit agricole comme les autres ?

par Etienne Henri
commodities cannabis

Lentement mais sûrement, les mentalités au sujet du cannabis évoluent. Aux Etats-Unis, le nombre de personnes en faveur d’une légalisation complète de la consommation de la plante a dépassé celui de ses opposants il y a une petite dizaine d’années. Depuis, ses supporters sont de plus en plus nombreux : ils représentent désormais plus de 60 % de la population.

Plus que la répartition des opinions, c’est surtout l’évolution du rapport de force qui est instructive. Outre l’inversion totale du ratio pour/contre en 30 ans, les études montrent que l’acceptation de la plante psychotrope est de plus en plus forte dans toutes les classes d’âge. Bien évidemment, les citoyens les plus âgés ne changent pas d’avis aussi rapidement que les plus jeunes, mais les courbes d’opinion favorable sont toutes en croissance depuis le point bas des années 1990.

opinion cannabis

Depuis les années 1990,
les citoyens américains ont totalement changé d’opinion au sujet du cannabis.
Source : Pew Research

Avec une telle évolution des mentalités, les Etats-Unis devraient bientôt être prêts pour une légalisation fédérale de l’usage du cannabis. 

Une légalisation fédérale du cannabis ?

Derrière la multiplication des sondages qui traquent en temps réel le basculement de l’opinion publique se cache bien évidemment la question des lois fédérales. Rappelons que si seuls trois Etats américains prohibent complètement l’usage du cannabis, la plante reste bannie par Washington.

Consommateurs et producteurs attendent donc avec impatience un assouplissement des lois qui permettraient de mettre fin à des situations absurdes comme l’interdiction d’avoir du cannabis sur soi lors d’un voyage entre deux Etats où son usage est pourtant autorisé.

Cette bizarrerie est due au partage des juridictions aux Etats-Unis. Si le gouvernement fédéral accepte de laisser les Etats libres de légiférer sur la consommation du stupéfiant, tout ce qui concerne le passage de frontières entre Etats relève de la juridiction de Washington. Ce n’est donc pas la possession de la plante, mais son transport qui est répréhensible – et toujours sévèrement réprimé !

De nombreux observateurs considèrent que la position de Washington devient intenable alors que seuls 6 % des Etats maintiennent une prohibition totale. Pour les investisseurs, le verrou de Washington est le dernier obstacle avant une explosion des valeurs de la filière cannabis.

Ils espèrent que, lorsque la culture de la plante sera enfin légalisée sans l’épée de Damoclès fédérale, les banques pourront enfin prêter aux producteurs, qui pourront ainsi ouvrir en grand les vannes de la production et faire exploser leurs profits.

A quand le cannabis coté comme du soja ? 

Il ne fait aucun doute qu’un assouplissement de la position de Washington permettra de libérer le commerce de la plante et favorisera sa consommation.

Pourtant, l’effet d’aubaine pour les cultivateurs pourrait être de courte durée. A l’échelle des Etats qui ont légalisé tous les usages du cannabis, les producteurs se sont vite heurtés à un défi de taille : la banalisation (commoditization) du produit. Le cannabis étant une plante comme une autre, les barrières à l’entrée pour sa culture sont faibles.

Lorsqu’un produit n’est plus rare, il perd rapidement de son attrait aux yeux des consommateurs. Dans ces Etats, les consommateurs choisissent leur cannabis comme leurs carottes ou leur riz : seuls les plus avisés ont de réelles préférences en termes de provenance ou d’espèce cultivée.

Conséquence : le produit devient générique aux yeux des acheteurs et son prix s’effondre. La chaîne de valeur est alors complètement bouleversée et les gagnants de la première heure ne sont pas nécessairement ceux qui profitent le plus de la démocratisation du produit.

C’est ce que nous verrons dès demain.

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