Accueil Santé et BiotechCannabis médical Cannabis – Une filière française qui ne dit pas encore son nom…

Cannabis – Une filière française qui ne dit pas encore son nom…

par Vanessa Popineau
Investir chanvre -Cannabis légalisation France

Nous sommes le 17 octobre, jour du “C-day” au Canada. Le pays vient en effet d’entrer officiellement ce jour même dans l’ère du “tout cannabis”. Et qu’on le consomme à des fins strictement thérapeutiques ou pour ses seules propriétés psychoactives, son usage y est dorénavant complétement légal.

La filière française du cannabis existe déjà, en embuscade, prête à négocier son virage thérapeutique dès que le coup d’envoi institutionnel sera sifflé.

Et la France dans tout ça ? Où en est-on exactement ? Eh bien sous nos latitudes, comme nous ne sommes jamais à une contradiction près, nous en sommes toujours à cultiver nos paradoxes – dommage qu’il n’existe pas de marché pour cela…

Sur le front de la consommation, tout va bien. Nous sommes les champions du pilon (traduction : “joint” en argot), les plus grands consommateurs de cannabis d’Europe. Dans le top 10 mondial. En revanche, du côté de la légalisation, ne serait-ce que thérapeutique, ça coince un peu plus : nous n’avons pas encore dépassé le stade des grandes tergiversations d’Etat.

Mais cela ne durera peut-être pas, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé vient tout juste de créer un comité “pour évaluer la pertinence de développer en France l’utilisation thérapeutique du cannabis”. Elle doit rendre un premier avis avant la fin de l’année.

Pourtant, à y regarder de plus près – et c’est une opinion qui n’engage que moi –, la filière française du cannabis existe déjà, en embuscade, prête à négocier son virage thérapeutique dès que le coup d’envoi institutionnel sera sifflé.

De championne du chanvre…

Tenez, j’ai dernièrement accompagné une amie sur un salon “bien-être” qui se tenait à l’espace Champerret, à Paris dans le 17e. Et, à ma grande surprise, il y avait là un stand dédié au… cannabis. Enfin, en France, pour le moment, nous préférons parler de “chanvre” – c’est moins sulfureux et donc plus acceptable.

Bref, ce stand, qui vendait des produits et des compléments alimentaires à base de chanvre, était bondé de monde. Bien sûr, je me suis rapprochée et j’ai prêté une oreille attentive à ce qui se disait sur place. Aucune fois il n’a été fait mention de CBD (cannabidiol) et encore moins de THC (composant psychoactif du cannabis). Non, ici il était simplement question de chanvre (dit chanvre industriel ou indien). Pour autant, il s’agit bien de la même famille de plantes…

Aussi les “maîtres chanvriers” ont-ils bien pris soin de concentrer leurs efforts commerciaux sur le fort potentiel nutritionnel de la gamme et son exceptionnelle teneur en oméga 3. En ce qui me concerne j’ai retenu tout autre chose : en France, on cultive des cannabacées (cannabaceae) en toute légalité.

D’ailleurs, cette culture existe, et ce depuis des siècles. Le site du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation nous apprend en effet qu’en 1860, nous consacrions pas moins de 176 000 hectares à son exploitation, réduits ensuite à quelque 700 hectares dans les années 1960. Voilà. Nous avons donc bien une filière cannabis – et ce n’est pas La Canebière (cannabis en langue d’oc) qui nous dira le contraire…

Aujourd’hui, la France produit la moitié du chanvre européen, avec environ 16 400 hectares cultivés en 2017 :

graphe : France, culture du chanvre en 2016, Europe

La France leader européen avec plus de la moitié des surfaces.
Sources : Plan filière InterChanvre (2017), ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation
Crédit : European Industrial Hemp Association

 … à future championne du CBD

Il y a donc sur notre territoire, des parcelles dédiées à la culture de chanvre industriel. Elles sont là. Il s’agit tout de même de 16 400 hectares, 6 chanvrières (exploitations de chanvre), 1 414 producteurs.

Alors, oui, pour l’heure il est question de produits alimentaires, de fibres textiles et autres matériaux de construction mais, il n’empêche, personne ne pourra m’ôter cette idée de la tête : la filière est là. Elle existe et ne demande qu’à se déployer pour produire du cannabis thérapeutique.

Les parcelles sont là et, pour le reste tout est de question de variété.

D’ailleurs, on trouve bien du CBD – substance reine des traitements thérapeutiques à base de cannabis – dans le chanvre industriel, entre 3% et 4%. Ce faible taux permet malgré tout un usage médical efficace, notamment comme anti-douleur ou contre l’anxiété et les troubles du sommeil.

La France peut bien tergiverser, c’est indéniable, il y a tout de même un embryon de quelque chose… et je pense que nous somme quasi prêts, d’un point de vue agricole. Les parcelles sont là et, pour le reste tout est de question de variété.

Notez que les cannabaceae sont des plantes annuelles, elles se replantent donc chaque année : on les sème au printemps pour les récolter à la fin de l’été – et leur croissance est encore plus rapide avec la technique de l’hydroponie, trois mois à tout casser… Nous sommes donc à quelques encablures législatives de devenir des champions européens du CBD.

Soyez le premier informé des dernières Opportunités Technos directement dans votre boîte mail

Articles similaires

Laissez un commentaire