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Capter et stocker le CO2 : l’activité qui affole les investisseurs

par Etienne Henri
investir capture co2

Le marché actions s’enfonce depuis le début de l’année. Biotechs et valeurs techs sont littéralement massacrées. La débandade est générale et touche même le non-coté. Pourtant, malgré ce contexte, les valeurs spécialisées dans le captage de CO2 font de la résistance – réalisant des tours de table d’ampleur jamais constatée jusque-là. Pourquoi un tel engouement ?

Nous ne parviendrons jamais à ne pas émettre de CO2. C’est la conclusion à laquelle sont arrivés il y a plusieurs années quelques entrepreneurs.

Depuis, ils s’emploient à créer des solutions de captage de CO2 pour nous offrir, malgré la fatalité des émissions, un futur sans augmentation de la teneur en CO2 de l’atmosphère. Cette solution fait son chemin dans la tête des décideurs et connaît même, depuis peu, un regain d’intérêt chez les investisseurs.

Les valeurs spécialisées dans le captage de CO2 ont le vent en poupe

Peu importe que les marchés baissent depuis le début d’année. Peu importe que les valeurs technologiques soient massacrées. Peu importe que la débandade touche aussi le non-coté, avec des fonds d’investissement de plus en plus frileux. Les valeurs spécialisées dans le captage de CO2, elles, font des tours de table d’ampleur jamais vue.

L’Anglais Carbon Clean Solutions a ainsi bouclé le mois dernier une levée de 121 millions de livres (144 M€). Un chiffre plus de 22 fois supérieur à celui de son précédent tour de table effectué au mois d’août 2021 (5,6 M€).

De son côté, notre voisin suisse Climeworks, qui a débuté ses activités à grande échelle il y a trois ans, a effectué une levée de fonds record de 600 millions de francs suisses (584 M€) au mois d’avril. Ce méga tour de table a fait passer ses fonds levés de 134 M$ à 734 M$, soit une multiplication par cinq des capitaux disponibles en une seule opération. Quelques jours plus tard, l’entreprise officialisait la signature d’un contrat avec le Department of Energy (DoE) américain. Cette étude de faisabilité, qui consistera à évaluer l’efficacité des systèmes de capture de CO2 lorsqu’ils sont couplés avec de la géothermie, apportera plus de 3 M$ dans les caisses de l’entreprise.

Pourquoi un tel engouement pour le captage de CO?

Prenant acte de la difficulté d’atteindre les objectifs de réduction d’émissions de CO2 à horizon 2030 – sans parler de l’hypothétique neutralité carbone à horizon 2050 – nos décideurs multiplient les mesures.

Même avec une électrification totale de tout ce qui peut l’être, la neutralité carbone serait encore loin

Le premier levier à actionner est, bien évidemment, la diminution des émissions brutes de gaz à effet de serre. La méthode retenue consiste à électrifier des pans croissants de notre économie (transport, industrie, bâtiment) et à décarboner la production d’électricité.

Mais, même si nous parvenions – avec toutes les contraintes que cela implique – à une électrification totale de tout ce qui peut l’être, la neutralité carbone serait encore loin. Même sans brûler d’hydrocarbures, certaines activités industrielles comme la cimenterie restent structurellement émettrices de CO2. De même, cesser du jour au lendemain les émissions n’aurait aucun effet sur la quantité astronomique déjà émise depuis le XIXe siècle, qui a conduit à une augmentation de moitié de la concentration atmosphérique de gaz à effet de serre.

Face à ce double constat, il semblerait que l’humanité ne puisse pas faire l’impasse sur le captage et la séquestration du CO2.

Les deux stratégies de captage de carbone 

Suite aux recherches des pionniers du domaine, deux stratégies diamétralement opposées – mais potentiellement complémentaires – ont vu le jour.

La première, qui a le mérite de la simplicité, consiste à se placer près des sources d’émissions pour capturer le CO2 lorsque sa concentration est la plus forte. Tel un chercheur d’or qui serait plus productif en ramassant des pépites plutôt que des paillettes, les systèmes de capture sur site s’appuient sur la concentration élevée à la sortie des cheminées d’usines ou de centrales électriques pour avoir une efficacité maximale.

La seconde méthode consiste à capturer le CO2 atmosphérique une fois celui-ci dispersé. C’est celle choisie par Climeworks, qui travaille avec des concentrations moyennes de 0,04 % seulement. Lorsque l’on sait que la concentration volumique de CO2 en sortie de cheminée d’usine peut dépasser les 40 %, soit plus de mille fois plus, on mesure l’effort supplémentaire nécessaire.

La perte d’efficacité est toutefois compensée par le fait que le site d’installation de l’usine de capture de carbone ne dépend alors plus de l’endroit où le gaz est émis. Il est possible de choisir un site où l’énergie est abondante et non polluante. C’est d’ailleurs ce qu’a fait Climeworks avec son usine Islandaise, qui bénéficie simultanément d’une source d’électricité verte et de capacités d’enfouissement du carbone capturé à proximité.

site islandais de Climeworks

Le site islandais de Climeworks (photo : Climeworks) 

Peu importe que l’Islande soit responsable d’une part microscopique des émissions de CO2 de la planète, sa géologie peut en faire un acteur de poids de la décarbonation de l’atmosphère. 

Un paradoxe énergétique à résoudre

La consommation d’énergie est, en effet, le nerf de la guerre. Alors que l’humanité cherche de plus en plus à diminuer son gaspillage énergétique – ce qui revient à augmenter la productivité de chaque kWh d’énergie consommé –, capter du CO2 est économiquement inutile à court terme… et est une activité particulièrement énergivore.

Le paradoxe serait donc de développer des solutions de capture du CO2 qui consommeraient de l’électricité, qui viendrait charger les réseaux et inciter les opérateurs à produire de l’énergie à base d’hydrocarbures. Les lois implacables de la thermodynamique nous disent alors que le bilan serait fortement négatif, et que la solution viendrait mécaniquement augmenter nos émissions de CO2 au lieu de les diminuer.

Ainsi, considérer simplement le coût de la tonne de CO2 capté et le comparer au coût de la tonne de CO2 sur le marché du carbone – les « droits à polluer » – est un non-sens. Toutes choses égales par ailleurs, une hausse de prix de la tonne de CO2 conduit à une hausse du coût de l’énergie, donc à une hausse de coût de la capture du CO2. C’est pour cette raison que les raisonnements de calcul de rentabilité économique de l’activité sont caducs dès le lendemain de leur publication. Ils oublient que les deux prix évoluent de concert, à la hausse comme à la baisse.

La pertinence de la séquestration du CO2 sera une affaire de technologie, d’industrie et d’entrepreneuriat

Les seules choses qui pourront briser la corrélation seraient une augmentation de l’efficacité des méthodes de captage ou l’utilisation croissante d’électricité d’origine décarbonée avec débranchement des usines de capture lors des pics de consommation.

Les startups qui captent le CO2 à la sortie des cheminées d’usines travaillent sur le premier point, celles comme Climeworks sur le second. L’avenir nous dira quelle technique s’avère la plus efficace en conditions réelles.

Une chose est sure : rendre la capture du CO2 viable ne sera pas un problème financier mais industriel. Aucune manipulation politique du prix de l’énergie ou du prix de la tonne de CO2 – si bien intentionnée qu’elle soit – ne changera le bilan total de cette activité naissante. La pertinence de la séquestration du CO2 sera une affaire de technologie, d’industrie et d’entrepreneuriat.

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1 commentaire

pilotaz 7 juillet 2022 - 19 h 15 min

La plus grande escroquerie du siècle ! La pollution existe mais ce n’est pas et ça ne sera JAMAIS le CO2 le responsable. Les dioxydes, les monoxydes de ceci ou cela, le chlore, les particules fines en suspension dans l’air etc … : oui là c’est de la pollution, Mais le gaz carbonique, lui est innocent. Le gaz carbonique c’est la vie ! Sans lui, point d’oxygène et inversement . Vous l’avez appris au collège en étudiant la fonction chlorophyllienne. Mais depuis des années on vous bourre le cerveau avec un énorme mensonge. Claude Allègre en France et quelques autres dans le monde ont tenté de vous le dire. Des livres ont été publiés sur le sujet. rien à faire ! De plus on les a fait taire. On préfère les bêtises du GIEC. Alors on « lutte » contre le C02 mais du coup on néglige la pollution, la vraie celle qui détruit nos glaciers (par exemple)

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