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Misez sur la carte au trésor des compagnies pétrolières

par Cécile Chevré

Si vous étiez un pirate à la recherche d’un trésor, pour être ne serait-ce qu’un petit peu crédible, il vous faudrait un vaisseau rempli de poudre, de rhum et de potentiels mutinés, un bandeau noir, une jambe de bois, un chapeau tricorne, un perroquet bavard et atteint du syndrome de Gilles de la Tourette… et une bonne vieille carte au trésor.
Sans elle, vous pouvez avoir la panoplie complète du parfait chercheur de trésor, vous risquez de tourner en rond pendant très longtemps. Une carte au trésor, voilà le secret de la réussite.Les données sismiques, la carte au trésor des pétroliers
L’exploration pétrolière n’est pas une partie de plaisir et peut parfois s’apparenter à une véritable chasse au trésor.
Il faut tout d’abord s’armer de patience : l’exploration complète d’une zone potentiellement intéressante peut prendre entre 10 et 20 ans… Et il faut investir lourdement avant d’espérer un quelconque retour sur investissement.

Certes, l’enjeu en vaut la chandelle, mais encore faut-il ne pas partir bille en tête et creuser au petit bonheur la chance.Un pétrolier qui se lance dans l’exploration pétrolière, c’est comme un pirate qui se lance sur les traces d’un trésor légendaire. Il lui faudra du matériel d’exploration et de forage, des pompes, de quoi stocker et transporter le contenu potentiel.
Si son exploration se fait offshore, il aura besoin d’une plateforme, d’unités de stockage et de transport.

Il lui faudra du personnel pour surveiller le forage, loger, nourrir, occuper ce personnel. Tout cela coûte cher, et d’autant plus cher que la plupart des réserves facilement accessibles ont déjà été repérées et exploitées.Finie la grande époque de la ruée sur l’or noir à laquelle le pétrole affleurait le sol du Texas. Aujourd’hui, ce sont de plus petits gisements et/ou ceux plus difficiles d’accès qui sont le quotidien de l’industrie pétrolière.
Ces dernières années, gisements offshore, tout particulièrement en eaux profondes, et pétrole ou gaz de schiste ont concentré l’attention des majors et des exploratrices.

Selon la parapétrolière, Schlumberger, le coût de développement d’un nouveau projet pétrolier a triplé en moins de 10 ans.

Conférence "A la recherche du rendement perdu"

On estime ainsi la répartition des coûts d’exploration :
– 10 à 15% consacrés à l’acquisition des droits d’exploration sur la zone concernée ;
– et plus de 80% consacrés aux forages eux-mêmes. Les coûts, déjà très lourds en onshore (un forage horizontal peut coûter entre 9 et 14M$), s’envolent littéralement dès qu’il s’agit d’exploration offshore et tout particulièrement en eaux profondes ou encore d’exploitation d’énergies non conventionnelles.

Un forage offshore en eaux peu profondes nécessite un investissement estimé entre 30 et 35M$ et un forage en eaux profondes, qui prend en général plusieurs mois à être réalisé, peut dépasser les 90M$.
Et à chaque fois, je ne parle que d’un seul forage alors que l’exploitation d’un site en nécessite plusieurs…

Or, à quoi bon dépenser des millions, voire des milliards, de dollars pour des forages tests si vous n’êtes pas à peu près sûr que vous allez trouver quelque chose ?

Si nous revenons à notre répartition des coûts d’exploration, vous remarquerez qu’il manque environ 5%. C’est la part consacrée à la prospection géologique et sismique. Et c’est ici qu’entre en jeu les données sismiques.

Un indispensable de l’industrie pétrolière
Apparue dans les années 1930, la prospection sismique s’est réellement développée dans les années 1950.
Mais c’est dans les années 1990, avec la découverte d’un gisement géant au large du Brésil, que la prospection sismique s’est réellement imposée dans le domaine de l’exploration pétrolière et gazière.

Avec l’amélioration des techniques de prospection, les données sismiques se sont imposées comme un préalable indispensable à toute exploration d’hydrocarbures.


Aujourd’hui, plus personne ne se lance dans la prospection sans données sismiques.
C’est par exemple le cas d’une des valeurs de notre portefeuille de Défis & Profits, qui a commencé en début de mois des forages d’exploration au large de la Namibie.

Ampleur du projet 300M$. Et à l’origine de cette tentative, des données sismiques qui indiquent la présence de réserves – gaz ou pétrole, personne ne le sait encore au moment où j’écris ces lignes.

Les données sismiques permettent en effet de dresser une carte du sous-sol, repérant sa composition, et donc la présence de liquides ou de gaz à l’intérieur emprisonnés dans la croûte terrestre.
L’exploration sismique permet une véritable échographie du sol, que cela soit onshore ou offshore. Des ondes (par explosion ou projection d’air comprimé) sont impulsées dans le sol, ondes qui sont ensuite réfléchies avec un angle et une vitesse différents selon la composition du sol analysé.
Ces données sont ensuite récupérées par des capteurs terrestres ou maritimes (aussi appelés flûtes) et analysées par des ordinateurs.

Au final, vous obtenez une véritable carte du sous-sol vous indiquant la nature des différentes couches qui le composent et, par là même, vous permettant de repérer d’éventuels gisements.

En onshore, les ondes sont produites par des camions vibreurs. Les ondes réfléchies sont enregistrées par des capteurs placés sur le sol.
La prospection offshore est évidemment plus complexe à mettre en oeuvre. Un navire traîne un générateur d’onde sonore – qui émet toutes les 5 à 10 secondes des ondes sonores.
Les ondes réfléchies sont ensuite récupérées par des récepteurs appelés “flûtes sismiques”, elles aussi traînées par le navire, sur une distance qui peut aller de 1 à 8 km.

Les sociétés d’exploration sismique proposent tout l’éventail de services liés à ces études : navires, camions vibreurs, capteurs maritimes ou terrestres, logiciels permettant de recueillir et d’analyser les données, etc.

Les détenteurs des cartes détiennent un trésor entre leurs mains
Vous l’aurez compris, les cartes réalisées à partir des données sismiques sont de véritables cartes au trésor.
Et là où cela devient vraiment intéressant, c’est que certaines sociétés se sont spécialisées dans la prospection sismique.
A partir des données qu’elles ont recueillies, elles établissent des cartes utilisées par l’industrie pétrolière.

Certains grands groupes comme BP possèdent leur propre division d’exploration sismique.
Mais la plupart des compagnies pétrolières, et surtout les exploratrices, ont externalisé cette prospection et font appel à des sociétés spécialisées dans les géosciences et la sismique.
Et, au vu du coût d’une prospection sismique, qui demeure important, nombre de ces projets, aussi appelés multi-client, sont financés par plusieurs compagnies pétrolières.

En outre, les sociétés spécialisées dans la prospection pétrolière se constituent progressivement de réelles banques de données de cartes sismiques et géologiques, bases de données qu’elles commercialisent.
Sans ces cartes, c’est l’industrie pétrolière toute entière qui se met à forer à l’aveugle.

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1 commentaire

mbeng azombo gérard 21 mai 2013 - 18 h 19 min

Trop de compagnies sur ces affaires et ne respectent pas les règles ni contrats d exploitation il ne faut pas oublier le problème des déchets toxiques dans les pays africains et nous avons Copenhague sans solution pour les problèmes de pollution sur l environnement sans oublier protocole de Kyoto merci .

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