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Cataclysmes : la tech plutôt que l’Age de pierre

par Etienne Henri
fin du monde virus

Réalisateurs hollywoodiens et collapsologues s’accordent sur un point : le premier effet des catastrophes majeures est l’interruption de nos modèles de sociétés, et le deuxième un retour à l’Age de pierre.

Ce fantasme a contaminé l’imaginaire des citoyens lambda, pour qui les sociétés post-apocalyptiques sont des zones de non-droit où la subsistance personnelle et la violence rythment le quotidien.

En cas d’impact de météorite, de guerre nucléaire ou de propagation de nouveau virus, nous nous attendons à voir les villes sombrer dans le chaos. Le salut ne se trouverait alors que dans les campagnes où chacun pourrait cultiver quelques légumes, s’éclairer avec une lampe à huile et rester à l’écart des bandes de pillards.

L’épidémie de Covid-2019 (anciennement 2019-nCov) nous apporte une vision inestimable de ce qui se passe, en réalité, lorsque le monde s’arrête de tourner.

Pour les dizaines de millions de Chinois placés en quarantaine, la situation est digne des prémices des plus grands films de science-fiction. Routes barrées, interdiction de sortir dans les rues, population masquée à l’extérieur, pénuries de certains produits, dizaines de milliers de malades : rien ne manque au tableau.

Pourtant, la réalité des habitants de Wuhan et du reste du Hubei est bien différente de celle prévue par les films catastrophe. Si certains comportements (comme le fait de chanter à tue-tête aux fenêtres) sont incontestablement primaux, le quotidien des citoyens sous quarantaine est plus technophile que jamais.

L’ennemi numéro des citoyens 1 : l’ennui 

Certes, l’épidémie actuelle a saturé les services hospitaliers. Certes, les malades se comptent en dizaines de milliers et le nombre de morts se compte sur quatre chiffres.

Pour autant, ces nombres ne représentent qu’une microscopique fraction de la population locale. Les fonctions régaliennes de l’Etat ne sont pas remises en cause (la police fait toujours son office, certaines villes ont même encore des transports publics qui tournent à vide), et les circuits logistiques ne sont pas interrompus. Seuls les phénomènes ponctuels de frénésie d’achat sur certains produits font apparaître des ruptures de stock : l’eau, l’électricité et la nourriture sont toujours présentes, et en abondance.

Pour les citoyens lambda, le problème n’est donc pas de survivre, mais de s’occuper. Pour les entreprises, la question est de reprendre un semblant d’activité alors que les mouvements de personnes et le regroupement des équipes restent difficiles à organiser.

La réponse ? Un recours toujours plus fort à la technologie.

L’Age de pierre n’aura pas eu lieu 

Que font les entreprises dont les salariés sont encore éparpillés aux quatre coins de l’empire du Milieu à cause des quarantaines ? Que font les patrons prudents qui ne veulent pas rouvrir les locaux de peur que leurs bureaux ne deviennent de nouveaux foyers de contamination ? Ils ont recours au télétravail.

Les services Internet sont plus utilisés que jamais par les citoyens assignés à domicile.

Malgré l’interruption des chaînes de production, l’activité immatérielle de R&D reprend progressivement ses droits ces jours-ci. Les établissements les mieux préparés utilisent les plateformes de travail collaboratif qu’ils avaient déjà mises en place. Dans les entreprises moins prévoyantes, les salariés ont recours aux bons vieux e-mails et aux messageries instantanées pour organiser des réunions de fortune depuis leurs domiciles.

Ces organisations de secours permettent aux personnes travaillant dans les services dématérialisés (banque, assurance, ingénierie) de reprendre le travail à cadence réduite en attendant que la situation revienne à la normale.

Pour les autres employés contraints au chômage technique et à l’oisiveté, la technologie n’est pas en reste. Discussions en ligne, téléchargements de vidéos, consultations de réseaux sociaux et commandes de repas à domicile : les services Internet sont plus utilisés que jamais par les citoyens assignés à domicile.

Les grands gagnants sont les fournisseurs de services qui voient leur activité exploser depuis quelques semaines.

Une fin du monde qui fait du bien à certaines entreprises 

La nouvelle organisation sociale mise en place en Chine depuis mi-janvier ne fait pas que des malheureux. Les grands noms de l’Internet chinois ont tous, à leur catalogue, des services qui peuvent servir aux entreprises, au particuliers, et souvent au deux.

Alibaba (NYSE : BABA), outre ses plates-formes de vente en ligne bien connues, avait été bien inspiré de racheter en mars dernier Teambition, une startup ayant développé un service de travail collaboratif pour concurrencer son pendant occidental Trello. Le groupe dispose également d’une application, DingTalk, très prisée dans le cadre de l’enseignement à distance.

Tencent (HKG : 0700), surtout connu pour être le leader incontesté des communications personnelles avec WeChat et QQ et du paiement dématérialisé avec TenPay, est également très présent dans le monde de l’entreprise. WeChat Work et Tencent Conference sont des alliés de choix pour quiconque souhaite organiser au débotté du télétravail et des téléconférences.

Les utilisateurs se sont rués sur ces services qui leur permettent, entre loisirs numériques et travail à distance, de retrouver un semblant d’activité.

Selon Bloomberg, les téléchargements de ces applications ont augmenté de 1 225 % depuis la fin janvier, date à laquelle il est devenu évident que la vie ne reprendrait pas son cours après le Nouvel an chinois.

alibaba tencent app

Evolution des téléchargements d’applications de connectivité d’Alibaba et Tencent sur deux semaines.
Source : Bloomberg/Sensor Tower
 

Cet engouement pour les solutions technologiques se retrouve naturellement dans les cours des entreprises qui les commercialisent. Après la phase de panique généralisée sur les valeurs chinoise, Alibaba s’octroie +5 % de hausse depuis le 31 janvier tandis que Tencent s’envole déjà de 11,2 %.

Lorsque les crises sanitaires majeures éclatent et que le quotidien est bouleversé, les citoyens ne semblent pas revenir à la préhistoire et au silex : l’expérience nous montre qu’ils préfèrent rester collés à leur smartphone… Bienvenue dans l’Age de silicium !

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