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Ces pays qui accélèrent dans la course à l’espace

par Etienne Henri
espace ambitions chine

Nous avons vu hier que la conquête spatiale est, loin des inquiétudes qu’elle peut susciter, un programme d’avenir plus qu’un reliquat des conflits du siècle passé.

La question des déchets spatiaux n’est pas aussi catastrophique que certains l’annoncent, les programmes ne sont pas chers comparés à l’ampleur des plans de relance post-COVID, et leurs retombées indirectes profitent à tous les citoyens.

technologies issues des programmes spatiaux

Ordinateur, GPS, thermomètre infrarouge :
nous devons ces objets indispensables aux dépenses de la NASA pour le programme Apollo
 

Les programmes spatiaux sont une chance pour les nations qui peuvent se les permettre, et de plus en plus de pays redoublent d’efforts pour augmenter leur présence dans l’espace. Alors que tous les regards se sont tournés vers les USA, éternels champions de la communication, lors du lancement de la capsule Dragon, d’autres pays progressent à pas de géant – et ont un calendrier 2020 bien chargé.

2020 : l’année de l’exploration martienne 

Le mois prochain sera un moment bien particulier puisqu’il s’agira d’une fenêtre de tir idéale pour envoyer des missions vers la planète rouge. Du fait des orbites respectives de la Terre et de Mars, le temps de transit (la durée du voyage) des sondes partant au mois de juillet sera réduit au maximum.

A la fin de l’année, les deux planètes seront distantes de 62 millions de kilomètres seulement (cette distance peut augmenter jusqu’à 300 millions de kilomètres).

La Chine devrait en profiter pour lancer une nouvelle mission martienne contenant un satellite et un rover. Après avoir posé une sonde sur la face cachée de la Lune l’année dernière, l’empire du Milieu se lance dans les délicates missions transplanétaires avec un calendrier chargé puisqu’il s’est fixé pour objectif d’être la première agence à collecter des échantillons de sol martien et les renvoyer sur Terre dès 2030. Après l’échec de Yinghuo-1, qui n’avait même pas réussi à quitter l’orbite terrestre en 2011, la mission Tianwen-1 de cet été sera une étape cruciale pour y parvenir.

rover sur mars

Poser un rover fonctionnel sur le sol de Mars
est un défi que peu de nations ont accompli avec succès
Image: CSAS/Xinhua

Une autre nation se lancera dans la course à la planète rouge en juillet. Les Emirats arabes unis, s’ils ne comptent pas rejoindre la surface, enverront un satellite en orbite. Ici encore, il s’agit d’un véritable défi pour le pays qui mènera à cette occasion sa première mission hors de l’orbite terrestre. Envoyé par une fusée japonaise conçue par Mitsubishi Heavy Industries, la sonde Hope contiendra un spectromètre à ultra-violets qui permettra de mesurer la composition chimique de l’atmosphère martienne.

Emirats arabes unis projet

Les Emirats arabes unis voient grand pour leur première mission extraterrestre
Crédit : MBRSC

Ces missions auront une importance particulière pour les pays qui les ont préparées. Si elles ne pouvaient prendre leur envol cet été, la prochaine fenêtre de tir serait en 2022. Tout report serait un camouflet inacceptable pour les nouveaux arrivants qui ont vendu à leurs citoyens leur capacité à rattraper leur retard sur les pays occidentaux – d’autant que les Etats-Unis ont aussi prévu d’envoyer un rover sur Mars cet été.

Les multiples ambitions de la Chine

Du fait de ses moyens colossaux, de son dynamisme économique et de la situation politique actuelle, la Chine redouble d’efforts pour faire ses preuves dans l’espace.

Outre les missions lunaires et martiennes, l’empire du Milieu a de fortes ambitions sur le plan de l’indépendance technologique. Elle doit effectuer, dans les prochaines semaines, le dernier lancement qui permettra de compléter sa constellation de satellites de positionnement au sol. Le système BeiDou (ex-COMPASS), qui doit affranchir la Chine de la dépendance au GPS américain, serait alors fonctionnel. Dans un contexte de tensions croissantes avec les USA, Pékin ne peut prendre le risque de perdre du jour au lendemain la capacité à se positionner au sol. Comme l’a fait l’Europe avec le programme Galileo et la Russie avec Glonass, la Chine entérinera avec ce lancement son découplage avec l’Occident [découplage qui se fait également sur le plan boursier… Si vous voulez en savoir plus, c’est par ici].

Outre l’indépendance sur les questions de géolocalisation, l’empire du Milieu continue de renouveler sa flotte de lanceurs. Sa future fusée Longue Marche 7A devrait être capable de placer jusqu’à 7 tonnes en orbite géostationnaire (contre 3,4 tonnes pour les premières fusées Falcon 9 et 5 tonnes pour la future Ariane 62). Un premier tir infructueux a eu lieu au printemps, mais le programme n’est pas interrompu pour autant.

Et l’Europe dans tout ça ?

Impossible de terminer ce tour d’horizon sans passer par le Vieux Continent, même si force est de constater que 2020 ne sera pas notre année de l’espace.

La mission ExoMars, qui devait faire atterrir un rover ultrasophistiqué, n’a finalement pas été prête à temps pour partir en juillet. L’ESA (Agence spatiale européenne) a annoncé son report il y a quelques semaines seulement, et il nous faudra attendre la prochaine fenêtre de tir en 2022 pour voir l’Europe retrouver le chemin de la planète rouge.

Si ce coup du sort ne suffisait pas, nous apprenions il y a quelques jours que le vol inaugural d’Ariane 6, qui devait avoir lieu à la fin de l’année, serait reporté. Evoquant les retards successifs causés par la crise du COVID-19, l’ESA a finalement indiqué que le premier tir n’aurait pas lieu avant 2021. La situation sanitaire inquiétante en Guyane ne va certainement pas arranger les choses, alors qu’un reconfinement du territoire est envisagé au moment même où j’écris ces lignes.

L’Europe encaisse quelques contretemps en ce début 2020 et nous devrons nous contenter de voir les autres nations progresser cette année. Ce n’est toutefois que partie remise : ExoMars et le programme Ariane 6 sont retardés sans être annulés, et la course à l’espace est un marathon plus qu’un sprint !

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