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Chang’e-4 expérimente la culture lunaire de pommes de terre

par Etienne Henri
culture lunaire

Photo d’un Zinnia ayant poussé dans la Station spatiale internationale. Source : NASA.

 

Le 3 janvier, une sonde spatiale s’est posée sur la face cachée de la Lune. Chang’e-4, envoyée par la Chine, a foulé le sol lunaire à 3h26 heure de Paris et a transmis la première image de cette partie encore inconnue de notre satellite.

Faire atterrir un engin sur la face cachée de la Lune n’est pas une mince affaire. La Lune étant en rotation synchrone avec la Terre, la moitié de sa surface ne nous est jamais visible.

La sonde Chang’e-4 est donc condamnée à ne plus jamais pouvoir communiquer directement avec la Terre : elle devra, pour transmettre ses données et en recevoir, utiliser les satellites en orbite autour de la Lune comme relais à ses télécommunications.

Passons rapidement sur l’exploit technologique qu’un tel atterrissage représente. L’empire du Milieu se doit de trouver une manière originale de mettre en avant chacune des étapes de sa conquête spatiale.

Un simple atterrissage lunaire ne fait plus rêver les foules depuis la course à l’Espace des années 1960 ; un atterrissage sur la face cachée de la Lune présente assez de difficultés et de nouveauté pour justifier une couverture internationale de l’événement. En ce sens, la mission a été parfaitement accomplie

face cachée lune

La face cachée de la Lune, vue du sol.
Crédit : CNS.

Un petit pas pour les sondes lunaires,
un grand pas pour l’exploration interplanétaire 

Parmi les différentes expériences scientifiques de pointe embarquées par Chang’e-4, dont les résultats occuperont certainement les experts durant les prochaines années, l’une d’entre elle est particulièrement originale.

L’atterrisseur embarque en effet une charge inédite : une mini-serre de 3 kg contenant des graines de pommes de terre et d’arabidopis (un genre de plante herbacée fréquemment utilisé en biologie végétale). 

La mini-serre sera maintenue durant toute la durée de l’expérience entre 1°C et 30°C. L’humidité et l’apport en nutriments seront régulés et les plantes seront exposées à la lumière naturelle du Soleil.

Cette expérience complète celles effectuées dans la station MIR puis dans l’ISS autour de la culture dans l’espace. Ces expériences avaient déjà démontré qu’il est possible de cultiver des plantes en l’absence de lumière naturelle, de sol et de gravité.

Les stations spatiales étant proches de la Terre, le ravitaillement en nourriture est rarement un sujet d’inquiétude. Ce n’est donc pas pour faciliter la vie dans l’ISS que ces expériences sont menées mais pour préparer la prochaine étape de l’exploration spatiale : la colonisation d’autres corps célestes.

Même dans l’espace, les humains doivent manger 

Malgré leur image surhumaine, les astronautes restent soumis aux besoins primaires de l’Homme, y compris celui de manger.

Si ravitailler une base lunaire en nourriture pourrait être envisageable – le trajet Terre-Lune ne prend que quelques jours –, il serait illusoire d’espérer faire de même pour une base martienne.

Coloniser d’autres planètes nécessitera de pouvoir faire pousser de la nourriture sur place. C’est dans cette optique que l’expérience de Chang’e-4 sera extrêmement intéressante.

La Lune est en effet un laboratoire aux conditions intermédiaires entre la Terre et Mars bien plus représentatif que la Station Spatiale Internationale. Sa gravité, égale à 16 % de celle de notre planète, n’est pas très éloignée de celle présente à la surface de Mars (37 %).

Si les plantes parviennent à pousser convenablement, cela signifie que certaines espèces peuvent être cultivées en environnement contrôlé à la surface d’autres astres.

La tartiflette martienne est encore loin

Avant que les futurs colons ne puissent compter sur leurs propres récoltes, il faudra encore reproduire l’expérience à la surface de Mars. Sur la Planète rouge, le problème principal ne sera pas la gravité mais la lumière.

La Lune est, à l’échelle astronomique, aussi proche du Soleil que la Terre. La quantité de lumière qui parvient à sa surface est donc comparable – elle est même un peu supérieure en terme de puissance du fait de l’absence d’atmosphère.

La question est toute autre sur Mars, dont la distance au Soleil est environ 1,5 fois celle de la Terre. Le flux lumineux qui arrive à la surface est par conséquent plus de deux fois moindre, sans compter l’énergie perdue par absorption dans son atmosphère rouge.

Les agences spatiales devront par conséquent vérifier, après l’expérience de Chang’e-4, que les espèces sélectionnées parviennent à pousser sous la lumière rouge et faiblarde de la surface martienne avant que les astronautes ne puissent devenir locavores.

Quels que soient les résultats de ces expériences, les terriens que nous sommes en bénéficieront. Les techniques d’aéroponie, d’hydroponie, et de culture sous lumière artificielle, nées d’expériences scientifiques, sont désormais utilisées sur toute la planète pour rendre la production alimentaire plus flexible et économe en eau et en nutriments. Tout progrès est bon à prendre pour nourrir l’humanité de manière durable alors que les changements climatiques déplacent les zones arables et que la population mondiale ne cesse d’augmenter.

Nul doute que, si nous découvrons des techniques pour faire pousser des “patates” sur la Lune, de nombreux territoires hostiles sur Terre pourront aussi en profiter !

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