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La Chine va vous convertir au paiement par mobile

par Cécile Chevré

Ces derniers jours ont fleuri dans le métro (et surement dans d’autres endroits encore) des publicités pour Orange Bank clamant que si vous avez oublié votre carte bancaire, vous pouvez utiliser votre téléphone pour effectuer des paiements… et inversement. En gros, une publicité pour le paiement par mobile.

Malgré le développement de ce genre d’offres – Apple avait lancé l’Apple Play en 2014 aux Etats-Unis et en 2016 en France –, le paiement par mobile n’a pas encore vraiment pris en France (ni dans le reste de l’Europe).

Si le paiement sans contact explose (plus d’un milliard de transactions enregistrées en France en 2017), la très grande majorité d’entre elles se sont faites via des cartes de paiement. Les paiements par mobile, quant à eux, n’affichent qu’un million de paiements l’année dernière.

En Chine, par contre…

La Chine, l’empire du paiement par mobile

Sur les 10 premiers mois de 2017 – les dernières données officielles transmises –, ce sont 81 000 milliards de yuans qui ont été échangés par mobile dans l’empire du Milieu (soit plus de 10 000 milliards d’euros), contre 59 000 milliards en 2016, loin très loin devant le second marché pour les paiements par mobile, les Etats-Unis.

Tesla Model 3
Evolution du marché des paiements par mobile entre 2015 et 2016 en Chine et aux Etats-Unis… Le graphe parle de lui-même

D’autres chiffres estiment à 187% la progression du nombre de transactions réalisées par mobile entre 2016 et 2017. Et contrairement à ce qui s’observe en France, trois quart des paiements immatériels se font via mobile.

Aujourd’hui, les paiements par mobile sont utilisés non seulement pour réaliser des paiements quotidiens, dans les transports, pour régler une place de cinéma ou une livraison de nourriture mais aussi pour régler de plus gros montants comme les loyers ou les factures d’eau et d’électricité. Ou encore pour des transferts d’argent de personne à personne. Dans les magasins physiques, les QR – ces “code-barres” – ont fleuri. Un scan de ces codes, et l’achat est fait. Même chose pour rembourser un ami, donner quelques yuans à un mendiant ou payer un repas dans une échoppe de rue.

Tesla Model 3
Source : Wang Zhao/AFP

Une grande partie des Chinois et la majorité des jeunes générations ne connaissent même plus l’existence du portemonnaie ou équivalent. Le cash ne représentant plus que 20% des transactions pour 40% des Chinois, tout âge et régions confondues, le phénomène n’est donc pas cantonné aux jeunes urbains.

En quelques années, la Chine s’est transformée en société sans cash. Dans les grandes villes, de plus en plus de commerces (près de la moitié à Shanghai selon les dernières estimations) n’acceptent plus l’argent liquide. A Shanghai, même les mendiants sont équipés d’un QR, qui permet aux patients de leurs transférer leurs dons.

Cette disparition du cash a pris racine dans le terreau d’un système bancaire obsolète, que l’on parle d’agences bancaires ou des ATM. Contrairement au Japon, où ces distributeurs fleurissent à tous les coins de rue – et où le cash reste roi –, l’accès aux services bancaires n’est pas aisé pour des millions de Chinois. Le gouvernement chinois a en outre tout fait pour freiner le développement des géants Visa ou Mastercard dans l’empire du Milieu.

D’où le succès de ces solutions de paiement par mobile, même dans les zones rurales. Les Chinois ont fait passer directement le système bancaire d’un modèle communiste à la finance du XXIe s. Le leader mondial de la fintech ? Ce ne sont pas les tenants du capitalisme, les Etats-Unis, mais la communiste République populaire de Chine.

Deuxième explication à cette disparition rapide du cash : l’adoption massive des smartphones. La Chine compte 700 millions d’internautes, et le taux d’équipement en smartphone – autour de 70% – est similaire à celui observé aux Etats-Unis et en Europe.

Il faut aussi prendre en compte l’engouement prononcé des Chinois pour les services en ligne, dont les services bancaires et financiers. Selon les chiffres de Citi, la Chine représente 40% du commerce en ligne mondial et ces dernières années, le crédit en ligne, les applications de finance et de trading ou encore les cryptomonnaies.

Le développement de ces paiements par smartphone s’est enfin nourri du succès de deux géants de l’Internet chinois : Tencent, qui a développé la solution de paiement WeChat Pay, et Alibaba, avec Alipay. A eux deux, ils concentrent 93% du marché chinois.

Tencent, le géant de l’Internet chinois, a imposé sa messagerie WeChat a plus d’un milliard d’utilisateurs non seulement chinois, mais aussi dans le reste du monde. On estime que 80% des smartphones chinois sont équipés de cette messagerie. En intégrant une solution de paiement à ses services, Tencent avait un énorme marché à sa disposition.

Quant à Alibaba, l’équivalent chinois d’Amazon, il s’est imposé dans le quotidien des Chinois, s’accaparant à lui seul les trois quarts de leurs achats en ligne. Là encore une excellente porte d’entrée vers le marché des paiements par mobile.

La conquête de l’Occident

Je vous le disais, les Occidentaux sont pour l’instant peu enclins à abandonner cartes de paiement et cartes de crédit et donc peu convaincus par le paiement par mobile et tout aussi.

Sauf que… le tourisme chinois se développe de manière spectaculaire. Ils étaient environ 2 millions l’année dernière à visiter la France, et pourraient être 5 millions d’ici 2020. Des touristes qui ne sont pas habitués à se servir de l’argent liquide et veulent utiliser leur smartphone, même à l’étranger.

En 2016, le grand magasin parisien le Printemps annonçait la mise en place d’Alipay dans ses magasins – les touristes chinois représentent la moitié de sa clientèle étrangère. Quant au BHV, les Galeries Lafayette et le Centre nationale des musées nationaux, ils ont choisi WeChat Pay, qui s’est associé à BNP Paribas pour partir à la conquête du marché français.

Face à la demande croissante des touristes chinois, de plus en plus de commerçants – et pas seulement en France – pourraient être tentés de passer à Alipay ou WeChat Pay. La startup française Europass développe ainsi des solutions de paiement pour WeChat Pay et vient d’obtenir une licence bancaire transfrontalière qui lui permettra de mettre en place des solutions de paiement en boutique.

La société sans cash arrive donc dans les valises des touristes chinois.

Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

Que l’émergence d’une société sans cash vous inquiète, vous ravisse ou vous laisse indifférent, il y a là une belle opportunité d’investissement.

Première possibilité, miser sur Tencent, coté aux Etats-Unis sur l’OTC, ou Alibaba qui est coté sur le Nyse.

Alibaba s’apprête en outre à introduire en bourse sa filiale dédiée aux solutions de paiement en ligne, Ant Financial. Avant cela, Ant Financial devrait, dans les jours qui viennent, procéder à une nouvelle levée de fonds, estimée à 10 milliards de dollars, qui intéresse des géants occidentaux comme le groupe Carlyle ou encore le fonds qui gère les retraites canadiennes.

A l’issue de cette levée de fonds, la valorisation d’Ant Financial devrait atteindre les 150 milliards de dollars, faisant d’elle la fintech la plus valorisée au monde.

Autre piste, s’intéresser aux banques mais surtout aux fintechs qui développent des solutions de paiements par smartphone. Car ce type de paiement a tout pour s’imposer dans toutes les régions du monde dans lesquelles le système bancaire est sous-taillé par rapport à la demande. C’est le cas, par exemple, dans une bonne partie du continent africain dans lequel le paiement par smartphone explose, et qui attire l’attention de petites startups mais aussi de poids lourds comme Visa ou Mastercard.
[NDLR : Outre les paiements par mobile, les fintechs s’emparent d’une technologie dont tout le monde parle : la blockchain. C’est d’ailleurs le cœur d’une des dernières recommandations de Ray Blanco dans NewTech Insider. A retrouver ici…]

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