Accueil Santé et BiotechMedtechs [Cœur artificiel] La cash machine Carmat est lancée !

[Cœur artificiel] La cash machine Carmat est lancée !

par Etienne Henri
Résultats coeur artificiel Carmat

[Le cœur artificiel de Carmat vient de franchir une étape décisive pour son avenir immédiat. Exit les victoires de laboratoire, le Français s’ouvre enfin un nouveau champ d’action, clairement plus commercial, en encaissant ses premières ventes. Le newsflow est porteur, et laisse présager une croissance des plus effrénées. La cash machine Carmat est en marche, et rien ne semble pouvoir l’arrêter…]

Le cœur artificiel de Carmat est désormais une réalité commerciale qui vaut des millions

Le Français Carmat (ALCAR : FR0010907956), concepteur d’un des cœurs artificiels les plus sophistiqués – et physiologiques – au monde, vient de franchir un nouveau jalon dans sa course à l’industrialisation. La medtech a annoncé début septembre avoir encaissé pour plus de 2 M€ de chiffre d’affaires.

Cette étape marque un changement d’échelle pour l’entreprise qui, depuis sa création en 2008, obtenait principalement des victoires cantonnées au registre des études cliniques. Avec cet argent frais, Carmat devient enfin une entreprise médicale à part entière.

cœur artificiel Carmat

Le cœur artificiel de Carmat est désormais une réalité commerciale qui vaut des millions
Photo : Carmat SA

Les transplantations se multiplient

Après l’obtention de son marquage CE, dont nous vous faisions part en début d’année, l’entreprise a fait feu de tout bois pour décrocher ses premières ventes. Le 19 juillet, la première vente de son cœur artificiel a eu lieu à Naples sous la marque Aeson. Les opérations se sont ensuite multipliées durant l’été avec pas moins de six interventions en Europe (quatre en Allemagne et deux en Italie) sur des patients souffrant d’insuffisance cardiaque biventriculaire terminale.

En juillet, l’entreprise annonçait que cinq hôpitaux allemands avaient été formés pour implanter ses cœurs artificiels, et qu’une liste d’attente de patients avait été établie. Quelques jours plus tard, les premières implantations avaient lieu sur des patients dont le pronostic vital était engagé.

Le professeur Assad Haneya, directeur du programme de transplantation et d’assistance circulatoire mécanique au Centre médical universitaire du Schleswig-Holstein (UKSH), déclarait ainsi : « Nous sommes heureux d’avoir implanté avec succès Aeson de Carmat dans notre centre […] Le patient qui a reçu le dispositif souffrait d’une insuffisance cardiaque biventriculaire sévère au stade terminal et était éligible à une transplantation cardiaque urgente. Au cours des dernières semaines, nous avons constaté une détérioration de son état avec des signes de défaillance multiviscérale et l’utilisation d’Aeson était un choix naturel. »

Ce positionnement de Carmat visant à proposer son dispositif aux malades ne pouvant plus attendre une transplantation a prouvé sa pertinence. La demi-douzaine d’opérations effectuées cet été montre que les centres hospitaliers sont à la fois demandeurs de ce type de solution de la dernière chance, et capables d’implanter avec succès ces organes artificiels.

Pour la direction, qui peut se féliciter d’avoir engrangé plus de 300 000 € par opération, ces succès estivaux ne sont cependant que le début de l’aventure commerciale…

Vers une fin d’année sous le signe de la croissance 

La publication des résultats semestriels, à la mi-septembre, a été l’occasion pour l’entreprise de préciser ses objectifs de court terme. Une douzaine de centres hospitaliers, dont la plupart en Allemagne, devraient être formés à l’implantation de cœurs Aeson d’ici fin 2021. Carmat compte par ailleurs atteindre un rythme de croisière de 400 implantations annuelles d’ici 2024.

Ces succès estivaux ne sont que le début de l’aventure commerciale

Ce volume ne devrait cependant être qu’un début. Le Duke University Hospital, partenaire de l’entreprise aux Etats-Unis, a estimé que seuls 3 000 à 4 000 patients souffrant d’insuffisance cardiaque terminale pouvaient être pris en charge chaque année par des greffes – pour 96000 malades laissés pour compte. Cette estimation donne une idée de la profondeur du marché potentiellement accessible à Carmat.

Ces projections laissent espérer un chiffre d’affaires annuel dépassant, d’ici quelques exercices, les 120 M€. Rapporté à la capitalisation boursière actuelle de l’entreprise, de 475 M€, le cours de l’action est loin d’être survalorisé par la Bourse de Paris.

La raison est peut-être à chercher dans le chauvinisme – ou plutôt son absence – des investisseurs français…

Nul n’est prophète en son pays 

Carmat fait partie des entreprises que les Français adorent détester. Malgré son rayonnement international, l’excellence de sa solution (peu de cœurs artificiels peuvent se targuer d’être aussi compacts et autonomes), et ses succès à l’export, la startup a, dans l’Hexagone, une réputation sulfureuse.

Il faut dire que les frasques de ses fondateurs et ses recours massifs aux subventions publiques ont découragé de nombreux investisseurs. De même, les hôpitaux français ne se bousculent pas au portillon du cœur artificiel. La faute à la Sécurité sociale, qui ne finance toujours pas les greffes de cette prothèse hors du commun. « Aujourd’hui, il n’y a pas de remboursement par les systèmes de santé, c’est du cas par cas. Chaque centre doit puiser dans ses budgets hospitaliers ou trouver un financement ad hoc. Les hôpitaux français n’ont pas la capacité de le faire hors remboursement », justifiait Stéphane Piat dans Les Echos mi-septembre.

En Allemagne, le remboursement dépend de l’historique du patient et de son état avant l’opération. Il peut atteindre les 300 000 €. En Italie, les pouvoirs publics sont un peu moins généreux et prennent à leur charge entre 50 000 € et 110 000 € par opération.

Carmat a largement de quoi financer ses besoins

En attendant que la Sécurité sociale accepte de prendre à sa charge les greffes et que l’activité puisse enfin décoller dans l’Hexagone, Carmat sécurise sa trésorerie. Une nouvelle étude, EFICAS, devrait débuter au quatrième trimestre avec le recrutement de 52 patients. Elle a permis à l’entreprise d’encaisser 13 M€ de subventions, qui viennent s’ajouter au dernier volet du prêt de la BEI (Banque européenne d’investissement). Celui-ci lui a apporté au printemps 10 M€ de liquidités supplémentaires.

A l’heure actuelle, Carmat a largement de quoi financer son besoin en fonds de roulement sur les prochains mois. Elle ne devrait pas avoir besoin de mener de nouvelle augmentation de capital avant la mi-2022, ce qui permettra au cours de l’action de poursuivre sa hausse à mesure des succès commerciaux.

carmat graphe bourse

Malgré une augmentation de capital dilutive au mois de mars, l’action Carmat s’octroie +55 % sur un an
Infographie :
Investing.com

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