Accueil A la une Cœur artificiel : la prothèse impossible ?

Cœur artificiel : la prothèse impossible ?

par Etienne Henri
coeur artificiel

Chaque année, plus de 17 millions de personnes meurent de maladies cardiovasculaires. Ces pathologies sont la première cause de mortalité à l’échelle de la planète.

Le cœur n’est pas un organe comme les autres : une défaillance de quelques secondes peut entraîner la mort ou des séquelles irréversibles. Même lorsque l’insuffisance cardiaque est clairement identifiée, le corps médical a les plus grandes difficultés à traiter convenablement les malades. Un cœur abîmé ne se soigne pas, et les traitements chimiques, s’ils réduisent les risques de complication et de survenue des incidents, ne sont jamais curatifs.

Depuis le 3 décembre 1967, date à laquelle Christiaan Barnard a effectué la première greffe de cœur humain, il est possible de vivre avec le cœur d’un autre. Les transplantations cardiaques ont, depuis, sauvé des milliers de vies (en France, près de 500 patients sont greffés chaque année), mais la pratique de ces opérations se heurte à la disponibilité des greffons.

A la fin du XXe siècle, plusieurs entreprises se sont attelées à la création de cœurs artificiels, plus ou moins compacts et autonomes, dans le but de remplacer le vivant par la machine. Leur quête a été pour l’instant couronnée d’un succès tout relatif.

La délicate élaboration des prothèses cardiaques

Dès les années 1980, les Etats-Unis se sont lancés dans la recherche et développement (R&D) en vue du développement d’un cœur artificiel. L’arrivée de la micro-électronique et les progrès sur les matériaux biocompatibles ouvraient la voie à un nouvel univers de dispositifs médicaux embarqués.

En 1981, David Lederman créa la société AbioMed, financée par des fonds fédéraux, pour créer la première prothèse cardiaque AbioCor. Il fallut vingt ans de R&D avant que le premier appareil ne soit implanté dans un patient, en 2001.

Durant les trois années qui suivirent, 14 AbioCor furent greffés et l’un des patients survécut 512 jours. Suite à ces essais cliniques concluants, la FDA autorisa en 2006 la mise sur le marché de l’AbioCor pour les patients en phase terminale et sans espoir de greffe à court terme.

L’histoire semblait écrite, et les cœurs artificiels AbioCor auraient pu devenir une solution médicale de référence pour les patients en mal de greffon. AbioMed annonçait d’ailleurs à cette époque travailler sur une seconde version de l’AbioCor – capable en théorie de durer jusqu’à cinq ans (soit le triple du premier modèle).

Pourtant, AbioMed a décidé en 2015 de cesser brutalement tous les développements autour du cœur artificiel. Elle se concentre désormais sur les systèmes d’aide à la circulation sanguine de court terme, des prises en charge ne dépassant pas six jours.

SynCardia, le cœur artificiel commercial

Le principal concurrent d’AbioMed, SynCardia Systems, a réussi à franchir le difficile cap de la commercialisation. Fondée en 2001 après vingt ans de R&D, la startup a obtenu en 2004 l’autorisation de la FDA de commercialiser ses cœurs artificiels.

Pour limiter les risques technologiques, l’entreprise a choisi une approche low-tech. L’appareil fonctionne grâce à l’énergie pneumatique et a besoin en permanence d’un dispositif extra-corporel pour assurer son alimentation.

Sa relative simplicité est peut-être ce qui a assuré son succès : lors des dix premières années d’activité, SynCardia a équipé plus de 1 250 patients. La gamme de produits s’est progressivement étoffée avec l’arrivée d’un cœur de 50centimètres cube (contre 70 cc pour le premier modèle) dont la compacité permet l’implantation chez les femmes et les adolescents.

cœur artificiel medtech SynCardia

Le cœur artificiel de SynCardia : low-tech et fonctionnel.
Crédit : SynCardia.

Une fois de plus, l’histoire des prothèses cardiaques aurait pu s’arrêter avec le succès de SynCardia. L’avenir du cœur artificiel aurait pu passer par ces appareils certes encombrants et peu autonomes, mais robustes et présentant des taux de survie intéressants.

Las, ce sont les considérations financières qui ont rattrapé l’insolente croissance de SynCardia. En 2016, la société s’est placée en procédure de sauvegarde pour se protéger de ses créanciers. Son activité commerciale ne parvenant pas à couvrir ses dépenses, l’entreprise a été rachetée par Versa Capital Management.

Aujourd’hui, SynCardia semble disposer de suffisamment de liquidités pour continuer ses opérations, mais l’état réel de ses comptes reste inconnu, et son pipeline d’innovations semble au point mort.

Faudra-t-il que l’humanité se contente de pompes pneumatiques encombrantes pour remplacer les cœurs défaillants ? Rien n’est moins sûr : il existe encore des startups ayant pour ambition de créer des prothèses compactes et autonomes. Rendez-vous dès demain pour découvrir deux pionnières qui sont, une fois n’est pas coutume, situées de notre côté de l’Atlantique.

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