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Combien vaut le tourisme spatial ?

par Etienne Henri
Virgin Galactic

[Dimanche, Richard Branson s’est envolé à quelque 90 km d’altitude, à la lisière de l’espace, avec les cinq autres passagers du VSS Unity. Ce nouveau vol d’essai marque-t-il le début d’une nouvelle ère du tourisme ? Comment les opérateurs de cette nouvelle frontière vont-ils équilibrer leurs comptes ? Existe-t-il vraiment un marché ? Il semblerait bien que oui.]

Il l’a fait !

Dimanche 11 juillet, le milliardaire britannique Richard Branson a pris pour la première fois son envol dans un SpaceShipTwo en direction de l’espace. Il devient ainsi le premier industriel à tester, par lui-même, ce qui devrait devenir sous peu une offre commerciale de voyages spatiaux.

Les six passagers du VSS Unity ont effectué une mission de 90 minutes qui n’était pas de tout repos. Embarqués sous un avion qui les a emportés 15 000 mètres d’altitude (40% haut que l’altitude de croisière typique d’un Boeing 777), ces astronautes civils ont ensuite été largués pour s’envoler, propulsés par un moteur de fusée, à la limite de l’atmosphère.

Ils ont ensuite pu profiter de quelques minutes d’apesanteur avant de revenir, capturés par la gravité, sur la terre ferme. Pour perdre son altitude, VSS Unity s’est laissé tomber comme une feuille morte autour de la piste d’atterrissage avant de se poser sans encombre. La victoire technologique est belle, et le pari médiatique réussi.

L’étape franchie, reste la question des possibles suites commerciales. D’après l’entreprise, ce voyage n’est pas fait pour les âmes sensibles : outre le bruit et les vibrations lorsque le vaisseau est aéroporté, l’accélération une fois le moteur-fusée allumé atteint les 3,5 G. Un passager de 70 kg pèse alors près l’équivalent de 250 kg dans son siège.

S’envoler vers l’espace avec Virgin Galactic n’est pas un voyage de tout confort. Photo : Virgin Galactic.

Quelques milliardaires excentriques mis à part, existe-t-il vraiment un marché pour cette activité coûteuse, polluante et physiquement désagréable ? La réponse semble, étonnamment, être oui. Le marché pourrait même rapidement valoir des milliards de dollars.

C’est en tout cas ce que la Bourse anticipe puisqu’elle a multiplié la valeur des actions de Virgin Galactic (NYSE : SPCE) par plus de 3.

Combien valent quelques secondes de rêve ?

Que les passagers optent pour le voyage tout-confort proposé par Jeff Bezos dans sa fusée New Shepard ou pour l’aventure quelque peu brutale imaginée par Richard Branson, la même question fondamentale se posera : combien payer pour un voyage rapide dans l’espace ?

Les ambitions des sociétés de tourisme spatial sont similaires, à savoir propulser les passagers durant quelques minutes pour un vol parabolique au-delà de l’atmosphère. Ingénieurs et services marketing auront beau jeu de débattre, durant les prochains jours, sur l’altitude minimale à atteindre pour être un vrai astronaute (le consensus s’établit entre 80 km et 100 km d’altitude), ni Bezos ni Branson n’offriront un vrai vol orbital durant lequel les passagers tourneraient autour de la planète.

Les vols proposés par Virgin Galactic et Blue Origin restent des « tirs de canon » durant lesquels l’altitude maximale n’est atteinte qu’une fraction de seconde tandis que l’état d’apesanteur ne dure que quelques minutes.

Combien valent ces précieuses secondes ? Pour combien de personnes ? C’est la difficile équation que cherchent à résoudre les analystes. Le coût des tirs étant colossal, leur rentabilité n’a rien d’assuré – d’autant que la baisse des coûts n’a rien d’évident, même à terme. L’expérience des voyages en hélicoptères, que beaucoup pensaient voués à se démocratiser comme les déplacements en avion, nous montre que les innovations aéronautiques ne parviennent pas toujours à atteindre le grand public comme l’a fait l’aviation civile.

Les vrais chiffres du tourisme spatial

Contrairement à ce que les communiqués de presse dithyrambiques laissent entendre, l’Amérique n’est pas en train d’inaugurer les vols spatiaux de loisir. Déjà sept touristes sont partis à bord de la capsule russe Soyouz pour rejoindre la Station spatiale internationale, pour un coût unitaire de 20 à 30 millions de dollars.

Tout au plus peut-on reconnaître aux entreprises américaines le mérite d’apporter, sur ce secteur encore ultra-confidentiel, une concurrence bienvenue. Elle a pour effet immédiat de réduire le coût du ticket d’entrée, qui ne se compte déjà plus qu’en centaines de milliers de dollars (250 000 $ pour un vol avec Virgin Galactic).

Reste la question de la profondeur du marché. Au niveau du nombre d’enthousiastes, aucun souci à se faire. Lorsque l’ESA a ouvert sa dernière campagne de recrutement d’astronautes, la première depuis 2008, elle a reçu plus de 22 000 candidatures (contre moins de 8500 à l’époque).

A l’échelle de la planète, trouver des dizaines de milliers de clients potentiels ne devrait donc pas poser de problème particulier. Pour Christophe Bonnal, expert au CNES, « les études montrent qu’on trouverait aisément 50.000 clients par an prêts à dépenser 200 000 dollars pour une virée dans l’espace, soit un chiffre d’affaires annuel potentiel d’au moins 10 milliards de dollars ».

Lorsque Virgin Galactic et Blue Origin opèreront en vitesse de croisière, une escapade dans l’espace deviendra une petite folie accessible à tous les millionnaires – et ils sont, selon les dernières estimations, plus de 56 millions sur la planète. Selon Richard Branson, plus de 600 personnes auraient déjà réservé un voyage dans son vaisseau.

Une nouvelle division par 10 du prix, et ce sont les classes moyennes qui pourront s’offrir, pour fêter une lune de miel, un anniversaire ou un départ à la retraite, le titre « d’astronaute ». Avec un tel potentiel, les 11 Mds$ de valorisation de Virgin Galactic ne semble plus si démesurés.

A la clôture de vendredi, dernier jour de cotation avant le tir inaugural, SPCE s’est rapproché de ses plus-hauts de début 2021.

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