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Google peut-il rester pacifiste?

par Etienne Henri
google don't be evil

Google est sans aucun doute le GAFAM à la responsabilité sociale la plus importante – et au positionnement le plus ambigu.

Apple et Microsoft vendent leurs services et produits au prix fort. Facebook exploite vos données personnelles, et n’en fait aucun mystère. Amazon a pour ambition de dominer l’ensemble des transactions sur Internet. Chacun sait à quoi s’en tenir.

Google, de son côté, est né d’une volonté de synthétiser et d’organiser le savoir mondial. De cette belle utopie, guidée par le fameux “don’t be evil” qui figurait au code de bonne conduite de l’entreprise jusqu’en 2018, est né le moteur de recherche le plus performant au monde.

Le savoir humain n’est pas composé que de sites web, et Google s’est naturellement attelé à l’archivage numérique, l’intelligence artificielle, la fibre optique, la voiture autonome… et, de manière plus discrète, à l’armement.

L’information joue un rôle prépondérant dans les conflits armés (ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les communications sont les premières cibles lors du début des hostilités). Son acquisition, sa transmission et son tri sont le nerf de la guerre ; pas étonnant que Google ait été tenté de collaborer avec oncle Sam pour proposer des solutions innovantes de gestion de l’information.

L’année dernière, les employés découvraient avec stupeur le projet Maven au sein duquel Google élaborait une IA ayant vocation à être embarquée dans des drones. L’idée ?  Améliorer la précision de leurs frappes. Suite à une fronde interne, la direction avait annoncé ne pas prolonger le contrat signé avec le Département de la Défense (DoD).

Google fait son mea culpa pacifiste

Le revirement de Google sur le projet Maven et les déclarations de bonnes intentions quant à l’usage de l’IA qui ont suivi n’ont pas été que des paroles en l’air pour calmer une tempête médiatique et la grogne des salariés.

Cet été, Google s’est retiré d’un appel d’offres du Pentagone portant sur l’élaboration d’un cloud militaire géant sécurisé.

Cet été, Google s’est retiré d’un appel d’offres du Pentagone portant sur l’élaboration d’un cloud militaire géant sécurisé. Le projet JEDI mettait pourtant en œuvre tous les domaines dans lesquels Google excelle : accès distant aux données, analyse en temps réel, intégration de source multiples et aide à la décision… le Californien n’aurait eu aucun mal à valoriser son savoir-faire technologique.

La raison évoquée publiquement était la crainte que le Pentagone “ne puisse aligner sa position sur les principes [pacifiques] de l’IA [de Google]”. Cette première communication, d’une candeur étonnante, était suivie quelques jours plus tard de l’aveu d’un problème administratif lié à l’accréditation des équipes qui auraient dû manipuler des données classifiées.

D’autres sources évoquent également des réticences au sein même du DoD : certains hauts gradés auraient vu d’un très mauvais œil le revirement sur le projet Maven et ne souhaitaient tout simplement plus confier des armes numériques à une entreprise dotée d’une culture ouvertement pacifiste.

Derrière cette bataille de communication qui mélange belles paroles, considérations pécuniaires et secret Défense se cache une réalité bien tangible : en se retirant de l’appel d’offres, Google a tiré un trait sur un contrat à 10 Mds$.

Après la fronde des salariés, à quand la fronde des actionnaires ?

L’intégrité de Google a désormais un coût bien quantifié pour les actionnaires.

Lors de l’annonce des derniers résultats, Sundar Pichai a annoncé que l’activité cloud était “un relai de croissance majeur” pour l’entreprise. Elle ne dégage pourtant que 8 Mds$ de chiffre d’affaires par an. Le projet JEDI aurait, a lui seul, pesé autant que la totalité des activités cloud de l’entreprise.

La question qui se pose désormais est : combien de temps Google pourra-t-il rester pacifiste ?

Microsoft et Amazon n’ont pas eu autant de scrupules. Ils se sont battus comme des lions lors de l’appel d’offres. Amazon n’ayant pas apprécié d’être finalement écartée, elle poursuit même le combat devant les tribunaux pour tenter de faire invalider la décision du Pentagone !

Il serait curieux que les actionnaires de Google continuent à accepter longtemps de voir tant de bénéfices leur échapper. Faire la fine bouche sur les 30 M$ du projet Maven était une chose, tourner le dos à 10 Mds$ est bien différent.

Google reste aujourd’hui ultra-dépendant de son activité de moteur de recherche et des publicités associées qui représentent 82 % de son CA. Alors qu’il domine toujours le marché de la recherche sur Internet (l’entreprise traite plus de 91 % des requêtes effectuées en France), augmenter cette activité semble impossible.

Il faut trouver des relais de croissance, et vite. La patience des actionnaires pourrait bien trouver ses limites, et il ne serait pas surprenant de voir des contrats militaires revenir dans les bilans comptables de Google en catimini.

Rester fidèle au “don’t be evil” des débuts est devenu bien trop coûteux.

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