Accueil IA et robotique Contre toute attente, le COVID-19 booste la croissance mondiale

Contre toute attente, le COVID-19 booste la croissance mondiale

par Etienne Henri
reprise économique covid-19

[Télétravail, cours à distance, télémédecine, e-commerce… Force est de le reconnaître, la pandémie de COVID-19 a accéléré la numérisation de l’économie. De même, pour maintenir leur cadence, les entreprises ont dû s’adapter plus encore. Dans les cuisines et les salles des restaurants, sur les lignes d’assemblage, dans les entrepôts, les robots ont remplacé les employés. Cette bascule vers l’automatisation était inévitable et il n’y aura pas de retour en arrière…]

Schumpeter n’aurait pas été surpris. Le père de la théorie de la destruction créatrice – traduction économique du proverbe « à quelque chose malheur est bon » – aurait été le premier à anticiper qu’après le désastre sanitaire et social que nous avons connu émergeraient des évolutions positives.

Les robots ont remplacé les employés

C’est exactement ce qui est en train de se produire. Outre les bonnes pratiques sanitaires (port du masque en cas de maladie, lavage des mains) que nous appliquons désormais massivement, la crise du COVID-19 nous aura obligés à réinventer notre manière de travailler.

Surprises par la brutalité de l’épidémie et les mesures sanitaires prises par les pouvoirs publics, les entreprises ont dû réinventer leur mode de fonctionnement. Télétravail, nouvelles organisations d’équipes, mais aussi robotisation ont été mis à profit pour maintenir, cahin-caha, l’activité durant la phase aigüe de l’épidémie.

Alors que le retour à la normale sanitaire est plus proche que jamais, les changements qui ont contribué à booster la productivité ont toutes leurs chances d’être pérennisés. A la clé : un rebond qui pourra nous faire rattraper (et même dépasser) la récession causée par la crise…

Le grand nettoyage industriel de la crise 

La période qui suit les conflits armés est connue pour être favorable à l’économie. Notre meilleure référence en la matière reste d’ailleurs les Trente Glorieuses qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale !

Bien sûr, une partie non négligeable de cette croissance est liée au phénomène de reconstruction. Lorsque le tissu économique, les infrastructures, et même le nombre de travailleurs, ont été décimés, un simple retour à la normale représente mécaniquement des dizaines de points de croissance pour le PIB.

Toutes ces transformations sont définitives

Mais ce n’est pas tout. Les périodes de crise ont aussi pour avantage de remettre en cause le statu quo. Les entreprises ont une tendance structurelle à l’embonpoint. A la faveur de la stabilité sociale, les systèmes sociaux grossissent et perdent en efficacité, pour n’être remis en question que lors des crises majeures.

L’Occident pouvait encore, l’année dernière, se targuer d’être dans une période de stabilité sans précédent dans l’Histoire. Outre la stabilité géopolitique, les crises économiques des années 2008 (subprime) et 2000 (dot.com) ont été savamment lissées par les banques centrales. Il faut remonter au choc pétrolier des années 1970 pour retrouver un moment où l’industrie a dû prendre ses responsabilités et se réinventer.

Si nos gouvernements ont mis en œuvre durant la crise du COVID-19 des amortisseurs d’ampleur sans précédent, les mesures sanitaires ont bel et bien imposé des changements.

Dans les cuisines et les salles des restaurants, sur les lignes d’assemblage, dans les entrepôts de e-commerce, les robots ont remplacé les employés. La bascule vers l’automatisation, qui était par le passé soumise à l’implacable calcul de ROI (Return on Investment, le retour sur investissement), a pris une autre saveur durant cette crise sanitaire.

Comment, en effet, comparer le coût d’une machine à celui d’un salarié lorsque le salarié n’a pas le droit de sortir de chez lui ? L’équation a été, un temps, complètement biaisée… et des investissements faits.

En parallèle, des millions de salariés ont réalisé qu’ils travaillaient aussi bien de chez eux grâce aux outils de télétravail comme Zoom, Trello et Skype qu’au bureau – quand ce n’est pas mieux à la faveur d’un emploi du temps soulagé de toutes les réunions inutiles.

Plus discrètement, de nombreux employés ont pris conscience de l’utilité contestable de leur poste. Les salariés occupant des « bullshit jobs », ces emplois dont la raison d’être pour la bonne marche de l’entreprise n’est pas évidente, en ont pris brutalement conscience une fois sortis de la routine du quotidien. Pour eux, l’isolement forcé à domicile a souligné de façon criante le caractère dispensable de leur travail, les incitant à chercher de nouvelles occupations.

Toutes ces transformations sont définitives et leur impact sur les comptes des entreprises s’additionnent. Résultat des courses : certains analystes estiment que les transformations provoquées par la crise sanitaire seront le principal moteur de la reprise post-COVID.

La croissance retrouvée

Selon une étude publiée par McKinsey, les effets cumulés du télétravail, de la robotisation des métiers – de service comme de production –, ainsi que le recours accru au cloud pourraient apporter un point de croissance supplémentaire par an entre 2021 et 2024. L’effet sur le PIB par habitant serait de 1 500 $/an en Espagne jusqu’à atteindre 3 500 $/an aux Etats-Unis.

Pour Goldman Sachs, qui ajoute à cela l’effet bénéfique de la disparition des postes redondants, le surplus de croissance pourrait être de 2 % à 7 % par an d’ici à l’année prochaine.

Selon une étude commandée par ABB Ltd, société suisse spécialisée dans l’automatisation, plus de 80 % des 1 600 entreprises sondées comptent encore augmenter leur recours à la robotisation d’ici 2030. Parmi elles, 85 % indiquent que le COVID-19 est responsable de cette nouvelle stratégie.

Un effet déjà mesurable 

Le recours accru à la robotisation pourrait ajouter 5000Mds$ au PIB mondial d’ici à 2030

Avec une pandémie en phase de normalisation, ces projections auraient pu rester hypothétiques. Pour autant, cette réalité se retrouve déjà dans les chiffres. Selon Bloomberg, les achats de robots industriels ont augmenté de 64 % sur le dernier trimestre 2020 par rapport à l’année précédente. Comme tout transfert de richesse, ce déplacement des sommes fera des gagnants et des perdants… Et les industries ayant massivement recours à la main-d’œuvre salariées subiront la concurrence accrue de celles ayant su s’automatiser.

Comme toujours, les gagnants du match seront les fournisseurs de solutions de remplacement de l’activité humaine par la technologie. Acteurs des services cloud, d’aide au télétravail et autres constructeurs de robots industriels sont déjà aux anges. Pour les chercheurs d’Oxford Economics, le recours accru à la robotisation pourrait ajouter 5 000 Mds$ au PIB mondial d’ici à 2030 – dont une bonne partie tombera sous forme de commandes sonnantes et trébuchantes pour les acteurs de la tech.

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