Accueil A la une Coronavirus : quelques conséquences à moyen terme pour vos investissements

Coronavirus : quelques conséquences à moyen terme pour vos investissements

par Etienne Henri

Nous avons vu hier que l’épidémie de 2019-nCoV, à défaut d’avoir un impact médical significatif à l’échelle planétaire, a conduit à des prises de mesures drastiques dont les conséquences à moyen terme sont encore en train d’être découvertes par les marchés.

Si les opérateurs ont rapidement réagi à la hausse comme à la baisse sur les dossiers directement concernés (nous vous avions d’ailleurs suggéré à cette occasion quelques titres à jouer pour profiter de la panique), des effets de bord risquent d’avoir lieu pour d’autres entreprises et conduire à des variations bien réelles d’activité sur le 1er semestre 2020.

Le flux tendu : victime anonyme des quarantaines

Comme je vous le disais hier, les usines de l’empire du Milieu ne pourront pas redémarrer comme prévu après la trêve du Nouvel An chinois. Les circuits logistiques, déjà mis à rude épreuve avec la migration de centaines de millions de travailleurs sur des distances de plusieurs milliers de kilomètres en l’espace de quelques jours, ne sont plus du tout en mesure d’absorber ces déplacements avec les restrictions en place.

Certaines villes et régions ferment d’ailleurs ouvertement leurs frontières ces jours-ci : il ne fait aucun doute que la production manufacturière ne pourra reprendre son rythme normal dans les prochains jours.

Pour vos investissements, les conséquences sont claires même si décalées dans le temps : des usines qui prennent ne serait-ce que deux semaines avant de tourner à plein régime, ce sont des entrepôts occidentaux livrés avec autant de retard. Lorsque l’on sait à quel point les entreprises sont devenues maîtresses dans l’art de la gestion de stocks minimalistes, des ruptures d’approvisionnement sont à attendre.

La subtilité ? Elles n’auront lieu qu’entre fin février et fin mars, du fait du décalage entre les dates de fabrication et l’arrivée dans les points de vente d’Europe et d’Amérique du Nord. Les entreprises commercialisant des produits à forte valeur ajoutée (électronique haut de gamme, alimentation) fonctionnant par transport aérien seront les premières touchées, celles optant pour des livraisons par voie maritime (textile, ameublement) subiront le trou d’air quelques semaines plus tard.

La plus scrutée des entreprises tech sera bien évidemment Apple. Après avoir annoncé de nouveaux résultats records pour le trimestre échu, la firme de Cupertino risque d’avoir du mal à obtenir suffisamment d’appareils de ses sous-traitants Foxconn et Pegatron (situés à Zhengzhou et Shanghai) dans les prochaines semaines. A ce sujet, Patrick Moorhead de Moor Insights & Strategy confiait à Bloomberg “n’envisager aucun scénario qui ne se termine pas par une interruption de la chaîne logistique”.

Apple, comme d’autres entreprises, est passée maître dans l’art de maintenir ses stocks à zéro. Cette stratégie, idéale pour optimiser les coûts, atteint ses limites lorsque les rouages de la mondialisation se grippent.

Attention, donc, aux résultats des premiers mois de l’année pour toutes les sociétés commercialisant des produits assemblés en Chine : les chiffres de vente risquent d’être quelques peu surprenants par rapport à 2019 ! La bonne nouvelle est qu’il est encore temps d’alléger vos positions sur ces entreprises, les médias étant focalisés sur le risque sanitaire, peu d’investisseurs réalisent à quel point notre modèle industriel délocalisé va souffrir.

Un coup à jouer dans l’aviation civile

Vous n’avez pas envie d’attendre six mois pour voir vos analyses loin des sentiers battus se concrétiser par des variations de cours en votre faveur ? La folie des marchés face au coronavirus nous offre une autre fenêtre de tir, cette fois-ci à l’achat.

Victimes parfaites de la peur d’une pandémie, les compagnies aériennes ont été totalement massacrées par les investisseurs. Les annonces de perturbation du trafic aérien pour la Chine ont conduit à un sauve-qui-peut généralisé : notre fleuron national Air France s’effondre de 17 % depuis le 2 janvier, en phase avec son concurrent Lufthansa qui cède 16 % sur la même période.

Toujours plus bas pour l’action Air France depuis le début de l’épidémie. Cela ne durera pas éternellement.

A ce jour, huit compagnies aériennes ont annoncé réduire ou suspendre totalement les vols vers l’empire du Milieu. Air France propose d’ores et déjà à ses voyageurs prévoyant de s’y rendre de décaler leur voyage, et des annulations forcées sont à craindre… Mais la sanction boursière est totalement disproportionnée : les vols long-courrier vers la Chine ne représentent qu’environ 5 % des passagers transportés par le groupe Air France-KLM !

Aux niveaux actuels, le titre s’échange à seulement 5,6 fois les bénéfices attendus pour cette année, et sa valeur est désormais inférieure au cash flow par action attendu sur 2020. En d’autres termes, les investisseurs prévoient une crise suffisamment grave et longue pour que la survie même de la compagnie aérienne soit mise en jeu.

Le titre revient sur des niveaux que nous n’avions pas vus depuis un an. A l’époque, la grève des pilotes s’éternisait et la direction se montrait incapable de se sortir du bourbier. A juste titre, les investisseurs perdaient patience et préféraient mettre leurs billes sur d’autres transporteurs aériens en pleine croissance.

Aujourd’hui, ces mêmes investisseurs font comme si le trafic aérien mondial allait être durablement bouleversé par le nouveau coronavirus. Là où la grippe H1N1, le HIV, le SRAS et Ebola n’ont pas empêché cette industrie de croître régulièrement, 2019-nCoV sonnerait – pour une raison encore inconnue – la fin des déplacements internationaux dans une quarantaine mondiale et illimitée.

“Mais cette fois-ci, c’est différent…”, glapissent les vendeurs paniqués.

Vous savez ce qu’il vous reste à faire lorsque vous entendez cette petite musique sur les marchés : prendre résolument son contre-pied !

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