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Coronavirus : pourquoi la démondialisation n’aura pas lieu

par Etienne Henri
coronavirus récession

La crise sanitaire du Covid-19 n’est plus cantonnée à la Chine, et les pays occidentaux sont à leur tour touchés par le nouveau virus.

Face à la pandémie, les réponses sont variées. Certains choisissent l’option du confinement généralisé comme l’Italie, la France et l’Espagne. De façon diamétralement opposée, le Royaume-Uni fait, lui, le pari osé du business as usual.

Tous, cependant, font face aux conséquences sanitaires et économiques.

Comme nous l’anticipions en début d’année, les industriels subissent désormais de plein fouet les interruptions d’approvisionnement et font face aux ruptures de stock.

Selon Bloomberg, c’est déjà le cas pour Apple qui doit composer avec une pénurie de certains modèles d’iPhone, d’iPad et de pièces détachées. La frilosité actuelle des consommateurs ne fait que masquer le fait que la chaîne logistique bien rodée entre les usines chinoises et les consommateurs occidentaux est temporairement brisée.

Les investisseurs commencent à prendre conscience du phénomène et le titre star de la cote n’a pas été épargné par la récente débâcle.

Dans cet océan de mauvaises nouvelles, des éléments rassurants nous parviennent depuis quelques jours.

La pénurie ne touche toutefois pas que ces produits dont l’achat peut être décalé dans le temps sans autre conséquence qu’une petite frustration. L’Europe et les Etats-Unis font aussi face à un manque criant de produits médicaux comme les masques de protection et même certains médicaments.

Réalisant la fragilité des chaînes logistiques internationales et la forte dépendance de l’Occident à la Chine, nos hommes politiques promettent aujourd’hui de remettre en cause la mondialisation.

Comme si cette dernière était responsable des pénuries que nous subissons, voire de l’épidémie dans son ensemble. Certains, comme Bruno Le Maire, promettent de « tirer toutes les conséquences » de cet événement « qui change la donne de la mondialisation ».

Ne croyez pas ces déclarations d’intention : il y a peu de chances que notre organisation mondiale soit bouleversée sur le long terme par l’épidémie. 

Ce que le Covid-19 a fait et ne fait pas 

Cela ne fait aucun doute : le SARS-CoV-2 est une mauvaise nouvelle. Les personnes fragiles meurent par milliers. Les systèmes de soin sont débordés, pris sous le flot de patients en état grave qui arrivent simultanément lors du pic épidémique. Lorsque le matériel vient à manquer, le personnel soignant doit prendre la terrible décision de privilégier tel ou tel malade.

Dans cet océan de mauvaises nouvelles, des éléments rassurants nous parviennent depuis quelques jours.

Au Hubei, berceau de l’infection où l’épidémie semble toucher à sa fin, le Covid-19 n’aura fait au final qu' »un peu plus » de 3 100 victimes sur 58 millions d’habitants. Rapportée à la population française, cette mortalité reste très inférieure aux accidents routiers, à la grippe saisonnière et même aux pneumonies bactériennes (16 000 morts/an en moyenne). Avec des mesures fortes, il semble possible de juguler l’épidémie – c’est d’ailleurs la raison du récent tour de vis réglementaire décidé par le gouvernement français.

En parallèle, la Corée du Sud a mené une campagne de dépistage d’une ampleur encore jamais vue avec près de 15 000 personnes testées par jour (contre 2 000 en France). Elle peut se targuer d’être le pays avec le meilleur taux de détection de malades au monde et, son pic de contamination ayant été atteint fin février, elle dispose d’un excellent recul sur la mortalité de la maladie. Là encore, les chiffres sont très encourageants puisque la mortalité reste inférieure à 1 % pour les moins de 60 ans.

Mortalité covid-19 corée du sud

Mortalité constatée en Corée du Sud au 17 mars 2020.
Chiffres :
CDCKR

Ce n’est donc pas la maladie qui, terrassant les forces vives des pays touchés, signera l’éventuelle fin de la mondialisation. Seules des décisions gouvernementales pourront remettre en cause notre modèle de société. Et malgré les rodomontades de nos responsables politiques, il faudra bien tenir compte du principe de réalité une fois la crise passée.

Délocaliser en Chine n’est pas qu’une affaire de salaires 

Il est une vérité qui est bien peu connue : les industriels ne sous-traitent pas leur production dans les villes-usines chinoises que pour des questions d’optimisation de la masse salariale.

Il est une vérité qui est bien peu connue : les industriels ne sous-traitent pas leur production dans les villes-usines chinoises que pour des questions d’optimisation de la masse salariale.

Dans nombre d’entre elles, les salaires des ouvriers qualifiés sont d’ailleurs tout à fait comparables à ceux pratiqués en Europe, et ceux des ingénieurs parfois supérieurs.

Pourquoi, alors, continuent-ils à faire produire (et parfois concevoir) leurs marchandises si loin des lieux de consommation ? Tout simplement parce que les sites de production regroupent, sur un très petit territoire, un grand nombre d’entreprises expérimentées et un vivier de talents introuvables en Europe.

Dans le Guangdong, vous pouvez trouver à quelques minutes les unes des autres des spécialistes de la fabrication de cartes électroniques, de la plasturgie, de la tôlerie fine et des semi-conducteurs. Bien sûr, vous pouvez trouver toutes ces compétences à l’échelle d’une région française (si tant est que vous soyez dans une région industrielle)… mais à Shenzhen, elles sont regroupées dans un rayon de 50 kilomètres. Si vous concevez des produits électroniques, les faire fabriquer là-bas est la solution la plus pratique.

Vous êtes constructeur automobile ? Wuhan héberge des usines qui produisent toutes sortes de gaines en caoutchouc à quelques minutes de celles capables de fabriquer, en quelques jours, des milliers d’exemplaires de l’écrou non-standard dont votre chaîne d’assemblage a besoin. Un changement de dernière minute ? Faire un nouveau moule d’injection ne prend que quelques jours dans l’usine voisine.

Dans de nombreux cas, relocaliser les productions en Europe reviendrait à remplacer ces usines proches les unes des autres par autant de fabricants situés dans différents pays. En multipliant les allers-retours des composants, le bilan carbone du produit fini serait au final plus mauvais qu’auparavant – et les délais de conception et de fabrication exploseraient.

Rien ne permet également de dire que notre réactivité en cas de crise serait améliorée. La France fait face depuis un mois à une pénurie de masques et à une réquisition gouvernementale, sans solution en vue. Dans le même temps, la Chine a multiplié par 5 ses capacités de production et sort désormais 100 millions de masques par jour de ses lignes de fabrication.

Ne comptez donc pas trop sur une fermeture de nos frontières autrement que de manière ponctuelle : notre industrie n’y survivrait pas, et nos pénuries ne feraient que s’aggraver.

Principe de réalité oblige, la remise en cause de la mondialisation promise par nos ministres risque de ressembler très fortement à un statu quo !

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