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Course à l’espace : les enjeux de 2022

par Etienne Henri
course espace spacex 2022

[Une chose est sûre, la course à l’espace sera, cette année encore, particulièrement excitante… Science, industrie et même géopolitique seront à l’honneur. Nouveau télescope (James-Webb), nouvelles fusées, nouveaux lancements, et la Lune en ligne de mire, le calendrier s’annonce chargé. L’Europe (ESA), les Etats-Unis (NASA) et même la Chine (CNSA) sont dans les starting-blocks. Course à l’espace, on fait le point sur les enjeux 2022…]

Le mois de décembre s’est achevé en beauté pour la science et l’industrie du spatial. Particulièrement en Europe. Dans un nuage de fumée, la dernière fusée Ariane 5 de l’année s’est arrachée de son pas de tir de Kourou, en Guyane, emportant à son bord James-Webb. Quelques minutes plus tard, elle a placé le télescope le plus moderne du monde sur une orbite parfaite qui le conduira, après un périple de 1,5 million de kilomètres, sur son site d’observation.

Après avoir retenu leur souffle durant plus de dix ans, les scientifiques peuvent désormais espérer obtenir des premières images dans quelques semaines.

Cette apothéose de fin d’année ne devrait toutefois être qu’un prélude dans la course à l’espace. Science, industrie, et même géopolitique spatiale, seront encore à l’honneur en 2022.

Première lumière de James-Webb attendue cet été 

Pour les scientifiques occidentaux, l’événement le plus attendu de cette année sera sans nul doute la « première lumière » du nouveau télescope spatial James-Webb. Conçu conjointement par la NASA, l’Agence spatiale européenne (ESA) et l’Agence spatiale canadienne, il est le digne successeur de Hubble.

Mieux même, James-Webb promet d’offrir à la communauté des mesures à la précision jusqu’ici inatteignable.

Si le plan se déroule comme prévu, le satellite devrait atteindre sa position définitive sous peu et démarrer ses instruments dès cet été. 

La Lune en ligne de mire pour les Etats-Unis et la Chine 

Après des années de retard et des surcoûts dépassant désormais les 10 Mds$, la future fusée Space Launch System (SLS) de la NASA pourrait prendre son envol cette année. Le SLS, risée de SpaceX tant le programme symbolise l’inertie de la NASA et de son sous-traitant historique Boeing, devrait enfin connaître son premier test grandeur nature.

Cela marquera la première étape du projet Artemis, qui vise à renvoyer les Américains sur la Lune. Pour ce vol inaugural, le vaisseau prendra le chemin de notre satellite, se placera en orbite et reviendra sur Terre, validant ainsi les principales étapes du trajet.

La reconquête lunaire voulue par Donald Trump aura elle aussi connu quelques retards. Initialement prévue pour 2021, elle aura lieu au plus tôt en 2025… Mais même décalé, le calendrier reste particulièrement serré.

Il faut dire que le sujet est plus que scientifique. Si les Etats-Unis ne sont plus en concurrence avec la Russie, c’est désormais avec la Chine que se joue la nouvelle course à la Lune. Si Joe Biden n’est pas revenu sur ce qui pouvait sembler une lubie de Donald Trump, c’est parce que l’empire du Milieu souhaite à son tour montrer sa supériorité technologique et économique en ouvrant une base de recherches sur notre satellite.

Le 29 décembre, les autorités chinoises ont même accéléré la cadence. L’inauguration de leur future base, qui devait avoir lieu en 2035, est désormais planifiée pour 2027 – réduisant ainsi de moitié le temps accordé aux scientifiques et ingénieurs pour y parvenir.

Après l’orbite basse terrestre, c’est désormais la Lune qui est le terrain du jeu géopolitique des deux superpuissances économiques. En janvier dernier, Washington tentait un coup de bluff législatif en inscrivant, dans le droit américain, la sanctuarisation des sites d’alunissage des missions Apollo. Cette appropriation unilatérale de la surface lunaire ne manquera pas de donner à Pékin l’occasion de montrer au monde entier que la Chine ne se sent pas obligée par les lois américaines. Rien de tel qu’un alunissage par ses propres moyens pour le prouver !

SpaceX toujours en avance 

L’arrivée tardive du SLS de la NASA et Boeing ne devrait pas inquiéter SpaceX outre mesure. La firme d’Elon Musk a dans ses cartons une fusée qui devrait, sans exagération, faire rentrer l’industrie spatiale dans une nouvelle ère.

Son Starship, fusée géante qui promet la mise en orbite de charges allant jusqu’à 100 tonnes, devrait aussi effectuer son premier vol en 2022.

Alors que la Falcon 9, première fusée réutilisable, avait dépoussiéré le concept de lanceur spatial en réalisant finalement les promesses que la Navette de la NASA n’avait jamais pu tenir, le Starship changera d’échelle. Sa capacité d’emport lui permettra simultanément de mettre des satellites en orbite terrestre à coûts dérisoires, d’apporter du matériel sur la future base lunaire, et même de rejoindre la planète Mars…

Fusée Starship SpaceX

Poids lourd de l’orbite terrestre, navette vers la Lune ou Mars : rien n’est trop ambitieux pour le Starship (crédit : SpaceX)

Selon les analystes, les questions techniques seraient désormais résolues et le dernier jalon à franchir avant le tir inaugural serait administratif. Il ne manquerait à Elon Musk que le feu vert de la FAA, l’agence américaine de l’aviation pour procéder au lancement.

Deux nouvelles fusées pour l’Europe 

L’année 2022 sera décidément celle des rattrapages de retard. Le programme Ariane 6, lui aussi repoussé de nombreuses fois, devrait enfin se concrétiser.

Le futur lanceur européen, qui apportera plus de modularité et des coûts de mise en orbite réduits par rapport à son prédécesseur Ariane 5, devrait effectuer son premier vol au deuxième trimestre. Après un ultime report de calendrier, qui fut imputé au COVID-19 (un peu abusivement selon certaines sources), ArianeGroup semble bien avoir réglé les derniers soucis techniques.

Quoi qu’il en soit, l’Europe ne met pas tous ses œufs dans le même panier. Même si le projet Ariane 6 venait à être encore retardé, le Vieux Continent pourra tout de même ajouter une nouvelle fusée à son catalogue. Le nouveau lanceur léger italien Vega, « Vega-C », doit lui aussi voir le jour cette année.

photo espace esa

Ariane 6 et/ou Vega-C (ci-dessus) : l’ESA ne manque pas de pistes pour étoffer son catalogue
(crédit : ESA)

La Chine encore et toujours en embuscade 

L’industrie spatiale ne fait pas exception aux grandes tendances. Dans ce secteur aussi, la concurrence de l’empire du Milieu sur les grands monopoles occidentaux se fait de plus en plus pressante.

L’année dernière, la Chine a dépassé les Etats-Unis en nombre de tirs. Ses fusées Longue Marche ont totalement écrasé la Falcon 9 de SpaceX, avec 48 tirs contre 31. Au total, la Chine a effectué un record de 55 tirs en 2021. Le chiffre est d’autant plus impressionnant que son précédent record s’établissait à 39 lancements en 2020, et que le pays avait tiré moins de 20 fusées en 2015.

La croissance continue de l’activité spatiale de la Chine ne se dément pas. Si son industrie reste, pour l’instant, cantonnée à un usage domestique à des fins scientifiques ou militaires, ces seuls usages lui permettent déjà d’atteindre une maturité enviable. Dépassant les Etats-Unis, et écrasant totalement l’Europe (ArianeEspace et ses 15 tirs en 2021 font bien pâle figure), les fusées Longue Marche pourraient, d’un claquement de doigts de Pékin, devenir des concurrents sérieux pour Ariane, la Falcon 9 et même le futur Starship.

En attendant une future bataille commerciale, les besoins militaires, scientifiques et géopolitiques de la base lunaire devraient, cette année encore, bien occuper les pas de tirs chinois. Une chose est sûre : l’année 2022 sera particulièrement excitante pour la course à l’espace !

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1 commentaire

Cambon 20 janvier 2022 - 17 h 04 min

Bonne récapitulation des prévisions,impressionnantes, de lancement en 2022. L’avènement du SLS marquera une étape importante pour la NASA après tant d’années de préparation. La vision côté russe et indou manque. Tout cela coute un argent fou qui pourrait mieux servir à soulager les misères du monde !!!

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