Accueil Santé et Biotech COVID-19 : faut-il avoir peur des futurs vaccins ?

COVID-19 : faut-il avoir peur des futurs vaccins ?

par Etienne Henri
vaccin covid monde

[La seconde vague de COVID-19 n’est plus une simple hypothèse. Face à cette situation, le seul espoir d’un retour à la normale sans passer par l’immunité collective naturelle est dans l’élaboration d’un vaccin. De ce point de vue, la stratégie orientale est bien différente de celle de l’industrie pharmaceutique occidentale… Laquelle est la plus fiable ? ]

La seconde vague de COVID-19 n’est plus une simple hypothèse. La réalité nous a rattrapés. Et ce, dans la quasi-totalité de l’Europe. Elle vient confirmer ce que les spécialistes annonçaient depuis le printemps : lorsque le virus circule, contrôler l’épidémie active n’est pas une science exacte – loin s’en faut.

Le cafouillage généralisé des gouvernements européens – qui malgré la proximité géographique, culturelle et génétique de leurs populations, n’arrivent ni à mettre en place des mesures unifiées, ni à obtenir la même efficacité dans la gestion de la pandémie – vient le confirmer.

Face à cette situation, le seul espoir d’un retour à la normale sans passer par l’immunité collective naturelle est dans l’élaboration d’un vaccin. Alors que Donald Trump affichait cet été sa confiance quant à une disponibilité le jour de l’élection américaine, la date du 3 novembre s’est approchée et est passée sans que le Graal made in USA ne soit disponible.

Comme souvent pour les grands progrès scientifiques, le temps de la R&D n’est pas celui des médias. Alors que la presse et les hommes politiques rêvaient d’un vaccin “avant la fin de l’année”, les scientifiques étaient dubitatifs.

Aujourd’hui, les rôles sont inversés. Le consensus politico-médiatique est de plus en plus pessimiste sur les délais et l’innocuité du vaccin alors que les progrès des chercheurs n’ont jamais été aussi importants.

USA et Europe : la course à la transparence

En Occident, l’actualité peut sembler à première vue inquiétante. Au cours de ces dernières semaines, deux études cliniques portant sur des vaccins conçus par Jonhson & Johnson (NYSE : JNJ) et AstraZeneca (LON : AZN) ont été interrompuesOn souhaite plus de réussite à Pfizer…

La Phase III de l’étude du vaccin de Jonhson & Johnson avait pourtant bien commencé. Le 23 septembre, les recrutements débutaient pour rassembler 60 000 patients qui devaient recevoir soit une dose de vaccin, soit un placebo. Moins de trois semaines plus tard, l’étude était suspendue parce que l’un des participants est tombé subitement malade.

Un peu plus tôt, c’est le laboratoire pharmaceutique AstraZeneca qui était contraint d’interrompre l’étude de son vaccin développé en collaboration avec l’Université d’Oxford. La Phase III n’a pu reprendre que sept semaines plus tard. Ici encore, la raison de la suspension fut une maladie soudaine et inexpliquée chez l’un des participants.

vaccin covid-19 J&J

Le candidat-vaccin de Johnson & Johnson est entré en Phase III, et son innocuité est plus scrutée que jamais. Crédit : J&J.

Alors que plus de 60 vaccins sont encore entre la Phase I (vérification de l’innocuité et des doses utiles) et la Phase III (vérification de l’efficacité à grande échelle), Big Pharma ne semble s’illustrer ni sur sa capacité à concevoir rapidement un vaccin, ni sur l’innocuité des candidats.

Du fait de l’enjeu sanitaire bien particulier, les entreprises pharmaceutiques communiquent plus que jamais sur leurs progrès et leurs déboires – voilà pourquoi les Bourses se sont enflammées hier suite à l’annonce de Pfizer. La transparence est nécessaire pour espérer pouvoir convaincre les citoyens de se faire vacciner lorsque les produits seront prêts et pour éviter les débats sans fin quant à leur efficacité comme nous avons pu le voir avec la chloroquine et le remdésivir.

Le prix à payer pour toutes ces précautions n’est pas que financier. Tester, étudier et communiquer prend un temps considérable et les vaccins conçus par l’industrie pharmaceutique occidentale se retrouvent en retard par rapport à leurs concurrents asiatiques.

Pendant ce temps-là, l’Asie vaccine…

A l’opposée des précautions occidentales, l’Asie fonce à toute vitesse vers une vaccination massive.

Le 11 août 2020, la Russie est devenue le premier pays à autoriser un vaccin contre le SARS-CoV-2. Le mois dernier, Vladimir Poutine a annoncé une nouvelle mise sur le marché avec l’approbation de l’EpiVakKorona. Selon le président russe, la campagne de vaccination de la population générale devrait débuter avant la fin de l’année – et peu importe que l’efficacité et l’innocuité des vaccins n’aient encore pas été validées par la communauté scientifique.

C’est en Chine que se trouvent le plus de vaccins en Phase III

En parallèle, la Chine a soutenu comme jamais les efforts de ses biotechs pour leur permettre d’élaborer rapidement des vaccins. C’est dans l’empire du Milieu que se trouvent le plus de vaccins en Phase III, et le nombre de vaccinés à l’échelle du pays se compte déjà, selon les sources, en dizaines voire en centaines de milliers.

Reste que les scientifiques s’interrogent. A ce jour, la Chine n’a déploré aucun effet secondaire dans ses cohortes de patients ce qui, statistiquement parlant, est très improbable. Selon Bloomberg, les vaccinations ne suivraient pas les protocoles occidentaux de test en double-aveugle avec suivi des patients sur le long terme.

La stratégie orientale est bien différente de celle de l’industrie pharmaceutique occidentale. Il s’agit d’agir vite et rapidement, quitte à vérifier après coup si les vaccins développés sont efficaces et inoffensifs en regardant l’évolution de l’épidémie dans la population.

Faut-il avoir peur des futurs vaccins ? 

Je vous expliquais, il y a quelques mois, que les choix technologiques retenus par les différents acteurs allaient, toutes choses égales par ailleurs, conduire à des mises sur le marché décalées dans le temps.

les Phases III occidentales sont parmi les plus scrutées  de la planète

Par exemple, le vaccin élaboré par Johnson & Johnson utilise un adenovirus humain modifié pour produire la protéine spike du SARS-CoV-2. A ce jour, cette technique a permis de développer un seul vaccin contre Ebola, et d’autres candidats-vaccins contre Zika et le HIV sont à l’étude… mais les scientifiques ne disposent que de peu de recul sur son efficacité et son éventuelle dangerosité.

Il est légitime de s’inquiéter lorsque des maladies inexpliquées surviennent dans les cohortes de patients. C’est d’ailleurs pour cette raison que les autorités sanitaires (et bien souvent les entreprises par elles-mêmes) interrompent immédiatement les essais lorsque le cas survient.

Toutefois, toute maladie inexpliquée n’est pas forcément inexplicable, ni même due à la vaccination. Lorsque les cohortes de patients se comptent en dizaines de milliers d’individus, elles font la taille d’une ville moyenne française. Il est alors parfaitement normal que des patients tombent malade, parfois gravement, lors de l’étude clinique.

Un groupe de 60 000 personnes surveillé durant plusieurs mois verra, vaccin ou non, de nombreux individus tomber malades et décéder. Citoyens comme investisseurs doivent garder en tête que les Phases III occidentales sont parmi les plus scrutées – et commentées – de la planète.

La presse grand public avide de sensationnel adore montrer l’arbre qui cache la forêt. Pourtant, les accidents de parcours durant une Phase III sont plus qu’inévitables : ils sont tout à fait normaux. Et contrairement à ce que notre instinct nous pousse à croire, ce sont les études ayant le plus d’incidents répertoriés qui sont certainement les plus fiables – et dont les produits testés seront les plus sûrs pour les futurs utilisateurs.

Le vaccin n’est probablement pas loin

Les contretemps subis par Jonhson & Johnson et AstraZeneca ne doivent en l’état pas être source d’inquiétude. Ils ne désavouent ni l’innocuité des produits développés, ni leur potentiel commercial. Confiant dans le fait que la suspension de la Phase III n’aura été qu’une précaution, le P-DG d’AstraZeneca, Pascal Soriot, a d’ailleurs confirmé le 7 novembre que l’entreprise se tenait prête à débuter la vaccination de masse dès la fin décembre 2020.

Ce calendrier, si ambitieux qu’il soit, reste bien plus crédible que celui promis par Donald Trump cet été. Le P-DG d’une entreprise pharmaceutique parmi les plus scrutées au monde ne peut se permettre de telles annonces que si elles sont basées sur une réalité industrielle et médicale : le vaccin n’est probablement pas loin.

Soyez le premier informé des dernières Opportunités Technos directement dans votre boîte mail

Articles similaires

Laissez un commentaire