Accueil A la une Covid-19 ou pas, la course à l’Espace continue !

Covid-19 ou pas, la course à l’Espace continue !

par Etienne Henri

Malgré l’épidémie de coronavirus qui remet en question les fondements-même de notre organisation sociale, malgré la panique qui a submergé la planète, malgré les entreprises qui, recroquevillées sur leur trésorerie, cessent tout investissement et tranchent sans pitié dans les dépenses de R&D, il existe un secteur qui continue de tenir ses promesses et de progresser à pas de géant.

Je ne vous parle pas ici des entreprises qui surfent sur la crise sanitaire pour proposer des services en lien avec le coronavirus. Les maroquiniers de luxe qui fabriquent des masques, les constructeurs automobiles qui développent des respirateurs et autres biotechs qui dénichent, dans leurs tiroirs, des tombereaux de molécules « prometteuses » nous feraient presque oublier qu’il existe des possibilités d’innovation au-dehors du monde de la santé.

Adepte du temps long et des efforts soutenus sur des décennies, c’est l’industrie spatiale qui, faisant fi de l’actualité, continue sa mue. L’année 2020 devait être une période charnière : le premier trimestre tient déjà ses promesses en termes de surprises et de rebondissements !

Sous le Covid-19, le spatial plie mais ne rompt pas

Impossible, bien sûr, d’ignorer totalement l’impact de l’épidémie sur le secteur. Même si les contrats, les cycles de R&D et la production de lanceurs et de satellites s’étalent sur des périodes bien plus longues que les crises sanitaires, les aspects opérationnels restent dépendants du contexte général.

Il y a quelques jours, nous apprenions que l’assemblage de fusées Soyouz était suspendu. Pour protéger les ouvriers alors que la pandémie fait rage en Russie, le Kremlin a décidé d’interrompre toute production pour une durée indéterminée. Vous n’êtes pas sans savoir que la vénérable fusée russe fait partie des lanceurs les plus populaires. Son faible coût, sa fiabilité et son excellente disponibilité en font un véhicule indispensable pour l’accès à l’Espace.

Soyouz 2 : fiable, peu chère, et bientôt en rupture de stock ? Crédit : The Soyuz Company,

La Station spatiale internationale, par exemple, dépend quasi-exclusivement de Soyouz pour son ravitaillement. Alors que la plupart des missions sont prévues des années – voire des décennies – à l’avance, l’industrie scrutera avec attention la réouverture des chaînes d’assemblage. En attendant, les 52 fusées stockées au Samara Space Center permettent d’offrir un peu de visibilité et d’assurer les lancements à court terme.

Au-delà de la perspective d’une possible pénurie de lanceurs, c’est le nom de OneWeb qui était sur toutes les lèvres au début du mois d’avril. La startup dont l’ambition est de mettre en orbite basse une constellation de satellites destinés à la connectivité Internet s’est mise en redressement judiciaire en se plaçant sous le bien connu Chapter 11 américain. Selon le communiqué de presse de l’opérateur, un tour de table qui devait avoir lieu au printemps s’est retrouvé bloqué à cause des conditions de marché post-covid-19. A court d’argent frais, l’entreprise a été contrainte de réduire ses effectifs et de ne plus honorer ses créances. Avec seulement 74 satellites en orbite (sur 650 prévus), la flotte de OneWeb n’est pas encore en mesure d’assurer le service d’accès à Internet mondial.

La situation, grave, n’est toutefois pas encore catastrophique pour la startup. Elle fait actuellement appel au gouvernement britannique pour obtenir un plan de sauvetage d’urgence. Si cette nationalisation de fait devait avoir lieu, nous pourrions assister au renouveau de ce réseau Internet sous la coupe de Londres – une perspective des plus inattendues dans le Far-West qu’est actuellement l’Internet par satellite !

Tourisme spatial et mini-lanceurs à la fête

Ces quelques soubresauts mis à part, les startups de l’Espace ont globalement accumulé de bonnes nouvelles ces dernières semaines.

Virgin Orbit, l’entreprise de lancement de petits satellites fondée par Sir Richard Branson, vient d’effectuer un vol captif de son lanceur LauncherOne. Durant ce test, la fusée était arrimée à un Boeing 747, ses réservoirs remplis, et tout était prêt pour un vol orbital.

Répétition générale pour le LauncherOne de Virgin Orbit le 12 avril. Crédit:Virgin Orbit

La chorégraphie décollage-vol-atterrissage s’étant parfaitement déroulée, la prochaine étape sera de reproduire la performance – cette fois-ci avec une mise à feu de la fusée. Même si les opérations sont actuellement ralenties (la plupart des employés de Virgin Orbit étant actuellement contraints au télétravail), le vol inaugural devrait avoir lieu dans quelques semaines.

Il faut dire que Virgin Orbit ne peut se permettre de relâcher ses efforts. Elle est en train de se faire doubler, sur le segment porteur des mini-satellites, par une jeune pousse que personne ne prenait au sérieux lors de sa création en 2006.

L’avènement de Rocket Lab

Rocket Lab, qui développe des fusées à bas coût, vient de signer un contrat avec le japonais Synspective portant sur le lancement du satellite StriX-α avant la fin de l’année. Cette mise en orbite d’une charge de 150 kg, qui poussera la fusée Electron dans ses retranchements en terme de capacité de mise en orbite, marque le début de la consécration pour la startup qui n’a connu, jusqu’ici, qu’une dizaine de tirs couronnés de succès.

La microscopique fusée Electron est désormais réalité commerciale. Crédit : Rocket Lab.

Le lanceur Electron, qui ne mesure que 17 mètres de haut et ne pèse que 12,5 tonnes, peut faire sourire les opérateurs historiques. Sa capacité de mise en orbite limitée le cantonne au lancement de satellites de moins de 200 kg et l’empêche d’envisager l’injection des charges dans des orbites exotiques. Il n’empêche qu’à cinq millions de dollars le tir, un lancement sur Electron est presque donné par rapport à une mise en orbite assurée par une fusée Ariane, Falcon ou Vega.

L’offre est d’autant plus alléchante pour les opérateurs qu’ils contrôlent totalement le calendrier de lancement – chose impossible lorsque son petit satellite est considéré comme une charge secondaire dans un lancement à 100 millions de dollars !

Le P-DG de Rocket Lab, Peter Beck, peut être d’autant plus fier de son tour de force commercial que Synspective avait déjà trouvé un véhicule pour mettre en orbite StriX-α. C’est une fusée Vega opérée par l’Agence Spatiale Européenne qui devait assurer cette mission. Rafler un contrat à un concurrent comme l’ESA est une véritable prouesse qui fait entrer, du jour au lendemain, Rocket Lab dans la cour des grands.

Les Virgin Galactic de Richard Branson et autres Blue Origin de Jeff Bezos devraient, malgré les milliards dont disposent leurs fondateurs, se méfier de ce nouvel entrant. Un certain Elon Musk avait, en son temps, fait parler de lui de la même manière lorsque SpaceX avait signé, à la surprise générale, son premier contrat avec la NASA…

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