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COVID-19 : l’heure de gloire des vaccins à ARN

par Etienne Henri
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[Les promesses de l’ARN messager dépassent largement le cadre du COVID-19. C’est un véritable couteau suisse thérapeutique qui ne demande qu’à s’exprimer sur de nouveaux segments. Mais, c’est un fait, la lutte contre le coronavirus l’a poussé hors des labos plus rapidement que prévu. Le gigantesque marché des soins basés sur l’ARN messager est né et, pour les biotechs concernées, la croissance ne fait que commencer…]

Cette fois-ci, une fois n’est pas coutume, dans la course au vaccin contre le coronavirus, ce ne sont pas les techniques de vaccination les plus anciennes – et donc les plus éprouvées – qui auront obtenu les premières autorisations de mise sur le marché occidental.

La vaccination massive des citoyens européens n’est plus qu’une question de jours…

Le Royaume-Uni a ouvert le bal le 1er décembre lorsque la MHRA (l’Autorité de réglementation des médicaments et des produits de santé) a autorisé l’utilisation du vaccin créé par Pfizer et BioNTech. La FDA (Food and Drugs Administration) américaine devrait lui emboîter le pas sous peu, de même que l’EMA (l’Agence européenne du médicament).

La vaccination massive des citoyens européens n’est plus qu’une question de jours…

Outre la prouesse, jusqu’ici jamais réalisée, de développer un vaccin en moins d’un an, la surprise vient du fait que ce sont les techniques vaccinales considérées comme les plus incertaines qui auront, au bout du compte, été autorisées les premières.

Les autorisations de mise sur le marché sont imminentes, pour ces vaccins de nouvelle génération. C’est une excellente nouvelle pour la lutte anti-COVID mais cela marque aussi l’émergence d’un tout nouveau marché. Un marché appelé à devenir gigantesque, celui des soins basés sur l’ARN messager.

Vaccins à ARN : quand notre corps devient usine

Les vaccins traditionnels fonctionnent en exposant le système immunitaire à des éléments de virus pour qu’il soit déjà entraîné lors d’une exposition ultérieure à l’agent pathogène actif. Il peut s’agir de fragments de virus (antigènes), de virus originaux vivants ou inactivés, ou encore de virus génétiquement modifiés pour ressembler au virus ciblé sans avoir sa dangerosité.

Les spécialistes s’accordaient à dire que les premiers vaccins anti-COVID-19 seraient certainement basés sur l’une ou l’autre de ces techniques. En un sens, ils ont eu raison comme l’ont prouvé les débuts rapides des vaccins russes et chinois. Le vaccin Spoutnik V est basé sur un adénovirus modifié. Si cette plateforme technique reste récente dans l’histoire de la vaccination, son mode d’action est proche de la vaccination par virus atténué inventée par Pasteur. De son côté, le vaccin Sinovac utilise un virus inactivé.

A l’opposé, la vaccination par ARN messager se base sur une technique originale et qui, jusqu’à cette année, était cantonnée aux paillasses des laboratoires.

Il faut dire que le procédé est complexe : il s’agit de faire parvenir de l’ARN au sein de nos cellules pour que notre propre corps sécrète les antigènes qui déclencheront une réponse immunitaire.

Nos cellules jouent en pratique le rôle d’usine à vaccin, et le produit injecté se contente de leur faire parvenir le “manuel d’instruction” pour fabriquer l’antigène voulu. Lors des travaux préliminaires sur le vaccin anti-COVID, les chercheurs qui travaillaient sur les vaccins à ARN ont dû faire face à un double défi : identifier les bons antigènes et préparer des modes d’emploi à destination de nos cellules.

Comme si cette tâche supplémentaire ne suffisait pas, ils ont dû également faire avec une autre difficulté… Faire parvenir l’ARN au sein de nos cellules n’a rien d’aisé. Injecté simplement dans la circulation sanguine, il est détruit par notre système immunitaire. Il faut par conséquent l’enrober dans une capsule qui lui permettra de se promener incognito dans nos veines avant de pénétrer dans les cellules.

Toutes ces contraintes, qui étaient au début 2020 autant d’inconnues, promettaient aux vaccins à ARN un retard irrattrapable sur les techniques traditionnelles. Pfizer (NASDAQ : PFE), BioNTech (NASDAQ : BNTX) et Moderna (NASDAQ : MRNA) ont pourtant réussi le tour de force de proposer les premiers, aux pouvoirs publics, des vaccins non seulement disponibles en grande quantité, mais dont l’efficacité a été prouvée par des essais de Phase III sur des dizaines de milliers de volontaires.

Un exemple parfait de technologie disruptive

Comment les vaccins à ARN ont-ils gagné la course ? Tout simplement en suivant le chemin des technologies disruptives à succès…

Le vaccin à ARN anti-COVID n’a pas été obtenu d’un claquement de doigts

Tout d’abord, il faut savoir que les thérapies à ARN n’ont rien de nouveau. Les chercheurs planchent depuis des décennies sur cette méthode, qui était initialement pensée pour créer des thérapies anti-cancéreuses sur mesure.

C’est en travaillant sur les usages en oncologie que les chercheurs ont essuyé les plâtres de cette thérapie d’un genre nouveau. Ils ont alors appris à créer de l’ARN en fonction des besoins thérapeutiques ; ont sélectionné les meilleures capsules permettant de véhiculer l’ARN jusqu’à l’intérieur des cellules ; ont acquis de l’expérience quant aux conditions idéales de conservation…

Le vaccin à ARN anti-COVID n’a pas été obtenu d’un claquement de doigts : c’est la consécration de décennies de recherches dans un domaine qui restait marginal chez Big Pharma.

De par leur travail acharné, les pionniers de l’ARN messager ont créé une plateforme technologique qui a, avec l’arrivée inattendue du SARS-CoV-2, montré l’ampleur de son potentiel.

Un nouveau marché pour vaccins et médicaments

Les promesses de l’ARN messager dépassent largement le cadre du COVID-19 ou du traitement des cancers pharmaco-résistants. Il s’agit d’un véritable couteau suisse thérapeutique qui ne demande qu’à s’exprimer sur de nouveaux marchés.

Pour comprendre à quel point cette technique est révolutionnaire, il faut savoir que Moderna a commencé à travailler le 13 janvier sur un candidat-vaccin grâce au séquençage génétique publié par les chercheurs de Wuhan. Dès le 24 février, la startup a envoyé aux NIH (les instituts américains de la santé) ses premiers lots. Moins de six semaines s’étaient écoulées entre le début des travaux et la production des premières fioles : du jamais vu dans l’histoire de l’humanité !

Si les vaccins “traditionnels” russes et chinois ont pu être utilisés dès cet été, c’est que les pouvoirs publics locaux ont fait le choix de vacciner les populations à risque sans faire d’études cliniques de grande ampleur au préalable.

Avec les vaccins à ARN, nous aurions pu envisager de faire de même dès le mois de mars. Sans que cette stratégie ne soit nécessairement souhaitable sur le plan sanitaire, la nouvelle technique nous offre au moins cette option en cas de nouvelle pandémie.

Les vaccins à ARN pourront bientôt être utilisés pour les pathologies plus courantes

De façon plus pragmatique (espérons que les pandémies de cette ampleur n’arrivent pas tous les ans !), les vaccins à ARN pourront bientôt être utilisés pour les pathologies plus courantes. La grippe saisonnière, avec ses mutations virales constantes, exige une nouvelle injection chaque année. Son vaccin sera un marché idéal pour Moderna et BioNTech – d’autant que les laboratoires pharmaceutiques mènent une course contre la montre tous les hivers.

L’utilisation d’ARN messager permet également d’espérer développer des vaccins contre des pathogènes récalcitrants. Moderna, à elle seule, dispose de pas moins de neuf vaccins originaux dans son pipeline. Parmi eux, un candidat-vaccin contre le VIH qui déjoue depuis des décennies les traitements traditionnels…

Pour les biotechs travaillant sur l’ARN, la croissance ne fait que commencer.

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