Accueil InvestirIndices et actions [COVID-19] Quelles sont les probabilités d’un nouveau krach ?

[COVID-19] Quelles sont les probabilités d’un nouveau krach ?

par Jonas Elmerraji
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[En février 2020, le marché actions s’est retourné et a opéré un gigantesque plongeon qui restera dans l’Histoire comme la chute de 30 % la plus rapide jamais enregistrée à ce jour. Un tel événement peut sembler extrêmement rare… Or, ce n’est pas vraiment le cas. Loin de là. Démonstration…]

Un krach boursier est-il un événement aussi rare que cela ? C’est ce que l’on a tendance à penser. Tenez, pour le site Zacks – une sorte de gros Boursorama US –, la chute boursière de fin février, « ne devait se produire qu’une fois tous les 14 000 ans ».

Une fois tous les 14 000 ans… Imaginez un peu la rareté d’un tel phénomène.

Et, pourtant, je vais vous démontrer que ce n’est pas le cas…

Alors que nous nous rapprochons de la date anniversaire de ce krach, je vous propose de revenir sur cet épisode et de briser au passage le mythe de certains calculs à l’origine des gros titres de l’époque.

D’une fois tous les 14 000 ans…

En fait, le krach de l’an dernier est bien moins rare que ne l’affirment les chroniqueurs de marché.

La chute mentionnée dans l’article de Zacks correspond à ce que l’on appelle un événement d’une amplitude de « 5 sigma ». Cela signifie que le sell-off a été assez grave pour représenter un décrochage de cinq écarts-types, par rapport au rendement moyen hebdomadaire de l’Indice S&P 500.

Si vos notions de statistiques sont un peu rouillées, retenez que l’écart-type est un indicateur de dispersion. Selon l’Insee, il « sert à mesurer l’étalement d’un ensemble de valeurs autour de sa moyenne ». On le figure par la lettre grecque σ, sigma.

De manière générale, des données normalement distribuées sont censées se répartir ainsi :

graphe données normalement distribuées

99,7 % des cas se trouvent entres -3 sigma et +3 sigma. Alors vous comprendrez qu’un écart de +5 sigma est rare…
Source : Wikipédia.

Ne vous méprenez pas, cher lecteur, les événements d’une amplitude de « 5 sigma » sont extrêmement rares. Mais une fois tous les 14 000 ans ? Sérieusement ? Cela impliquerait que les investisseurs d’aujourd’hui ne verront plus de leur vivant un mouvement boursier aussi important. Or, vous et moi savons que c’est totalement faux.

Chaque fois qu’un analyste (ou un observateur de marchés au choix) affirme que nous venons de vivre quelque chose qui ne devrait se produire que toutes les X années – ou un certain pourcentage de fois – il faut énormément se méfier.

Pour faire ce type d’annonces, on ne peut que partir d’une vaste hypothèse concernant la distribution des rendements de marchés. En général, ces hypothèses sont fausses.

Cela se produit énormément.

Il y a quelques temps, voici ce qu’affirmait un article de Bloomberg :

« Sur l’année calendaire 2016, il aurait fallu une baisse de 1,6 % pour que cela représente un mouvement d’une amplitude de 2 sigma. En 2015, il a fallu un sell-off de 2 % pour produire un tel changement d’écart-type sur l’indice de référence. En termes clairs, il s’agit d’un mouvement qui devrait se produire moins de 5 % du temps ».

Mais ce n’est pas vrai non plus.

Ce n’est pas ce que vous ne savez pas, qui vous attire des ennuis, c’est ce que vous savez avec certitude et qui n’est pas vrai

Dans les deux cas – celui de Zacks et de Bloomberg –, les rendements des actions sont normalement distribués. Mais on sait bien que ce n’est pas vrai.

L’hypothèse de la normalité fonctionne bien lorsque les marchés se comportent correctement, mais elle s’effondre brutalement quand la volatilité s’invite dans l’équation.

Il est vrai que l’on s’attend à ce que des données normalement distribuées dépassent deux écarts-types – au-dessus ou en dessous de la moyenne – 5 % du temps seulement… Mais, au cours de la crise financière de 2008, les rendements journaliers du S&P 500 ont dépassé ce seuil d’un facteur de 3.

La non-normalité de ces rendements est l’une des raisons expliquant que des chocs de cours se produisent bien plus fréquemment qu’ils ne le « devraient ».

Ironiquement, c’est précisément quand nous vivons des mouvements de marché complètement fous que ces statistiques nous en disent le moins sur ce qui se passe sur le marché !

… à deux fois par an 

Je vais vous épargner les calculs mathématiques, mais si on assouplit nos hypothèses concernant les probabilités de distribution que suivent les rendements, on découvre qu’une chute d’une amplitude de « 5 sigma », comme celle de février 2020, pourrait se produire aussi fréquemment que deux fois par an.

On est loin de cette probabilité « d’une fois tous les 14 000 ans » que beaucoup d’observateurs de marchés continuent de brandir.

Selon cette ancienne citation attribuée à Mark Twain : « Ce n’est pas ce que vous ne savez pas, qui vous attire des ennuis, c’est ce que vous savez avec certitude et qui n’est pas vrai. »

Que doivent retenir les investisseurs, alors que nous abordons l’année 2021 ?

Ne baissez pas la garde en imaginant qu’il est impossible que la volatilité de 2020 se produise à nouveau. C’est vraiment loin d’être le cas…

La bonne nouvelle, c’est que pour l’instant, il y a peu de raisons de s’attendre à ce que cela se reproduise au premier trimestre.

Même si un nouveau sell-off provoqué par le COVID-19, et ayant l’ampleur d’un krach, est certainement plus probable que ne l’indiquaient les médias financiers l’an dernier, je ne crois pas qu’il soit très probable à court terme.

Tant que la Fed voudra bien faire gonfler les cours des actifs quoi qu’il en coûte, il est probable que le rally de marché persiste, les valeurs technologiques ouvrant la marche…

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