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Crise énergétique : l’Europe en équilibre instable

par Etienne Henri
Europe crise énergie

L’actualité du secteur de l’énergie est depuis quelque temps dominée par les questions de disponibilité du gaz et de l’électricité. Pour l’heure, l’Europe a réussi à traverser l’été de manière quasi miraculeuse sans connaître de black-out généralisé. Mais l’hiver vient…

Comment notre réseau électrique tient-il encore ?

Depuis de nombreuses semaines, l’actualité du secteur de l’énergie est dominée – et c’est bien normal – par les questions de disponibilité du gaz et de l’électricité.

Historiquement, les besoins en électricité supplémentaires se faisaient sentir lors des pics de demande – grand froid hivernal, pics de chaleur.

Aujourd’hui, nous sommes dans une situation où la demande est sous contrôle, mais l’offre s’est effondrée. Pour l’heure, l’Europe a réussi à traverser l’été de manière quasi miraculeuse sans connaître de black-out généralisé.

Mais l’hiver vient… Et, signe d’une pénurie imminente, les prix du gaz et de l’électricité s’envolent à des niveaux jamais vus.

Comment notre réseau électrique tient-il encore ? Comment l’Europe fera-t-elle face ? Un petit état des lieux s’impose.

Détruire la demande (pour commencer)

Au niveau de l’offre, les énergéticiens ont fait feu de tout bois pour injecter le maximum de MWh sur le réseau électrique. Le maintien de la production a été possible en ayant recours à toutes les sources primaires disponibles : sollicitation du parc nucléaire, centrales à gaz (d’où l’explosion des prix), mais aussi prolongation de l’utilisation des centrales à charbon… A ce jeu, producteurs et législateurs ont joué main dans la main pour maximiser la disponibilité du parc électrique.

Au niveau de la demande, c’est le « signal prix » qui a permis de ménager les ardeurs des consommateurs. Avec un prix spot du gaz à 320 €/MWh et un prix d’électricité trois fois supérieur, on ne compte plus les industries qui ont annoncé réduire leur production cet été. Or, les réseaux électriques doivent être équilibrés à quelques pourcents près. Un léger effacement de la demande des plus gros consommateurs permet ainsi de maintenir l’équilibre production/consommation.

Une destruction silencieuse de la demande qui n’est pas sans conséquences

Cette destruction silencieuse de la demande laisse cependant quelques traces. Au niveau micro-économique, les entreprises concernées sont en bien mauvaise posture. Peu importe, pour elles, qu’elles doivent cesser leur production par pénurie ou parce que leur business model n’est plus valable aux coûts actuels de l’énergie : ce qui n’est pas produit n’est pas vendu. Elles entrent donc dans une période difficile durant laquelle leurs volumes et leurs marges risquent de s’effondrer.

Au niveau macro-économique, cette destruction de la demande par insolvabilité se matérialise par des prix spot historiquement hauts. Bien sûr, la plupart des industries achètent leur énergie en volume, à des cours fixés à l’avance et alors bien inférieurs aux montants délirants que nous connaissons ces jours-ci.

Pour autant, dans la mécanique de marché libre, « la dernière transaction fait le prix ». C’est valable à la baisse, comme lors des premiers jours de la pandémie où le pétrole cotait en territoire négatif… C’est aussi valable à la hausse. Au fur et à mesure du renouvellement des contrats, tous les acteurs économiques devront ainsi payer plus cher leur énergie.

Une Europe énergétique déséquilibrée

Un autre phénomène marquant de cet été est la balkanisation de l’énergie. Du fait de l’absence de réseau suffisamment dense pour équilibrer production et consommation à l’échelle du continent, les différences entre pays sont plus importantes que jamais.

carte europe énergie

La carte ci-dessus représente la variation du prix spot de l’électricité entre la France et ses voisins le lundi 29 août à 16 h 00. Les interconnexions ayant atteint leurs limites, l’électricité produite en Espagne et en Allemagne n’a pas pu être transférée en France ou en Autriche. Les équilibres offre/demande étant très différents d’un pays à l’autre, le marché de l’énergie s’est adapté en temps réel… Et Vienne a payé son MWh d’énergie 826 € tandis qu’il s’échangeait 180 € à Madrid – soit une différence de plus de 400 % !

La « péninsule énergétique » composée de l’Espagne et du Portugal empêche ces pays de participer au marché énergétique unique européen. Déjà, des voix se lèvent pour obliger ces pays à participer à l’effort de solidarité continental et offrir (comment ?) leurs MWh de gaz et d’électricité à leurs voisins.

C’est oublier un peu vite que ces pays ont souffert, durant des décennies, de cet isolement énergétique. Le dernier jour du mois d’août 2019, dernier représentant du « monde d’avant », le MWh électrique s’échangeait à 36 € à Paris et 50 € à Madrid.

carte europe énergie 2Jusqu’à récemment, l’isolement énergétique de l’Europe du sud était en sa défaveur
(source RTE France/EPEX Spot)

L’été énergétique qui s’achève prouve bien que nous devons, dès aujourd’hui, nous atteler de concert à l’augmentation des capacités de production et à une stabilisation accrue des réseaux. Cela passe par l’augmentation des capacités de stockage d’énergie, mais aussi par des investissements massifs dans les infrastructures de distribution.

L’hiver vient, il faut agir rapidement

« Les amateurs parlent de stratégie, les généraux de logistique. » Le proverbe militaire s’applique tout autant aux questions énergétiques : notre avenir énergétique passera moins par la multiplication des modèles de voitures électriques bardées de capteurs, des éoliennes silencieuses ou des panneaux solaires à mettre sur le moindre abri de jardin que par des prouesses industrielles à grande échelle.

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