Accueil Innovation et vie quotidienne Crise de l'euro : c'est reparti pour un tour ?

Crise de l'euro : c'est reparti pour un tour ?

par Cécile Chevré

Dans ma Quotidienne d’hier, je vous mettais en garde contre un possible retournement des marchés actions alors que les principaux indices américains flirtaient de nouveau avec leurs plus-hauts historiques et que l’indice de la peur, le VIX, était au plus bas, signe d’une alarmante tranquillité.

Hier, le CAC s’est brusquement effondré de 3%, avant de se reprendre ce matin.

Un retournement qui pourrait même se produire plus tôt que je ne l’anticipais. Voici ce que disait hier Mathieu Lebrun à ses abonnés de Mon Portefeuille Zen : “Oui, je pense que le moment est aujourd’hui venu de se couvrir face à une correction de marché. Je vous en parle depuis deux/trois semaines déjà, mais jusqu’ici il y avait toujours un petit hic qui me gênait à l’idée de bouger dans ce sens. Aujourd’hui, je pense que le degré de risque de marché commence à augmenter. […] On prend assez peu de risque aujourd’hui à dire que le Dow Jones Industrial va faire un nouveau plus historique. L’indice a clôturé au-dessus des 14 000 points vendredi et son plus haut historique de 2007 est situé juste sous les 14 200 points. Nous devrions donc tirer à la hausse en franchissement de ce niveau dans les prochains jours. Je vous le donne en mille : les médias traditionnels et autres chaînes d’informations américaines (CNBC…) vont suivre et ne parler que de ça. L’excès d’optimisme risquera alors d’atteindre son paroxysme“.
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Vous voilà prévenu…

Aujourd’hui, je vous propose de revenir sur la situation européenne, car elle aussi montre des prémisses d’amélioration qui ont conduit les marchés à des niveaux stratosphériques d’optimisme.

Commençons par les bonnes nouvelles :
1. La situation des banques européennes semblent s’améliorer : depuis début février, elles ont commencé à rembourser les plus de 1 000 milliards d’euros de prêts consentis par la BCE en décembre 2011 et février 2012 – les fameux LTRO. Montant de la première tranche de remboursement : 137 milliards d’euros, alors que les marchés en attendaient “que” 100 milliards.

Mais pourquoi une telle frénésie de remboursements de la part des banques ? Pour prouver qu’elles ont retrouvé la santé et qu’elles sont enfin sorties de la zone de turbulence de ces dernières années. Convaincu par cette démonstration de force ? Je vous renvoie à la fin de cet article, vous y retrouverez une analyse des conséquences de la baisse de l’immobilier sur les banques par Simone Wapler.

2. Les liquidités font leur grand retour dans la zone euro. Sur les quatre derniers mois de 2012, c’est 97 milliards d’euros qui sont revenus sur le Continent – compensant en partie la fuite des mois précédents, au moment où la crise de l’euro battait son plein.

3. Comme vous l’expliquait Eberhardt Unger la semaine dernière, les indices de confiance européens sont repartis à la hausse : “L’indice de confiance des directeurs d’achat dans l’industrie s’est encore légèrement amélioré dans la zone euro, à son plus haut niveau depuis 10 mois, de même que l’indice du climat des affaires en Allemagne (Ifo) et en France, même si c’est que très légèrement, selon l’Insee”.

4. Ajoutons à cela des réformes en cours dans la plupart des pays pour augmenter la compétitivité…

Passé cet intermède “euro/dollar”, revenons maintenant aux mauvaises nouvelles qui planent sur la zone euro. Car l’euphorie ambiante ne doit pas faire oublier que la crise de l’euro n’est malheureusement pas terminée.

1. Risque majeur de troubles politiques. Tout d’abord en Italie, alors que les élections législatives se rapprochent. Berlusconi est en hausse dans les sondages, et les marchés n’aiment pas du tout – mais alors pas du tout – Berlusconi. Trop populiste, trop démagogue… Les marchés préfèrent et de loin le très carré Mario Monti.

Tensions aussi en Espagne. Des accusations de corruption pèsent sur le Premier ministre espagnol Mariano Rajoy et l’opposition réclame sa démission – une pétition a même été lancée et elle a déjà recueilli plus de 800 000 signatures. Une agitation qui fait sourciller les marchés.

2. L’Espagne, parlons-en. La récession a atteint 1,8% en 2012. Les ventes de détail sont quant à elles en recul de 10,7% sur un an, preuve supplémentaire de l’état catastrophique de l’économie ibérique.

3. La situation de Chypre qui est loin d’être résolue. Le pays est dans une situation non officielle de faillite et a besoin de 17,5 milliards d’euros pour se refinancer (dont 10 milliards pour ses banques). Chypre a donc fait appel à l’aide européenne et internationale pour rééchelonner ses dettes et obtenir une aide financière. Seulement voilà, le sauvetage s’avère bien plus compliqué que prévu. 17,5 milliards, c’est beaucoup pour la zone euro qui ne veut pas payer seule. Si le FMI a clairement annoncé qu’il refusait de participer au sauvetage, la Russie s’est impliquée dans le dossier chypriote en prêtant 2,5 milliards d’euros au pays. Par altruisme ? Au vu des réserves de gaz de l’île, on peut en douter, mais passons.

Le problème de Chypre, c’est que la majorité de sa dette est détenue par ses propres banques. Restructurer cette dette signifierait donc aggraver la solvabilité déjà bien dégradée des banques chypriotes. Les faillites s’enchaîneraient.

La Russie vient en outre d’annoncer qu’elle n’accorderait pas de nouveau prêt à l’île. Le sauvetage de Chypre n’est pas pour tout de suite.

4. L’euro qui s’apprécie, et tout particulièrement face au dollar. A 1,35 contre le billet vert, la force de la monnaie unique inquiète. “Même s’il est encore loin de ses plus hauts niveaux – près de 1,60 en avril 2008 -, il atteint le seuil à partir duquel les inquiétudes commencent à se manifester. Celui à partir duquel les produits européens coûtent vraiment plus cher que ceux fabriqués aux Etats-Unis, en Chine ou au Japon libellés en dollars, en yuans ou en yens. Ce qui, du coup, présente des inconvénients pour les entreprises qui exportent dans une monnaie différente. Dans le même temps, acheter des produits hors de la zone euro coûte moins cher pour le client européen, ce qui présente comme principal avantage de faire baisser la facture énergétique“, explique Le Figaro.

Des voix s’élèvent – gouvernements comme entreprises – pour demander à la BCE d’intervenir et se lancer elle aussi dans la guerre des devises. Objectif : battre le dollar, le yuan ou le yen à leur propre jeu et gagner un peu de compétitivité. En attendant, la force de l’euro menace une des sources de croissance : l’exportation.

5. La remontée des taux d’emprunts des pays du sud de l’Europe, illustrée par un graphe que j’emprunte à la Stratégie du jour de Simone :

Fin du rally sur l'Europe du Sud

Pas très bon signe…

Qu’est-ce que cela signifie pour nous
C’est une piqûre de rappel : n’oubliez pas que la crise de l’euro n’est pas terminée et que, comme je vous le rappelais dans une précédente Quotidienne, les élections italiennes et allemandes risquent de ranimer les cendres mal éteintes de la crise obligataire.

Nous entrons manifestement dans une période à risque. Pour ne pas vous laisser prendre au dépourvu, voici ce qu’il nous faudra surveiller dans les semaines qui viennent :
– les taux d’emprunt dans le sud de l’Europe
– le résultat des élections italiennes
– le dossier chypriote
– les survaleurs dans les banques
– les derniers chiffres de l’économie américaine
– l’intervention de la BCE dans la guerre des monnaies

 

Pour aller plus loin aujourd’hui : les banques, la bombe à retardement de l’Europe
– La guerre des devises : mais qu’est-ce que c’est ? La réponse est ici…

– Quels risques pèsent encore sur les banques européennes ? Voici la réponse de Simone dans sa Stratégie : “L’immobilier va mal. La purge est nécessaire et salutaire. Une baisse des prix réjouira les contribuables (qui seront moins taxés sur la valeur de leurs biens), et ceux qui cherchent à acquérir un toit. C’est, hélas, une très mauvaise nouvelle pour les PME de ce secteur qui sont sinistrées et pour l’activité économique de la France dont 20% tient au bâtiment. Armatures de France est confrontée depuis 2011 à une baisse de 54% des mises en chantier dans trois régions (Languedoc-Roussillon, Paca et Midi-Pyrénées). ‘Depuis début janvier, beaucoup de permis de construire obtenus ne sont pas mis en chantier’, rapportent Les Echos.

Le deuxième moteur de l’économie française après l’immobilier est la consommation et, là aussi, ça cafouille. Il est vrai qu’entre payer des impôts et consommer, on ne peut pas choisir…

La baisse de l’immobilier aura aussi une conséquence sur la santé financière des grandes banques et le nettoyage de bilan de la banque espagnole Santander est édifiant. Crédit Agricole raye quelques goodwills ou survaleurs de son bilan, mais après ce trait de plume, il lui en reste pour 14 milliards d’euros. Pas familier des goodwills ? C’est la théorie qui consiste à dire que quand on rachète une boîte en leverage buy out (LBO) ou quand on opère une fusacq (fusion–acquisition) 1+1 = 3 parce qu’il y a 1 de goodwill car c’est la synergie qui fait ça et vous allez voir ce que vous allez voir et en attendant je mets 1 de survaleur au bilan. Toujours pas compris ? Pas grave : le goodwill c’est bidon. Le problème, c’est que des survaleurs, il en traîne chez BNP Paribas (11,2 milliards d’euros), à la Société Générale (8 milliards d’euros et seulement 1 milliard d’euros déprécié). Bref, les banques ne sont pas sauvées car tout ça nous fait quand même quelques 4 kerviels.
[Pourquoi la France va QUAND MEME faire faillite
Dégradation de la part de Moody’s, inquiétudes du côté de l’Allemagne, portraits peu flatteurs dans la presse… l’étau se resserre sur notre pays : que va-t-il se passer maintenant — et surtout comment vous y préparer ?

Tout est expliqué ici…]

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