Accueil Internet & CommunicationsInfrastructures & Hardware Crise du semi-conducteur : les USA et Intel reprennent la main

Crise du semi-conducteur : les USA et Intel reprennent la main

par Etienne Henri
semi-conducteurs USA

[En termes de semi-conducteurs, la crise bat toujours son plein. Les Etats-Unis ont mis les bouchées doubles pour tenter de rattraper l’Asie… Pour eux, c’est une question de sécurité nationale. Dans cette perspective, Intel a été désignée comme le fer de lance de cette politique. Première étape, la relocalisation de la fabrication – à grande échelle – de puces électroniques. Mais, sécuriser toute la chaîne de production ne sera pas une mince affaire…]

Les Etats-Unis ont mis les bouchées doubles pour tenter de rattraper l’Asie

Si les Etats-Unis ont perdu quelques batailles autour des semi-conducteurs, rien n’est encore ni vraiment joué, ni vraiment acté. En février dernier, sous l’impulsion du président fraichement élu, Joe Biden, les Etats-Unis ont mis les bouchées doubles pour tenter de rattraper l’Asie. Pas question de dépendre du Coréen Samsung ou, affront suprême, de Taïwan pour l’approvisionnement en puces électroniques.

Pour Washington, retrouver une production sur le territoire national était une question de souveraineté. Et celle-ci valait bien 37 Mds$. Alors que l’enveloppe, gonflée à 52 Mds$ lors de son passage au Sénat, n’a pas encore été définitivement débloquée, le secteur privé s’engouffre déjà dans la brèche.

C’est, comme nous l’anticipions, Intel qui a été désignée pour être le fer de lance de la politique volontariste impulsée par les Etats-Unis. Le fondeur, qui n’est aujourd’hui même plus dans le top 5 mondial des fonderies en termes de volumes, a la lourde tâche de rendre à l’Amérique sa gloire passée en relocalisant la fabrication à grande échelle de puces électroniques.

Pour y parvenir, son P-DG, Pat Gelsinger a annoncé un plan ambitieux : la construction d’une nouvelle usine en Ohio. Sur ce méga-site, dont l’empreinte au sol pourra dépasser les 800 hectares, le groupe veut faire sortir de terre une capacité de production sans précédent dans l’Histoire.

La démesure du projet à la hauteur des enjeux 

Vous ne l’ignorez pas, la pénurie de semi-conducteurs bas et milieu de gammes a eu des conséquences dramatiques sur de nombreuses entreprises. Des constructeurs automobiles aux assembleurs de smartphones en passant par les fabricants d’objets connectés, des pans entiers de l’industrie ont été contraints de réduire leur cadence par manque de puces ne coûtant parfois que quelques dollars.

Ce manque à gagner inacceptable pour l’économie américaine a poussé Intel à voir grand pour répondre à la demande insatisfaite en composants peu techniques. Cela tombe bien car le fondeur maîtrise parfaitement les finesses de gravures peu évoluées employées pour fabriquer ces puces dont le principal atout est de ne pas coûter cher.

Intel disposera en Ohio du plus grand site de semi-conducteurs au monde

C’est parce que ce marché est colossal que le fondeur se permet, alors même que les subventions étatiques ne sont pas encore totalement validées, d’engager une petite fortune. La première enveloppe mobilisée par la direction se monte à 20 Mds$ pour financer les deux premières lignes de fabrication. A terme, la superficie pourra être doublée pour accueillir jusqu’à huit « fabs » sur une superficie de 800 hectares (plus de 1 100 terrains de football).

Si cet objectif est atteint, Intel disposera en Ohio du plus grand site de semi-conducteurs au monde. Ce gigantisme est nécessaire si les Etats-Unis veulent rattraper leur retard avec l’Asie. En effet, alors que le pays assurait 37 % de la production mondiale de puces dans les années 1990, sa part de marché s’est depuis érodée à 12 %.

Selon la Semiconductor Industry Association (SIA), les seules considérations économiques justifient parfaitement ce grand plan d’investissement. Jusqu’à récemment, sur une période de dix ans, le coût de fabrication et d’exploitation d’une fab était de 30 % supérieur aux Etats-Unis qu’à Taïwan, en Corée du Sud ou à Singapour… Or, la part croissante de l’automatisation dans la valeur ajoutée et la hausse des coûts des salaires en Asie tendent à gommer cette différence.

Ajoutez un soupçon de protectionnisme et de financements publics, et construire un méga-site de production en Amérique peut devenir une décision facile à prendre pour un nouveau P-DG qui cherche à laisser sa trace dans l’histoire de l’entreprise.

Sécuriser toute la chaîne ne sera pas une mince affaire 

Reste que même si Intel redevient, comme le souhaitent son P-DG et Joe Biden, un fondeur de référence, la question de la souveraineté technologique ne sera pas totalement résolue.

La galette de silicium gravée n’est qu’une étape parmi tant d’autres qui mènent au produit fini, à savoir une puce dans son emballage définitif avec toute sa connectique. Emballer, assembler et tester les puces sont des métiers à part entière… et ils sont aujourd’hui faits en Asie.

de la galette de silicium gravée au produit fini

passage de la galette de silicium gravée au produit fini nécessite des étapes supplémentaires qu’il faudra aussi relocaliser (photos : Creative Commons)

Intel et la Maison-Blanche devront donc se poser la question du rapatriement de l’intégralité de la chaîne de valeur du semi-conducteur, sans quoi les futures puces d’Intel, à peine gravées, prendront immédiatement l’avion ou le bateau pour l’Asie. Tout l’effort de sécurisation des approvisionnements en produits finis serait alors réduit à néant. Les usines asiatiques qui assurent les étapes suivantes pourront toujours manquer de capacité ou être victimes des jeux géopolitiques.

Faire revenir sur le territoire nord-américain ces opérations annexes, mais néanmoins essentielles, semble donc nécessaire à court terme. Cela permettrait à Washington d’aller au bout de sa politique d’autosuffisance et d’éviter que des entreprises asiatiques ne finissent par bénéficier de ces grands plans d’investissement sur le territoire américain.

La pénurie bientôt terminée ?

Qu’Intel fasse sortir de terre une, deux ou huit fabs, les Etats-Unis vont connaître dans les prochaines années une explosion du nombre de fonderies.

Les Etats-Unis vont connaître dans les prochaines années une explosion du nombre de fonderies

En 2020, le Taïwanais TSMC s’engageait à dépenser 12 Mds$ pour ouvrir une usine en Arizona. Il y a quelques semaines, son frère ennemi Samsung lui emboîtait le pas en annonçant un investissement de 17 Mds$ pour ouvrir de nouvelles lignes de production, cette fois-ci au Texas.

Bien évidemment, Pat Gelsinger s’est lancé dans une opération de lobbying intense pour convaincre Washington de réserver les financements fédéraux aux seules entreprises américaines. L’avenir nous dira si la Maison-blanche préfère donner la priorité au protectionnisme économique où la robustesse des approvisionnements en semi-conducteurs.

Dans tous les cas, la pénurie aigüe pourrait bien toucher à sa fin dans quelques exercices avec l’arrivée de nouvelles capacité de production dès 2025. Fondeurs et équipementiers ont de beaux jours devant eux – et le reste de l’industrie pourra bientôt souffler…

Soyez le premier informé des dernières Opportunités Technos directement dans votre boîte mail

Articles similaires

Laissez un commentaire

FERMER
×

Hello!

Click one of our contacts below to chat on WhatsApp

× Comment puis-je vous aidez ?