Accueil Internet & Communications Crise du semi-conducteur ? Pas pour tout le monde !

Crise du semi-conducteur ? Pas pour tout le monde !

par Etienne Henri
Crise du semi-conducteur TSMC prend la tête

[Longtemps dominé par Intel et ses Core, voilà que le secteur du semi-conducteur tend à se diriger vers l’infiniment plus petit. De nouvelles entreprises émergent, le « mur quantique » recule…]

Le monde du semi-conducteur est décidément une économie à deux vitesses.

Au bas de l’échelle, les clients au budget limité comme les constructeurs automobiles doivent se battre bec et ongles pour se faire livrer autant de puces qu’ils le souhaitent. Ils n’y parviennent d’ailleurs pas toujours et sont alors contraints de réduire leurs cadences de production. Pour répondre à cette demande pressante mais peu rentable, la masse des fondeurs comme SMIC, Intel, GlobalFoundries ou encore Hua Hong doit arbitrer entre les attentes des clients et les coûts colossaux d’ouverture de nouvelles usines.

Et puis, il y a les autres. Ceux qui dominent le marché et jouent un rôle primordial dans la course à la finesse.

Ce sont leurs progrès continus qui modernisent, par un effet de ruissellement bien réel, l’ensemble du secteur. Ils ne sont, pour ainsi dire, plus que deux sur le ring en ce début 2021 : Samsung et TSMC.

Ce dernier vient de frapper fort. Non content d’avoir marqué les esprits l’année dernière en produisant en masse, pour la première fois, des puces gravées en 5 nm pour l’iPad d’Apple (A14), le taïwanais vient de dévoiler ses plans pour les prochaines années.

Ils sont plus ambitieux que jamais, et vont encore creuser l’écart avec le reste de l’industrie qui peine encore à maîtriser la gravure en 14 nm, 19, et même 22 nm.

TSMC trace la route vers le 4 nm 

Le fondeur aurait pu s’offrir une pause pour profiter de son avance technologique et rentabiliser ses chaînes de production en 5 nm qui lui ont, après tout, coûté la bagatelle de 25 milliards de dollars.

Il n’en sera rien : TSMC a annoncé fin mars que sa production en 4 nm atteindrait une cadence industrielle dès le dernier trimestre de cette année. Le nouveau procédé était en phase finale de préparation depuis plusieurs mois, aussi son arrivée dans l’offre commerciale n’est qu’une demi-surprise. Ce qui étonnant, en revanche, c’est que cette technologie ne devait initialement être disponible qu’en 2022 au plus tôt.

La comparaison avec Intel, dont l’arrivée du 7 nm est prévue dans deux ans (ce qui était déjà le cas il y a deux ans), est édifiante. Non seulement TSMC fait toujours reculer le « mur quantique » qui était censé donner un coup d’arrêt aux progrès dans la finesse de gravure, mais en plus il se paye le luxe de progresser plus vite que prévu.

Au niveau commercial, ce nouveau nœud [NDLR : terme technique utilisé pour désigner les générations de gravure] sera certainement réservé à des clients haut-de-gamme comme Apple ou Nvidia. Nous pouvons ainsi anticiper, dès le début de l’année prochaine, l’apparition d’ordinateurs Mac équipés de processeurs M1 ridiculisant les Core Intel, et des cartes graphiques Nvidia utilisées pour l’IA, le gaming ou le minage de cryptomonnaies encore plus puissantes. Les deux entreprises pourront ainsi continuer à augmenter la puissance de calcul brute et l’efficacité de leurs produits-phares, et creuser encore un peu plus l’écart entre leur offre et le moyen-de-gamme.

Vers une segmentation toujours plus prononcée

L’arrivée imminente des puces gravées en 4 nm pourrait déjà être, en soi, une nouvelle signant la consécration de TSMC.

Elle ne vient pourtant pas seule : le groupe a également dévoilé, le 1er avril, son plan d’investissement pour les trois prochaines années. Ici encore, la démesure et le décalage flagrant avec la concurrence sont de mise : 28 milliards de dollars (23 Mds€) seront dépensés cette année pour augmenter les capacités de production.

Cette enveloppe est d’ampleur historique pour l’entreprise comme pour l’ensemble du secteur. Plus impressionnant encore, l’effort sera maintenu en 2022 et 2023. Sur les trois prochaines années, ce seront ainsi pas moins de 100 milliards de dollars (82 Md€) qui seront investis dans l’outil de production.

Ces sommes prennent tout leur sens une fois comparées aux différents plans d’investissements dans le semi-conducteur annoncés ces dernières semaines : 30 Mds€ en l’Europe, 38 Mds€ en Chine, 41 Mds€ aux USA… TSMC a pour ambition d’investir, au bas mot, autant que les trois grands blocs économiques réunis !

Si la question du financement se pose encore (TSMC ne disposant « que » de 28 milliards de dollars de cash), nul doute que le taïwanais pourra profiter des taux bas, de l’engouement pour le semi-conducteur et de l’appétence des investisseurs pour les marchés en croissance pour se financer à bon compte.

L’hyper-segmentation du monde du semi-conducteur, et par effet domino du marché des produits électroniques, n’est pas prête de se résorber. Dans les prochaines années, il y aura plus que jamais quelques meneurs qui captent la majorité des bénéfices et un peloton de suiveurs qui peinent à être rentable.

Ne vous trompez pas de cheval dans vos investissements !

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