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Les cryptomonnaies peuvent-elles survivre à la régulation ?

par Cécile Chevré
cryptomonnaies

Vous le savez, le décrochage des cryptomonnaies depuis décembre dernier doit beaucoup aux menaces et prémices de régulation par certains Etats, de la Corée du Sud à la Chine en passant par la France, les Etats-Unis ou le Royaume-Uni. L’autre raison, moins mise en avant, est que les cryptos s’étaient envolées trop vite et trop fort.
Mais c’est la régulation qui a retenu l’attention des foules.

Haro étatique sur les cryptos ?

Les arguments avancés par les Etats pour “mettre un peu d’ordre” dans les cryptomonnaies sont toujours les mêmes. Il suffit d’écouter la récente – et polémique – interview de Bruno Le Maire sur le nécessaire encadrement de ces nouvelles monnaies pour s’en convaincre. Et pour se rendre aussi compte que la blockchain et les cryptos échappent encore largement à nos politiques.
Les Etats reprochent d’abord aux cryptomonnaies de financer les activités illégales, voire le terrorisme, en permettant des transactions anonymes. Cet anonymat, tant décrié, n’est cependant l’apanage que d’une poignée de cryptos et certainement pas de la plus connue d’entre elles, le Bitcoin (c’est ce que je vous expliquais dans une précédente Quotidienne).
Pour lutter contre ces activités parallèles, illégales voire criminelles, les Etats souhaiteraient donc pouvoir encadrer et surveiller les transactions qui passent par ces monnaies alternatives.
Au passage – l’argument est rarement mis en avant mais il est pourtant crucial –, les Etats soupçonnent les cryptos de pouvoir être utilisées à des fins d’évasion fiscale.
L’autre grand argument mis en avant est celui de la dangerosité des cryptos et des levées de fonds en cryptos (les ICO, pour Initial Coin Offering) pour les investisseurs particuliers, qui doivent être protégés d’eux-mêmes.
Loin de moi l’idée de minimiser le péril que représentent certains trades sur les cryptos ou encore certaines ICO. Tout aussi loin de moi l’idée de nier que le secteur est encore balbutiant, que les plateformes d’échange sont très loin d’être fiables ou encore que les escrocs et les escroqueries y pullulent.
Nous essayons d’ailleurs, dans ces lignes comme dans Cryptos Trading, de vous mettre en garde contre ces nombreuses chausse-trappes. Mais certains produits dérivés – CFD, options, warrants, etc. –, qui sont aussi particulièrement risqués, sont proposées très légalement aux investisseurs particuliers par les brokers et les conseillers bancaires. L’argument de la dangerosité est donc assez spécieux.

Inéluctable réglementation

Quoi que valent ces justifications, nous n’y échapperont pas : les Etats vont réguler de plus en plus les cryptomonnaies. Cette réglementation était inéluctable alors que le marché des cryptos est en plein envol et que le nombre d’utilisateurs en croissance continue. Et ce n’est pas forcément une mauvaise nouvelle.
Des cryptos mieux encadrés, des plateformes plus surveillées et plus sûres ainsi que des ICO mieux montées vont toutes participer à nourrir l’intérêt des investisseurs pour ce secteur, en les rendant plus “grand public”.
Reste à savoir quel encadrement vont imposer les Etats. Les premières tentatives dans ce sens ont pu donner des sueurs froides aux crypto-investisseurs. Janvier a bruissé de rumeurs voulant que la Chine réfléchisse à interdire le minage de bitcoins et la Corée du Sud à bannir les plateformes d’échange.
Des mesures certes radicales mais, après tout, la Bolivie, le Zimbabwe, le Maroc ou le Kirghizistan ont purement et simplement interdit le bitcoin.
Parmi les réglementations imposées par les Etats, certaines sont plus importantes que d’autres. La Chine est le premier mineur de bitcoins au monde, grâce aux gigantesques “fermes de mineurs” installées sur son territoire.
La Corée du Sud est l’un des plus grands marchés au monde pour les échanges de cryptos, avec les Etats-Unis et le Japon. Le pays compterait deux millions de crypto-investisseurs (un chiffre à prendre avec de multiples pincettes) et héberge certaines des plateformes d’échanges les plus utilisées au monde (20% des transactions mondiales – là encore, un chiffre à prendre avec prudence).

Les Etats-Unis vs. les cryptos

Et puis il y a les Etats-Unis. Difficile de mettre la main sur le nombre d’utilisateurs américains de cryptos mais les Etats-Unis représentent un marché important, non seulement en terme d’échanges mais aussi de produits d’investissements liés aux cryptos. Tout comme pour les marchés actions ou obligataires, le marché américain des cryptos tend à donner le ton au reste de la planète.
En décembre 2017, la CFTC (Commodity Futures Trading Commission), l’autorité américaine de régulation des marchés à terme et des produits dérivés, a autorisé les contrats à terme (future).
L’autorisation par la CFTC est loin d’être anodine en ouvrant la voie à la commercialisation de produits dérivés sur les cryptos. Le CBOE (Chicago Board Options Exchange) s’est lancé en premier, dès mi-décembre 2017, suivi de près par le CME (Chicago Mercantile Exchange). Le Nasdaq devrait leur emboîter le pas mi-2018.
En parallèle de ces contrats à terme, les émetteurs d’ETF tentent de faire accepter à l’autorité de contrôle des marchés financiers américains, la SEC, la création de tels trackers indiciels pour répliquer l’évolution des cryptos les populaires que sont le Bitcoin et l’Ethereum.
La multiplication de ces outils institutionnalise de fait les cryptos en leur faisant une place sur les marchés traditionnels… sans que cela n’empêche les autorités américaines de garder les cryptos à l’oeil.
Première cible de ces autorités : les ICO. En 2017, elles ont connu un succès retentissant en permettant de lever 3,7 milliards de dollars, contre seulement 96 millions en 2016. Un tel succès a évidemment éveillé les appétits et pas toujours les plus honnêtes.
En fin d’année dernière, la SEC a ainsi commencé à s’attaquer à certaines ICO, en suspendant par exemple celle d’une entreprise californienne qu’elle soupçonnait d’être purement et simplement une escroquerie.
Il faut dire que selon les chiffres révélés par une étude menée par Ernst Young, 10% des fonds levées lors des ICO ont purement et simplement disparus. La SEC s’est plusieurs fois exprimée sur la nécessité de réguler ces ICO à l’image de ce qui se fait pour les introductions en Bourse (IPO).
Là encore, cette régulation ne pourra que servir les projets les plus solides, et qui sont prêts à se montrer transparents. De plus en plus de postulants à une ICO anticipent d’ailleurs la mise en place de cet encadrement et fournissent des white papers (des documents détaillants leurs projets et leur business model) étayés.
[NDLR : Ce sont ces projets que traquent Florian Darras dans Cryptos Trading : des ICO reposant sur des projets très concrets et un business model solide. Il vous propose d’ailleurs de participer, à partir du 1er mars prochain, à une ICO qui profite de l’explosion de la publicité sur les réseaux sociaux. Avec en ligne de mire à gain potentiel à 3 ou 4 chiffres. A découvrir, avant le 1er mars, dans Cryptos Trading.]
La régulation des ICO n’en est qu’à ses débuts et la question du statut juridique des “tokens”, ces jetons obtenus en participant aux levées de fonds, devra en particulier être réglée : ces tokens peuvent-ils être considérés comme des participations à l’entreprise à l’égal des actions ? Affaire à suivre.
Cependant, alors que certains ont pu craindre que la SEC emprunte la voie dure en interdisant purement et simplement les ICO aux investisseurs particuliers et en les réservant aux professionnels son président, Jay Clayton, s’est montré plutôt accommodant.
En décembre dernier, il déclarait ainsi : “La technologie sur laquelle reposent les crypto-monnaies et les ICO peut s’avérer disruptive, transformatrice et efficace. Je suis confiant sur le fait que le développement des fintechs offrira des opportunités d’investissement prometteuses aux investisseurs (…). J’encourage ceux-ci à être ouverts à ces opportunités, mais à se poser de bonnes questions et à faire preuve de bon sens“.
Ce discours moins sévère que prévu a aussi été celui de la SEC et de la CFTC lors d’une récente audition lors devant le Senate Banking Committee sur le sujet de la régulation des cryptos aux Etats-Unis. Je vous propose que nous nous intéressions à ce qui s’y est dit, ainsi qu’aux efforts d’auto-régulation mis en oeuvre par le secteur des cryptos dès lundi, dans la prochaine Quotidienne.</p

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