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Cryptomonnaies: la nouvelle frontière de la création monétaire

par Etienne Henri
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Nous avons vu hier que les pouvoirs publics sont tout à fait capables de convertir, de gré ou de force, les citoyens aux cryptomonnaies centralisées. Contrairement au Bitcoin, dont la raison d’être est de se libérer des contraintes étatiques, ces dernières restent totalement dépendantes de l’Etat qui peut, à l’envi, multiplier la masse monétaire ou, au contraire, saisir d’un clic les actifs des personnes jugées indésirables.

Aujourd’hui, nous considérons la question sous le prisme du pragmatisme économique. Y-a-t-il un intérêt pour les décideurs de pousser à l’usage des monnaies numériques ? Sera-t-il possible, en tant qu’investisseur particulier, d’en profiter ?

Quel intérêt pour les Etats ?

A première vue, les cryptomonnaies étatiques ne semblent pas particulièrement intéressantes pour les Etats. Ils ont, après tout, déjà la main sur les comptes bancaires, assurances-vie et autres comptes-titres de leurs citoyens. Ils peuvent comme bon leur semble surveiller les transactions, geler les comptes et imprimer de la monnaie.

Les cryptomonnaies d’Etat changent de mains plus rapidement que la monnaie traditionnelle

Pourquoi, alors, prendre la peine de mettre en place une blockchain ? L’écrasante majorité de la masse monétaire étant déjà numérique, pourquoi opter pour des portefeuilles de cryptomonnaies qui font doublon avec nos comptes bancaires ? 

La raison est certainement à chercher du côté de la vélocité de la monnaie. Il ne vous aura pas échappé que, depuis 2008, la création de monnaie est à son comble. Malgré tout, l’inflation (augmentation du prix des biens et des services) ne décolle pas. Ce phénomène est dû à l’arrêt de la circulation de la monnaie. Les citoyens qui reçoivent de l’argent fraichement imprimé ne le dépensent pas : ils le stockent en attendant des jours meilleurs.

La crise du coronavirus et l’expérience du confinement français illustrent parfaitement ce phénomène. Tandis que l’Hexagone était confiné et que l’Etat assurait le paiement des salaires tout en garantissant la solvabilité des entreprises, citoyens et entrepreneurs ont purement et simplement cessé leurs dépenses. Au premier semestre, les Français ont stocké pas moins de 85 Mds€ – un montant équivalent à celui du plan de relance voté par le ministère de l’Economie.

Les économistes décrivent ce phénomène sous le nom de “piège à liquidités”. Les banques centrales ont beau imprimer de l’argent frais, ce dernier ne se retrouve pas dans l’économie réelle. Il vient simplement nourrir les bulles immobilières et boursières.

les cryptomonnaies seront aux années 2020 ce que le quantitative easing était aux années 2010

Or, l’expérience montre que les cryptomonnaies étatiques changent de mains bien plus rapidement que la monnaie traditionnelle. Durant les six derniers mois, 13 millions de transactions ont eu lieu en crypto-yuan pour un montant de 1,1 milliard de yuans (138 millions d’euros) si l’on en croit les chiffres de la Banque centrale chinoise. Selon une première estimation relayée par le South China Morning Post, “la loterie de 10 millions de yuans engendrera près de 50 millions de yuans de dépenses.” En outre, les pouvoirs publics “sauront avec exactitude comment l’argent aura été dépensé.”

Cet argent qui brûle les doigts des acteurs économiques passe de main en main beaucoup plus rapidement que les liquidités traditionnelles, et c’est exactement ce dont rêvent les banques centrales depuis 2008. Le fait que cette monnaie ait, en plus, une traçabilité totale est, pour les gouvernements, la cerise sur le gâteau.

Les principales banques centrales ont fait, à quelques semaines d’intervalle, le même constat : les cryptomonnaies seront aux années 2020 ce que le quantitative easing était aux années 2010. La Fed a annoncé il y a quelques jours plancher sur un nouveau programme d’impression monétaire. Celui-ci serait, cette fois-ci, versé directement dans la poche des contribuables… sous forme de crypto-dollars.

Lui emboîtant le pas, Christine Lagarde a également annoncé début octobre que la BCE travaillait sur un plan de relance sous la forme de crypto-euros.

Pour le meilleur comme pour le pire, les grandes institutions monétaires semblent prêtes à franchir le pas d’une cryptomonnaie étatique. Comment, en tant qu’investisseur, en profiter ?

Pelles et Pioches des cryptomonnaies d’Etat

Les banques centrales ne créeront pas ex-nihilo un écosystème de monnaies numériques. L’expérience de la Banque centrale chinoise, qui a pris un peu d’avance sur la BCE et la Fed, nous prouve que les acteurs privés ont leur rôle à jouer dans cette mutation annoncée.

Tout d’abord, les grands noms du numérique seront mis à contribution pour permettre la diffusion des crypto-wallets, ces portefeuilles chargés de recueillir les crypto-devises. Dans l’empire du Milieu, c’est JD.com (HKG : 9618 ou NASDAQ : JD) qui a été sélectionnée pour développer et distribuer les portefeuilles virtuels qui prennent la forme d’une application smartphone.

En parallèle, les vénérables réseaux bancaires sont mis à contribution. La Banque populaire de Chine (PBOC, non cotée) – qui joue à la fois le rôle de banque centrale et de “super-banque” de retail – et la Banque Agricole de Chine (SHA : 601288) sont chargées d’animer le programme-pilote pour gérer les flux de trésorerie.

crypto-wallet chine

Développer et déployer un crypto-wallet nécessite d’impliquer les géants du numérique et les réseaux bancaires traditionnels : autant d’acteurs qui pourront facturer leurs services.

Alors que le Bitcoin devait signer l’arrêt de mort des banques centenaires, les cryptomonnaies d’Etat pourraient représenter un relai de croissance inattendu. Si les grands réseaux se retrouvent chargés d’animer la circulation de ces monnaies numériques, ils ne manqueront pas de pouvoir de nouveau générer des profits substantiels sur ce marché captif. Une raison de plus, si besoin était, d’envisager l’achat de ces valeurs qui ont été particulièrement malmenées lors de la crise sanitaire…

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